Pour Corbeyran, le chemin de la BD fantastique et gourmande passe par Bordeaux.

Avec la fin de deux séries1 à succès Eric Corbeyran est à un tournant de sa carrière de scénariste de bande dessinée. Antoine Lebègue, avec qui il vient de créer une nouvelle collection sur l’histoire du vin², nous retrace les grandes étapes de son aventure à travers les albums et séries qui l’ont marqué le plus fortement. Il nous dit aussi quels sont ses projets d’avenir après trois décennies de métier et quelque 380 albums.

Pour Eric Corbeyran 1987 n’est pas tout à fait une année comme les autres. Il a alors 23 ans et sur les quais de La Rochelle il rêve de devenir scénariste de BD. Pour cela il faut trouver un dessinateur. Il n’aura pas à aller très loin pour dénicher l’oiseau rare. A Bordeaux Patrick Amblevert ronge son frein en dessinant des étiquettes de vin. Les deux garçons se mettent au travail et trois ans après un premier album, Les « Griffes du marais », est édité chez Vent d’Ouest. L’histoire est fortement ancrée dans le terroir poitevino-charentais, le personnage central étant le « raborne » un monstre du Marais poitevin. Éric, qui est venu s’établir dans le port de la Lune, et Patrick ont réalisé leur rêve avec cette première série mariant le fantastique et le Moyen Âge, deux sujets qui passionnent ce néo-Bordelais. Mais il faut attendre 1993 pour que Corbeyran connaisse son premier vrai succès avec « Le Cadet de Soupetard » une série de huit volumes publiés par un grand de la BD franco-belge : Dargaud. Réalisée avec Berlion, un dessinateur lyonnais, cette collection pleine de charme plonge dans les « années 50 » vues à travers le regard d’un enfant. Toujours avec Berlion et chez Dargaud en 1999 il publie « Lie de vin », une one shot racontant l’été campagnard d’un orphelin de 14 ans affublé d’une large tâche lie de vin sur la joue. Mélancolique et poétique, cette très belle histoire est sans doute l’un des albums préférés d’Éric. Il n’oublie pas pour autant sa passion pour le fantastique. En 1997 sort chez Delcourt le premier tome de sa collection phare : « Le chant des Stryges ». Les Stryges sont des êtres maléfiques qui ont pris le contrôle des plus hautes sphères du gouvernement américain. L’ancien chef des services de sécurité cherche à les neutraliser, donnant naissance à un fantastique moderne mêlant science-fiction, thriller et espionnage.

Eric Corbeyran a sa table de travail entre un stryge ’buste au fond) et Alexandra l’héroïne de Châteaux Bordeaux

Pour cette collection c’est encore une fois à Bordeaux qu’il trouve son dessinateur, Richard Guérinau. Pendant une décennie les Stryges sont la collection vedette d’Éric Corbeyran. Puis à la fin de la première décennie du XXI e siècle, Jacques Glénat, grand collectionneur de bouteilles d’Yquem, lui demande d’envisager une série se déroulant dans le vignoble bordelais. Le résultat est « Châteaux Bordeaux », un best-seller mais aussi une collection qui va changer sa vie. Éric, qui jusque-là est un simple amateur de bons vins sans plus, se pique au jeu et devient un vrai connaisseur. Il découvre un monde qu’il ne connaissait pas et surtout des gens avec qui il sympathise. Il n’est pas exagéré d’affirmer que « Châteaux Bordeaux », qu’il réalise avec Espé, marque un vrai tournant dans sa vie. Il devient le spécialiste des BD gourmandes, comme en témoigne son dernier titre paru « Le Maître chocolatier » qui se déroule – BD et chocolat obligent – à Bruxelles. Un ouvrage qui lui tient à cœur. D’une part parce que c’est le premier qu’il publie aux Éditions du Lombard, la maison qui a créé le « Journal de Tintin » et accueilli quelques-uns des grands maîtres de la BD franco-belge ; d’autre part car il comporte 64 pages une formule qui offre beaucoup d’opportunités au scénariste que le format classique de 48. Toutefois, Éric qui a signé bien d’autres ouvrages, dont un « XIII Mystery », ne veut pas se laisser enfermer dans un genre unique. Pour preuve il prépare avec Éric Chabbert et François de Closets un livre sur les relations entre Fritz Haber et Albert Einstein, deux scientifiques aux destins exceptionnels et apparemment antinomiques. Et tout en travaillant sur cette BD historique qui doit sortir vers octobre il réfléchit sur son grand retour à la science-fiction et au fantastique.

1 « Le Chant des Stryges » chez Delcourt et « Châteaux Bordeaux » chez Glénat.
2 « Vinifera » chez Génat, dont les prochains tomes (« Les larmes d’Horus » et « le Vin des Papes ») vont sortir en mai.

Ecrit par Antoine Lebegue


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