Bien que les sondages créditent les socialistes français d’un score favorable aux élections présidentielles de 2012, il est loin d’être certain qu’ils reviendront au pouvoir.
D’abord parce que le PS a changé son positionnement idéologique et son assise électorale. En 1981, F. Mitterand a été porté au pouvoir grâce à un soutien large de la classe ouvrière après avoir absorbé le PC (qui ne s’en est jamais remis). Depuis le tournant libéral de la gauche amorcé en 1983, qui s’est conjugué à la lente disparition de la conscience de classe, le PS n’a cessé de s’éloigner de la base populaire de l’électorat français qui s’est laissée séduire par les sirènes extrémistes. Très récemment, le PS a entériné cette coupure par la voix de la fondation Terra Nova (un des grands laboratoires d’idées du PS) qui estime dans son dernier rapport intitulé « Gauche, quelle majorité électorale pour 2012 » que l’électorat cible du PS n’est plus constitué des couches populaires mais doit se concentrer sur les classes moyennes. On ne manquera pas d’apprécier le cadeau fait au Front National. Notre actuel Président ne s’y est pas trompé : il a été élu sur un programme et des thèmes qui rejoignent les préoccupations des couches populaires (la sécurité, l’autorité, l’immigration et le pouvoir d’achat). Parce que le PS, en exerçant son « droit d’inventaire » (formule de Lionel Jospin en 1995) des années Mitterrand, a voulu se donner une image nouvelle en faisant siennes les valeurs socio-libérales en économie (les modèles allemand et anglais), un certain progressisme sur des questions de société, il s’est éloigné de la conception qu’a l’électorat populaire de la justice économique et sociale.
Ensuite, ce que le PS ne semble pas voir c’est que 22% des électeurs français se sont décidés au dernier moment au 1er tour des élections présidentielles de 2007 (17% au second tour) et que 46% des français se sont décidés après le débat télévisé Sarkozy-Royal entre les deux tours (source Cevipof : Centre d’études de la vie politique française). Cela signifie que le programme et les idées sont déterminants sans être décisifs. Ce qui est décisif, c’est l’impression que le/la candidat(e) laisse à l’électeur. Celui qui se décide au dernier moment ou après un débat télévisé, ne se décide pas à cause des idées mais à cause d’une impression personnelle et subjective. A cause d’une apparence. En mettant un point d’honneur à élaborer un programme commun à la famille socialiste avant de désigner un(e) candidat(e), le PS semble oublier la grande leçon de politique donnée par Machiavel (penseur italien de la Renaissance) dans Le Prince. Cette leçon est la méthode infaillible pour accéder et conserver le pouvoir et elle est à ma connaissance indépassable. Machiavel écrit en effet que le Prince (entendez le chef d’Etat) doit se forger une réputation d’homme juste mais savoir tourner le dos à la morale lorsque cela est utile à la conservation du pouvoir. L’assise de ce pouvoir, Machiavel la voit déjà dans le fait de plaire à la multitude (entendez le peuple dans sa majorité) : dire ce qu’elle veut entendre, lui faire voir ce qu’elle veut voir. Cette image d’homme juste et droit doit être maintenue à tout prix car le peuple ne voit et ne juge qu’à partir des apparences. La politique selon Machiavel est l’art de conserver le pouvoir en manipulant des apparences séduisantes pour le peuple. Toute action injuste ou immorale pourra être retournée au profit du Prince s’il sait la présenter sous une apparence de justice. Contrairement à ce que l’on pense communément, Machiavel n’était pas mal intentionné. Il était simplement réaliste : parce que les hommes ne sont pas capables de distinguer les apparences et la réalité ; parce qu’ils sont irrationnels, seule une personnalité politique charismatique qui donne l’apparence du juste (sans l’être vraiment), peut accéder au pouvoir. Ce que les élections présidentielles de 2007 (pour ne s’en tenir qu’aux dernières en date) ont superbement montré.

Ecrit par Marc
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