Le pacte qui prend le problème à l’envers…

Manuel Valls va passer un mauvais week-end. Pas à cause du mauvais temps en cette fin d’avril mais surtout face à la montée d’un orage qui s’annonce. Il lui faut en effet absolument avoir la certitude qu’une majorité parlementaire soutiendra le plan d’économies qu’il propose sous peine d’être totalement discrédité dans l’opinion. Il est également certain que l’absence de soutien des députés socialistes à ses propositions, avec lesquelles il y a de vraies raison de ne pas être d’accord, signera dans les faits la mort du PS actuel. Comment imaginer que les voix de droite viennent au secours de celui qui mène la politique souhaitée par le Président alors que celles et ceux qui ont été élus dans la foulée de l’arrivée au pouvoir de leur mentor seraient absents ? Un gouvernement qui a besoin des voix de l’opposition pour asseoir son autorité ne devient pas crédible très longtemps ! Et ce serait l’amorce d’un désastre électoral encore amplifié aux européennes compte-tenu du manque d’autorité du chef de l’Etat dans sa propre majorité. Les négociations vont aller bon train afin de chercher un consensus acceptable sur un pacte qui vaut 50 milliards d’euros.

Les récents résultats du chômage ne confortent pas la position du gouvernement même si rien d’exceptionnel n’était à attendre. En effet les employeurs potentiels ne vont pas se ruer vers des embauches alors qu’on leur annonce à partir de mardi des réductions de charges... rien n’était à attendre de positif dans le domaine de l’emploi tant que le fameux « pacte » ne sera pas effectif puisque le patronat prétend qu’il ne peut faire aucun effort dans ce domaine sans des garanties de diminution du coût du travail ! Et le pire c’est que cette attitude alimente les craintes des opposants aux propositions de Manuel Valls !

Le nombre de demandeurs d’emplois est resté quasi stable en mars en France après le bond enregistré en février, et ce malgré une nouvelle progression du chômage des seniors, qui reste sur six années consécutives de hausse. C’est la démonstration que le milieu économique fait en définitive ce que bon lui semble et tous les plans « politique » ne changent pas grand chose. Depuis des mois les gouvernements se heurtent à cette réalité ! Le gouvernement n’attend cependant pas avant 2015 de réel impact sur l’emploi des baisses de charges des entreprises prévues dans le pacte. Il table ainsi sur une croissance des effectifs du secteur privé limitée à 0,1% cette année, ce qui rendra nécessaire le maintien d’un niveau élevé de contrats aidés et donc des aides de l’Etat !

Les demandeurs d’emplois de catégorie A, sans la moindre activité, ont même augmenté de 1.600, bien moins que les 31.500 de plus enregistrés en février, ce qui porte leur total à un nouveau record de 3.349.300. Les propositions gouvernementales ne changent pas la tendance actuelle puisque aucun patron n’embauche s’il n’a pas les commandes nécessaires pour alimenter son activité. Et se pose donc le problème de la relance de la consommation par des moyens diversifiés et notamment celui de l’investissement public et le rôle des banques en matière de crédit aux particuliers. Il faut aussi rajouter les catégories B et C, les personnes qui ont exercé une activité réduite, le nombre d’inscrits à Pôle emploi a progressé le mois dernier de 0,2%, soit 11.700 personnes, pour s’élever à 4.949.500 en métropole (5.246.800 en incluant les départements d’Outre-mer). Sur un an, la hausse est de 4,1% pour la catégorie A en métropole et de 4,5% pour les catégories A, B et C. Le nombre de demandeurs d’emplois de plus de 50 ans a encore progressé de 1,0% en mars. Son augmentation atteint 11,8% sur un an.

Toutes les réunions urgentes mobilisant l’administration et les régions (encore un signe fort donné en faveur de ce niveau de collectivité territoriale au détriment des autres) ne changeront rien à un contexte toujours bloqué par une morosité et une défiance grandissantes. Encore une fois le « politique » se révèle incapable de modifier le comportement du milieu économique sans vision de solidarité sociale mais arc-bouté sur la seule préoccupation du maintien (c’est le minimum) ou la progression du profit !

Le chômage ne baisse jamais si les embauches ne permettent pas de tirer des bénéfices à court terme pouvant être consolidés dans un avenir plus ou moins lointain. Or rien, absolument rien, n’annonce un scénario de cette sorte puisqu’en 2015 les investissements des collectivités territoriales mises au régime sec vont chuter de 20 à 30 % et le BTP gros pourvoyeur d’emploi plus ou moins qualifié va débaucher au lieu de relancer l’emploi. De grands chantiers (LGV notamment ) vont se terminer lentement mais inexorablement.

On entend trop dire que budget d’un État se gérerait comme « celui d’un ménage », qu’il faudrait gérer l’État « en bon père de famille ». Autant le ménage doit rembourser ses dettes au cours de sa vie, autant l’endettement de l’État fait partie de sa bonne gestion. Une belle connerie qui a valeur de vérité mais qui n’a aucun sens. L’endettement d’un ménage n’est pas toujours source de revenus futurs, surtout s’il est uniquement destiné à la… consommation. Les dépenses de l’État (salaires des fonctionnaires, prestations sociales, achats et investissements, subventions aux structures publiques) sont productives, elles sont une manière de soutenir l’économie, et elles sont sources de recettes futures. Il faut défendre la dépense publique : elle soutient la demande, elle soutient les débouchés pour les entreprises. Je sais c’est hérétique et rien ne vaut un pacte de diminution des dépenses qui va alourdir la note ! C’est le serpent qui se mord la queue !

Ecrit par Jean-Marie Darmian


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