Secret de famille

Secret de famille : Chapitre II

Jany comprend qu’un lourd secret entoure sa naissance.(2ème chapitre)

Jeune femme, à présent, Jany, malgré ses visites à sa mère et à ses sœurs, n’en savait toujours pas plus au sujet de la disparition de son père. Malheureusement sa relation avec sa mère n’était pas meilleure. Depuis quelque temps le conflit avait pris des proportions paroxystiques. Cette dernière lui avait craché dans un accès de colère alors qu’elles fêtaient l’anniversaire de Jany qu’elle se demandait « -combien d’années encore vas-tu nous emmerder ? » Il y eut un silence jusqu’à ce que la mère balbutie que c’était une plaisanterie. La cruauté de la phrase affecta profondément la jeune femme. Elle n’oublierait pas de sitôt cette perfide question. Malgré tout, elle retrouvait toujours avec soulagement le petit banc si humble, à l’ombre du bouleau décharné en hiver et de la tendre statue de la vierge au visage penché. Ici, l’air lui semblait plus transparent comme plus pur et la lumière dulcifiée comme si elle venait de traverser un vitrail coloré.

Un matin, la question de la disparition du père se réveilla durement quand la grand-mère voulut déplacer les cendres de son fils, le père de Jany, dans son caveau de famille. La mère outrée refusa, les sœurs également et Jany voulant calmer la colère familiale décida qu’il était temps de parler avec la grand-mère.

Elle était là, assise dans la pénombre, grande femme sèche, les cheveux entièrement blancs, vêtue de noir, raide sur un vieux fauteuil usé aux accoudoirs. Jany se montra douce tentant de pacifier la grand-mère qui visiblement n’avait pas digéré le refus collégial de sa belle-fille et de ses enfants. La vieille dame lança un regard de feu à cette petite fille dont elle se demandait bien en quoi cela pouvait la regarder. Elle préféra s’enfermer dans son mutisme. Elle n’avait jamais été une grand-mère très affectueuse, mais elle ne s’était jamais montrée méchante et cette lubie qui lui prenait à présent, n’avait pas de sens. C’est ce que Jany tenta de lui faire comprendre. La grand -mère soupira lourdement et se mit à regarder obstinément par la fenêtre. La jeune femme qui se sentait une mission pacificatrice qui correspondait bien à son caractère insista et devant le mutisme de la grand-mère, elle voulut la prendre dans ses bras. Le geste agaça tant la vieille femme, qu’elle finit par jeter à la figure de Jany, que son père s’était suicidé à cause d’elle. La jeune femme effarée recula. Qu’est-ce que c’était que cette histoire ? La vieille femme scrutait le visage abasourdi comme une sorcière contemple les effets de son poison sur sa victime et ne disait rien. Angoissée, Jany fila jusqu’à la maison de sa mère.
Le suicide ! Évidemment, cette idée terrible lui était déjà venue à l’esprit, mais comment un père d’une petite fille de huit mois pouvait-il faire une chose pareille ?

- Alors, que t’a-t-elle dit ?

- Qu’elle ne changerait pas d’avis... Mais elle m’a dit autre chose.
Jany se retenait de ne pas hurler. Sa mère continua :

- Mais comment, ton petit frère est enterré à côté de son père, pourquoi voudrait-elle qu’on les sépare ?

- Je ne sais pas, elle est têtue, elle est âgée et puis elle m’a parlé de mon père.

- Oui bien sûr, on le sait que c’est son fils, mais il est aussi votre père et c’était mon mari, nous avons des droits.

- Et moi, j’ai le droit de savoir !

- Et toi, qu’est-ce que tu viens faire là-dedans ?

- C’était mon père oui ou non ?

- Mais qu’est-ce que tu racontes, bien entendu que c’était ton père tu l’aurais connu, tu aurais vu la ressemblance...

Sur cette dernière phrase, la mère se retourna. Jany aurait juré qu’elle pleurait, un chagrin muet, une seule larme à peine un soupir, plus de vingt ans avaient passé.

- Et c’est ça le problème, je ne l’ai pas connu et j’aurai aimé qu’on m’en parle, que vous me racontiez comment il était, ce qu’il pensait comment il s’habillait, ce qu’il aimait ou détestait, quels gestes il faisait, est-ce qu’il me prenait dans ses bras ?

- Et pourquoi faire ? De toute façon, tu ne le connaitras jamais. Cela t’aurait causé de la souffrance, c’est tout.

- Parce que tu crois que je ne souffre pas de ne rien savoir ? C’était un salaud, un bandit ? Pourquoi ce silence autour de sa mort ? Grand-mère a dit qu’il s’était suicidé !

La mère accusa le coup.

- Elle est folle ! C’est la preuve ! elle est gâteuse, elle est bonne pour la maison de retraite ou l’asile !

- Pourtant elle n’avait pas l’air en pleine crise de folie. Au contraire en pleine crise de rage oui, mais c’est tout. Alors, il s’est suicidé ? Et pourquoi elle pense cela ?

- Je ne sais pas, elle n’a rien compris. La police n’a jamais dit qu’il s’était suicidé. Il est mort de froid.

- Pardon ?

Jany ne croyait pas ce qu’elle entendait, elle demanda.

- Il était où, au Groenland ?

- Non, il est mort à deux pas d’ici.

Si ce n’était pas un accident, alors c’était à la fois très simple et très étrange. Jusque-là, Jany était restée debout, elle s’assit lourdement sur la chaise en paille de la cuisine. La dureté du siège la fit se redresser.

- À présent, il va falloir m’expliquer ce qui s’est réellement passé ce jour-là.

- Ce soir-là ! ça s’est passé un soir, en décembre...

La suite mercredi prochain

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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