On ne sait jamais de qui l’on peut avoir besoin

On ne sait jamais de qui l’on peut avoir besoin : Chapitre V

Victime d’un accident, Mikaël s’en sort indemne, hélas, ce n’est pas une excuse pour ses patrons. Il sera congédié brutalement, mais son nouvel emploi va lui réserver de drôles de surprises. (5ème et dernier chapitre)

Rosetta l’ex-patronne de Mikaël n’en menait pas large. On venait de la menacer de la peine de mort devant une assemblée en costume du moyen-âge. Des soldats en collants, casque et hallebardes l’encadraient. Tout cela ressemblait de moins en moins à une plaisanterie. Elle, d’habitude si confiante, sentait monter une irrépressible envie de pleurer. Mikaël trouvait un peu injuste cette condamnation ; cette femme bien sûr, peu sympathique, et voire même carrément odieuse n’en était pas pour autant coupable d’un quelconque délit. Elle l’avait renvoyé durement, mais elle avait suivi le règlement.

L’homme en noir qui lui servait d’avocat salua un auditoire qui n’en avait rien à faire, beaucoup plus intéressé qu’ils étaient par la jolie herboriste. Il repartit s’assoir pour se remettre à table avec appétit. Sa plaidoirie s’était perdue dans un brouhaha presque bon enfant. Mais bientôt un homme se leva. On cessa de manger.

- Je suis Arnaud Saint-André, Sénéchal de mon état, je déclare l’accusée coupable, elle sera exécutée tout de suite en présence de ses juges.

Rosetta atterrée ne soufflait mot. Des larmes coulaient sur ses joues. Mikaël eut pitié.

L’homme en rouge qui jusqu’ici dînait à part se leva. Il avait mis un masque de cuir qui couvrait le haut de son visage, laissant deux trous pour ses yeux. Debout, menaçant, il avait quitté sa cape qui découvrit ses gros bras musclés. Avec une étrange rapidité, il installa un billot de bois au centre de la salle et attendit. Il portait des gants rouges en cuir et dans sa main droite, une hache qui luisait aux lueurs des flambeaux.

Les gardes qui lui avaient attaché ses mains derrière son dos approchèrent Rosetta de celui, qui, il faut bien le dire, devait être son bourreau. Ils la firent s’agenouiller et lui posèrent brutalement la tête sur le bloc de bois.

Mikaël qui, jusqu’ici, croyait à une farce, commença à s’affoler, voyant bien que Rosetta ne riait pas du tout et au contraire pleurait de toutes ses larmes. L’assemblée tout à coup sérieuse attendait. Tout ceci n’était donc pas un jeu !

Le bourreau leva sa hache. Mikaël s’approcha alors et s’écria.

- Arrêter ! vous ne pouvez pas faire ça ! elle ne le mérite pas ! elle n’a tué personne !

Le bourreau suspendit son geste.

- Elle aurait préféré vous voir noyé avec sa grue plutôt que vivant.

C’était le patron des Trois Canards qui avait parlé. Il faut dire que Mikaël lui avait raconté sa mésaventure grutière. Rosetta intervint.

- Je ne voulais pas qu’il se noie ! il le sait bien, mais mon associé m’a dit qu’il y avait eu négligence...Je ne pensais pas que...

Elle s’arrêta, comprenant que son argument ne valait pas grand-chose. La vérité, c’est qu’elle avait laissé faire ; un employé de plus ou de moins, peu importait ! en fait en ce moment précis, elle trouvait qu’il avait justement une très grande importance !

- Cesse là bourreau ! Mikaël, avez-vous quelque chose à dire pour sa défense ?

- Oui, laissez là, c’est tout, je ne l’aime pas, elle ne m’aime pas, mais je ne veux pas sa mort et après tout elle n’est pas pire qu’une autre. Elle a raison, elle a agi comme ça sans réfléchir, on ne condamne pas quelqu’un parce qu’il ne s’intéresse qu’à lui, sinon il n’y aurait plus grand monde sur cette terre. Et puis la peine de mort est abolie, il me semble !

Des rires retentirent. Le sénéchal les fit taire.

- Une seule voix pour la sauver suffit, si c’est ainsi elle est acquittée.

Il s’approcha de Rosetta qui ouvrait de grands yeux effarés.

- Va femme, tu es libre !

Rosetta se leva tremblante. Les gardes coupèrent ses liens et elle s’approcha de Mikaël. Pleine de reconnaissance, elle balbutia pantelante :

- Merci...Heu...

Elle se rendit compte qu’elle avait oublié le nom de son sauveur, pire, qu’elle n’avait jamais essayé de s’en souvenir ; pour la première fois de sa vie... elle eut honte.

Alors elle se souvint de ce que lui avait dit un jour sa grand-mère Mathilde qui avait trouvé sa petite fille en train de casser avec application la poupée de sa copine Karine.

- Tu sais ma Rosetta chérie, ce n’est pas bien d’agir ainsi ! il faut toujours faire attention aux autres, car l’on ne sait jamais de qui l’on peut avoir besoin !

Ecrit par Marie-Laure Bousquet

Je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou d’anticipation.


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