Pure Salmon au Verdon : un projet industriel qui divise le Médoc

Au Verdon-sur-Mer, à l’extrémité nord du Médoc, le projet d’élevage industriel terrestre de saumons porté par Pure Salmon cristallise tensions et interrogations. Présenté comme une innovation industrielle et alimentaire, il est contesté par des associations, des partis politiques et des habitants qui alertent sur ses impacts environnementaux, énergétiques et sociaux. Après la clôture de l’enquête publique en janvier 2026, le dossier entre dans une phase décisive.



Un projet d’aquaculture terrestre à l’entrée de l’estuaire

Le projet Pure Salmon prévoit la construction d’un site d’élevage intensif de saumons en système fermé terrestre (Recirculating Aquaculture System, RAS) au Verdon-sur-Mer, à proximité de l’estuaire de la Gironde. Qualifié de « ferme-usine » par ses opposants, il est présenté par son porteur comme un site industriel d’aquaculture innovant, conçu pour produire du saumon sans cages marines.

Selon le site officiel de l’entreprise, Pure Salmon France ambitionne une production pouvant atteindre 10 000 tonnes de saumon par an, destinée au marché français et européen. L’entreprise met en avant un modèle industriel reposant sur le recyclage de l’eau, la maîtrise sanitaire et la traçabilité des poissons.

Le site choisi se situe dans un territoire particulièrement sensible, à proximité de zones protégées et de milieux naturels remarquables : estuaire de la Gironde, marais du Bas Médoc, zones Natura 2000 et parc naturel marin. Cette localisation constitue l’un des principaux points de controverse.

Une procédure administrative sous haute attention

Le projet est soumis à plusieurs procédures réglementaires, notamment un permis de construire et des autorisations environnementales. Une enquête publique a été organisée afin de recueillir les observations du public et d’évaluer l’impact du projet.

Selon les documents liés à la procédure, l’enquête publique a été ouverte à la mi-décembre 2025 et s’est achevée le 19 janvier 2026. À l’issue de cette phase, la commission d’enquête doit analyser les contributions et formuler un avis motivé, préalable à toute décision administrative.

Depuis la clôture de l’enquête, le dossier est entré dans une phase d’instruction post-enquête. Aucune décision administrative définitive n’a été rendue publiquement à ce stade, selon les informations disponibles.

Des promesses industrielles et économiques mises en avant

Ce que dit Pure Salmon

Pure Salmon défend un projet présenté comme une réponse à plusieurs enjeux :

  • Un modèle industriel innovant : l’entreprise affirme que le système fermé limite les interactions avec le milieu naturel, en comparaison avec l’aquaculture marine.
  • Une production sécurisée : selon Pure Salmon, le contrôle des paramètres sanitaires permettrait de réduire les risques de maladies et l’usage de traitements.
  • Un impact économique local : l’entreprise évoque jusqu’à 250 emplois à terme sur le site du Verdon-sur-Mer, selon sa communication officielle.
  • Un enjeu de souveraineté alimentaire : Pure Salmon affirme vouloir réduire la dépendance française aux importations de saumon, aujourd’hui majoritairement issues de Norvège et d’Écosse.

L’entreprise insiste également sur la maîtrise des rejets et la gestion des effluents, présentées comme compatibles avec les exigences environnementales.

Des critiques multiples portées par les opposants

Ce que contestent les opposants

Le projet suscite une opposition structurée, portée par des associations environnementales, des ONG animalistes et des partis politiques.

Sur la ressource en eau
Selon un document de l’ONG PETA, l’exploitation nécessiterait un apport d’eau pouvant atteindre 6 500 m³ par jour, soit environ 2,37 millions de m³ par an, un volume comparable à la consommation d’une agglomération de 43 000 habitants.

Sur les rejets dans l’estuaire
PETA évoque des rejets annuels estimés à 1,7 tonne d’azote et 16,8 tonnes de phosphore, malgré les dispositifs de traitement prévus.

Sur la compatibilité avec la gestion de l’eau
Génération Écologie rappelle que la Commission locale de l’eau a rendu un avis de non-compatibilité avec le Schéma d’aménagement des eaux nappes profondes, en raison de la pression sur la nappe éocène et des risques pour l’alimentation en eau potable du Médoc.

Sur la consommation énergétique
Le même communiqué évoque des besoins énergétiques compris entre 100 et 120 GWh par an, soit l’équivalent de la consommation d’une ville de 45 000 habitants.

Sur le bien-être animal
Les opposants dénoncent des densités pouvant dépasser 70 kg de poissons par m³, jugées incompatibles avec le respect du bien-être animal.

Sur la concertation locale
Plusieurs collectifs estiment que le projet s’est développé sans concertation suffisante avec les populations locales, selon Génération Écologie.

Des chiffres qui divergent selon les sources

L’un des enjeux du débat réside dans la divergence des données avancées.

Pure Salmon communique sur une production annuelle de 10 000 tonnes de saumon, tandis que PETA évoque environ 3 millions de saumons exploités par an.

De la même manière, le nombre d’emplois fait l’objet d’interprétations divergentes :

l’entreprise annonce 250 emplois, tandis que Génération Écologie estime que ce chiffre pourrait être réduit à environ 70 emplois, en raison de l’automatisation du site.

Ces écarts illustrent la difficulté pour le public d’appréhender l’impact réel du projet et soulignent l’importance du débat public autour des données techniques.

Une mobilisation locale et nationale

La contestation dépasse le cadre strictement local. Selon PETA, plus de 8 500 signatures ont été recueillies contre le projet via une pétition adressée au président de la commission d’enquête.

Des manifestations ont également été organisées sur les deux rives de l’estuaire, notamment à Soulac-sur-Mer et Royan.

Timeline – Dates clés du dossier Pure Salmon

  • Automne 2025 : le projet est classé d’« intérêt majeur », selon Génération Écologie.
  • 15 décembre 2025 : ouverture de l’enquête publique sur le permis de construire et les autorisations environnementales.
  • 19 janvier 2026 : clôture de l’enquête publique ; la commission d’enquête entame l’analyse des contributions.
  • Depuis fin janvier 2026 : phase d’instruction post-enquête ; aucune décision administrative définitive n’a été rendue publiquement à ce stade.

Un projet révélateur des tensions territoriales

Au-delà du seul cas du Verdon-sur-Mer, le projet Pure Salmon met en lumière des tensions plus larges autour de la réindustrialisation, du modèle alimentaire et de la gestion des ressources naturelles. Entre promesses industrielles et inquiétudes environnementales, il pose la question de l’acceptabilité sociale des grands projets dans des territoires écologiquement sensibles.

La suite du dossier dépendra des conclusions de la commission d’enquête, des décisions préfectorales et, éventuellement, de recours juridiques. D’ici là, le projet continue de diviser le Médoc et d’interroger la place de l’aquaculture industrielle dans la transition alimentaire et écologique.

Ecrit par La rédaction


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