Vin de Bordeaux, le bashing, vers une nouvelle ère.

Le vin de Bordeaux subit depuis une quinzaine d’années, une campagne de dénigrement sans précèdent, on appelle cela le "Bordeaux bashing". Cette habitude, très en vogue dans l’hexagone et à l’étranger, a donné aux vins de Bordeaux une image à la fois ringarde et d’un produit cher.

Regardons cela de plus près et quels sont les réels atouts du vin de Bordeaux.
1- Ringard, on peut penser que l’on est toujours le ringard de quelqu’un..., concernant les vins de Bordeaux, au contraire, par ses cépages, sa constitution, le savoir-faire des vignerons et sa réputation, on a plutôt un style : élégant ; fin , buvable, aux antipodes des vins lourdauds, grossiers, "alcooleux" et sans élégance. Ensuite la mode, le style international, tend vers des vins plus souples, moins tanniques, plus faciles à boire. On comprend l’intérêt économique du viticulteur d’une telle démarche, mais au jeu de la concentration et de la puissance Bordeaux part perdant à tous les coups. En revanche sur un style élégant, fin et racé, ce niveau d’excellence est particulièrement ardu à atteindre et à conserver. Trop de paramètres entrent en considération le terroir, le savoir-faire etc.. et pour y arriver, beaucoup de précision, là ou Bordeaux et Bourgogne se partagent le haut du panier.
2- Le Prix, Bordeaux a la très grande chance de pouvoir proposer un excellent rapport qualité prix sur un spectre très large : de 5 euros à 200 euros Des vins de régions moins prestigieuses comme l’IGP OC, sortent aujourd‘hui leur épingle du jeu avec des prix bouteilles au départ du domaine plus cher que l’AOC Bordeaux (un comble pour la reconnaissance du travail et des contraintes imposées aux producteurs bordelais). Pas de Bourgogne à moins de 5 euros qui n’existe de nos jours. Si l’on compare le prix de vente d’un vin du Médoc, on constate souvent que son prix de vente n’a pratiquement pas changé depuis 20 ans, alors que les contraintes réglementaires n’ont cessé de se multiplier (réglementation des normes de l’Union Européenne, traitement des eaux, des déchets, utilisation d’adjuvants etc... ) Ensuite son excellente capacité au vieillissement en fait un compétiteur hors pair. Quand on achète une bouteille de Bordeaux rouge la moyenne de garde varie de 5 ans à plus de 100 ans pour les vins liquoreux, dans le monde du vin qui fait mieux !!!!!!!
3- Alors certes les Grands Crus qui représentent une faible proportion en volume, mais une partie non négligeable en valeur, eux ont une image. Avec une progression de prix et une rentabilité, à donner le tournis aux analystes financiers les plus pointus, depuis ces vingt dernières années, cela crée une conséquence directe sur l’image du vignoble tout entier (le vin de Bordeaux est cher). Alors oui pour les Grands Crus, qui à ce jour deviennent totalement inabordables pour un amateur moyen, il a donc dû se rabattre sur d’autres régions « découvertes » en progression. Cette question de prix à Bordeaux est un faux problème, qui ne s’applique pas à une majorité de vins qui sont dans une tranche de 7 à 30 euros à la fois très raisonnable et très qualitative, disponible en volume. C’est le roturier qui paie pour le seigneur.

Chai du château Haut Bailly

La spécificité des vins de Bordeaux, ce sont des vins qui demandent du temps, le cépage Cabernet Sauvignon, qui est un véritable trésor à lui tout seul, demande quelques années pour se fondre, s’équilibrer, ses tannins vifs de sa jeunesse se transforment en une harmonieuse perfection, laissant entrevoir le moelleux et l’équilibre des vins fins. Mais ce caractère si particulier, si singulier, demande à la fois une recherche approfondie de ses goûts et un peu de curiosité. Dans un monde ultra rapide, sur-connecté, les informations ne manquent pas et on aurait bien tort de s’en priver. En revanche, la lisibilité des vins, avec la trop fameuse Loi Evin, en terme d’image, interdit toute promotion. Ce qui fait à la fois, bien rire espagnols et italiens, nos principaux rivaux en Europe. Dans la compétition mondiale féroce des producteurs, seuls les français ont su créer une loi qui empêche de faire la promotion de notre production nationale, reconnue dans le monde entier, c’est un triste constat. Ce qui ne se voit pas ne se vend pas. Jamais on a vu autant de bières (la mode des bières locales, et le super pouvoir de gros brasseurs internationaux), d’alcool fort de tous horizons, Rhum et autres, envahir nos rayons, laissant une place très discrète pour les Cognac en France, plus discrète encore pour les Armagnacs, au profit quasi unique du Whisky. En bref c’est continuellement haro sur le vin avec son statut particulier de référence culturelle qui dérange certains.
Donc nous avons de belles qualités, du savoir-faire, une renommée internationale, et pourtant ; nos vins peinent à trouver preneurs : J’ai entendu dire par des acheteurs étrangers, «  tu peux nous offrir tout ce que tu veux, sauf Bordeaux .... » Je propose donc que les organismes responsables constituent avec l’aide de fonds européens dont les espagnols, italiens et portugais ont largement pu bénéficier auparavant, la création d’ un système de financement , qui permettrait aux viticulteurs de stocker leurs vins de Bordeaux, afin d’affiner ces Cabernets et les mettre en marché quand ils sont bons et prêts à boire.

Château Carbonnieux

Je propose 2 ans pour les Bordeaux Rouges, et 3 ans pour les Médocs, on retrouve cela chez certains espagnols avec les qualités : Crianza (vins jeunes), Reserva (vins élevés deux ans) et Gran Reserva (plus de 2 ans). Le vigneron pourrait toucher une subvention mensuelle, pour qu’il puisse faire face à ses dépenses quotidiennes et une somme forfaitaire pour qu’il puisse stocker son vin dans de bonnes conditions (cuves, stabilité de température et d’hygiène). Il est à noter que la demande mondiale progresse et qu’en même temps l’Europe finance l’arrachage... Cette démarche vise à également ne pas utiliser l’AOC sur des vins plus courants, moins contraints en terme de volume, vendu moins chers. Qui pourrait faire face à des marchés de prix que Bordeaux a perdu depuis longtemps. Dans un contexte économique hyper concurrentiel, des marchés mondiaux qui se ferment / Brexit, douane USA, Honk Kong, coronavirus etc... il est plus que temps de réagir. Y a-t’il un plan ? une vraie démarche globale ? Qui est Monsieur Vins en France ? Avec une balance commerciale positive de plus d’un milliard d’euros, il est plus que temps de se poser les bonnes questions et de réagir. Mais courage et reprenons nous, la morosité ne sert à rien, alors REAGISSONS, cette période de réflexion peut nous y aider, et j’ai une pensée pour toute la profession en ce moment troublée, cependant n’oublions pas que nous produisons sans rougir, les plus grands vins du monde.
Santé !

Ecrit par Vindépendant


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