Et cum animo

Et cum animo : Chapitre III

Jeffrey adore sa profession, il est agent immobilier, mais c’est un agent très spécial ... (3ème chapitre).

J’étais enfermé dans cette maison qui dès mon approche avait montré des signes violents d’hostilité. Je restais abasourdi, cherchant dans ma mémoire ce qu’il convenait de faire quand je me souvins de cet ustensile très utile pour ne pas dire indispensable qui se mit à vibrer dans ma sacoche. Je me jetais dessus.

- Allo ! c’est toi Gina ? Oui, Gina c’est la patronne de mon agence, Gina Delabrosse une bordelaise grand cru dont les parents férus de ce beau pays l’Italie avaient voulu graver sur le prénom et le destin de leur fille cet engouement exotique, qu’est-ce que je fous ? Et bien je bosse tiens ! Je suis rue du Temple, en plein Bordeaux, oui ! pourquoi ? Quoi ?! Tu te fiches de moi, je suis parti il y a une heure à tout casser ! Quoi deux jours, mais je t’ai vu tout à l’heure, on a parlé de la maison cours de la Marne ! ...C’était ... oui, quoi ?! On est mercredi ?!

Je jetais un œil sur l’horloge de mon téléphone et je retombais assis sur mon pliant qui sous la surprise et le choc manqua de se renverser.

- Mais, ce n’est pas possible ! écoute j’ai un problème avec cette maison, je suis coincé dedans. Et...quoi les pompiers ? j’allais le faire figures-toi, mais...

La communication se coupa aussitôt. Je tentais de la rappeler, mais l’écran de mon téléphone était noir et ne reflétait que l’image déformée de mon visage épouvanté. Je réfléchis que sans doute je n’avais plus de batterie et je me jetais sur mon câble que je gardais toujours dans ma sacoche. Je m’approchais d’une prise de courant et avant que j’aie pu l’atteindre, une force me repoussa en arrière et je m’étalais sur le sol. Je me rendis compte que la lumière d’un lustre au-dessus de moi était allumée. Toute la maison s’était éclairée quand les volets s’étaient refermés. Je me relevais et je décidais de chercher une autre issue à cette maison. J’entrais dans une des chambres, mais la lumière s’éteint soudain. Un bruit de chuchotement se fit entendre. En tremblant un peu, je demandais :

- Il y a quelqu’un ? Houhou !

Le bruit de cette étrange conversation cessa. Rempli d’effroi, je m’assis sur le lit en tremblant. Je ne savais que faire, jamais une chose aussi terrifiante ne m’était arrivé, en tout cas ; pas à ce point. Tentant de retrouver l’usage de mes idées qui d’un seul coup s’étaient dispersées pour se diluer dans un océan de pensées mystico-horrifiques, je retrouvais le courage de me lever pour quitter la pièce. Je parcourus en tous sens la maison, mais je compris assez vite qu’il n’y avait pas d’autre issue que celle de la porte d’entrée obstinément close. Il y avait le petit jardin. Un petit dix mètres carrés de verdure coquet garni de rosiers rose, saumon et rouge grenat. Je ne me souvenais pas qu’il y eut un portail donnant sur l’extérieur, mais mon cerveau ne pensait qu’à une chose quitter cette bicoque manifestement hantée. À tâtons, je trouvais la baie qui, elle aussi, était fermée, mais alors que je m’approchais, complètement désespéré, le store se leva. La porte à galandage glissa facilement. Cela fut un soulagement.

Seulement voilà, le jardin n’en était plus un, devant moi à cinquante centimètres à peine, un mur d’une vingtaine de mètres s’élevait ! Ce lieu n’était qu’une bande de terre entourée de béton, sorte de cour de prison étroite. Là où j’avais l’espoir de trouver une issue, il n’y avait qu’une cour minuscule et sordide. Ne sachant que faire et alors que je n’en avais nul désir, je rentrais à nouveau dans la maison. Ma montre m’indiqua midi. Une petite faim me gagna aussitôt comme si mon organisme n’attendait que cela pour s’exprimer. Je me dirigeais vers la cuisine. Il y avait bien un réfrigérateur. Je l’ouvrais, mais mon geste se figea. L’idée que cette maison malveillante veuille me tuer me sidéra. Et si la délicieuse cuisse de poulet qui me tendait sa patte dorée était empoisonnée ?

Des larmes qui n’avaient jamais coulé depuis le décès de mon père se mirent à couler sur mes joues. Je pensais, j’ai à peine quarante-cinq ans et je n’ai pas finis de payer le crédit de ma maison, mon épouse Caroline devra élever Rolanda toute seule et mon chien ne comprendra jamais ce qui m’est arrivé et pourquoi je ne rentre pas. Toutes ces idées défilaient sans aucun ordre de logique ou de priorité dans mon esprit.

Comme un thon dans une mare, moi qui n’aime que les grands espaces et le vent sur mon visage, j’étais prisonnier dans cette maison qui refusait de me laisser partir. De plus, le temps semblait passer plus vite au dehors, car Gina ma patronne qui n’était pas quelqu’un portée sur la blague prétendait que j’étais parti depuis deux jours, alors que pour moi j’y étais depuis à peine une heure et demie.

Naturellement, mon téléphone ne fonctionnait plus. J’espérais que Gina ne me voyant toujours pas revenir, appellerait la police. J’écoutais, mais aucune sirène ne retentit. La maison était donc hantée ! Une aura mystérieuse et de très mauvais poil régnait là et ce qui m’avait paru une jolie échoppe agréable et cossue devenait à cause de cet esprit un lieu horrible et d’une tristesse affligeante. Contemplant les photos alentour, je devinais qu’il s’agissait peut-être du défunt mari. Le départ de son épouse ne l’avait pas du tout réjoui et il le manifestait avec fracas. J’allais devoir négocier ferme avec le fantôme.

Ecrit par Marie-Laure Bousquet

Je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou d’anticipation.


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