On ne refait pas l’histoire

On ne refait pas l’histoire : Chapitre II

Des enfants adoptés par un étrange médecin se posent des questions sur leurs véritables parents. 2ème épisode.

Et donc, Théocrates vola de l’ADN, et pas n’importe lequel, c’était celui d’une femme morte très jeune et qui était connue pour sa grande bonté et sa grande foi en Dieu. Sainte Thérèse de Lisieux, elle-même, allait ressusciter grâce à sa science.

La réussite fut totale, une petite fille naquit ; petite chose infime et précieuse dans une éprouvette, puis elle grandit un peu pour devenir un fœtus, et enfin un bébé dans une couveuse artificielle. Théocrates exultait. Thérèse, rebaptisée Tess, fut donc la première. L’enfant était charmante et réservée, un véritable petit ange. Les années passèrent, mais le sujet de son étude sur « la foi » ne fut pas réellement approfondi, car une nouvelle le détourna de sa réflexion.

En effet, tout recommença quand il apprit que l’on avait retrouvé le tombeau de Cléopâtre en Égypte. Son squelette exhibé au musée du Caire avait soulevé plus de questions que de réponses. Théocrates, une fois de plus se dit que c’était un signe de son dieu personnel Adéhenis (il l’avait créé comme il avait créé Tess à partir cette fois du mot même « Acide désoxyribonucléique » en bref, de l’ADN).

Ce petit homme ordinaire passait partout facilement dans tous les milieux et se servait tranquillement tant sa personnalité autoritaire empêchait quiconque de s’opposer à ses demandes. De son retour en France avec un petit doigt tout sec, naquit bientôt Cléo.

Enivré par la facilité avec laquelle on lui faisait confiance et le résultat de ses petits vols, il continua avec Ramsès II dont il préleva une dent et enfin Napoléon. Pour ce dernier se fut plus compliqué et il ne put se procurer qu’une mèche de cheveux détenue par une famille proche des Ramolino la branche maternelle de la famille de l’empereur, mais heureusement en très bon état.

En vérité, pour cet enfant, une incertitude le gagnait un peu plus à chaque anniversaire. En effet, le petit Napoléon s’avérait devenir grand et blond ! Théocrates se demanda s’il avait eu raison de faire confiance à ce soi-disant descendant du petit tondu. Il avait acheté si cher la mèche de l’empereur à ce corse, si dur en affaire, qu’il se refusait à admettre qu’il s’était fait rouler.

En attendant, le petit Ramdam héritier plus que direct du grand Ramsès, le pharaon vainqueur de la bataille de Qadesh contre les Hittites, trouvait que l’information qu’il venait de recevoir était réellement passionnante, il était libre, libre de faire ce qu’il voulait et dieu sait, s’il avait des idées précises sur la question. Tout d’abord, il n’y aurait plus de limite de temps pour regarder la télévision et jouer aux jeux en ligne, ensuite il voulait visiter le monde et ses secrets, mais pour cela il fallait réfléchir à la manière d’y arriver sans que cela ne lui coûte ni argent ni souci.

Il n’était pas idiot et ses petits conciliabules, avec Cléo notamment, car Napo n’était pas très futé, il faut bien le dire, le persuadèrent que leur papa avait bien des choses à se reprocher, son petit trafic n’étant ni légal ni moral.

-  Pourquoi nous a-t-il dit la vérité ?

Demanda-t-il à Cléo.

Parce qu’il voulait tester nos réactions connaissant l’histoire de nos ancêtres « les originaux », si tu préfères ; les illustres pharaons, il voulait voir si cette révélation allait changer notre comportement. Il me fait pitié, Cléopâtre l’aurait décapité après l’avoir crucifié au soleil, moi, en tout cas c’est ce que j’aurais fait, des imbéciles avec un peu de connaissances scientifiques quand ils ne font pas des bombes atomiques voilà à quoi ils s’occupent ! S’il avait eu un peu de véritable intelligence, il se serait greffé de l’inspiration.

Cléo soupira, mais Ramdam n’écoutait plus.

-  Dis-moi, ce qu’il a fait c’est interdit n’est-ce pas ?

-  Je crois, oui on ne peut pas disposer de la vie des gens comme ça, où veux-tu en venir ?

-  He bien c’est simple, il s’est bien amusé, à notre tour de l’utiliser. J’ai envie de voyager, qu’en penses-tu ? Si nous allions en Égypte ? Il pourrait nous offrir le déplacement !

-  Sur ces entrefaites, Tess arriva, elle semblait bouleversée.

-  Que se passe-t-il Tess ?

-  C’est le maitre, il a inventé un produit pour se débarrasser des souris, je ne le savais pas si cruel !

-  Tu sais les souris ce n’est pas très bien quand ça grimpe partout dans la maison, dit Cléo.

-  Ce n’est pas ça, c’est un produit sans aucun goût, la souris ne peut pas se méfier, il l’a mélangé avec du fromage et la pauvre bête a souffert pendant au moins une demi-heure, sa voix s’étrangla dans un sanglot, en plus il m’a demandé ce que j’en pensais, il disait qu’il fallait que je regarde jusqu’au bout.

-  T’inquiète, c’est encore une expérience à la con !

-  Je n’aime pas quand tu parles comme cela, Ramdam.

Cléo et Ramdam pensèrent que leur grande sœur si sensible et si douce devait connaitre leur projet de vacances en Égypte. Ils ne surent pas lui dirent de quel cadavre elle était issue, aussi ils ne s’étalèrent pas en explications. Tess pleura encore un peu sur les souris martyrisées, et finalement elle fut ravie à l’idée de faire une escapade si loin au soleil. Ils résolurent à mettre leur plan au point, le soir même. Elle s’éloigna pour repasser du linge.

Les deux enfants cherchèrent Napo. Il était dans le jardin où il tapait dans un ballon. Il n’eut pas le même enthousiasme que les autres, en effet, il avait en effet une peau très blanche qui supportait mal le soleil, mais il n’émit aucune objection, car il n’était pas très fixé sur ce qu’il avait envie de faire de cette nouvelle liberté. Ils lui expliquèrent qu’il était un dérivé de Napoléon et il en fut vraiment étonné, à douze ans il faisait déjà un mètre soixante-quinze, ses cheveux blonds presque blancs n’avaient rien de méditerranéen, mais Cléopâtre lui expliqua :

-  Ne t’en fais pas ! Ce grand naze a dû se planter dans les prélèvements.

-  Sûrement pas !

S’exclama une voix impérieuse. La silhouette imposante de la mère du savant se tenait derrière eux, l’œil courroucé et la lippe haineuse. Elle trainait une brouette et venait porter des plants de tomates pour le potager.

-  Mon fils est un ingénieur dans plusieurs disciplines, et le meilleur ! Il ne peut pas se tromper ! martela-t-elle.

-  Tiens mamie, on est venu voir ses petits enfants ! Si ce n’est pas émouvant ça ! Dis donc mémé, t’étais au courant alors ?

-  Bien sûr, et ne m’appelle pas mémé ! malotru ! je suis la mère d’un génie et toi tu n’es qu’une expérience ! Sans lui tu n’existerais pas ! Je ne sais pas ce que vous manigancez, mais je vais aller lui dire qu’il doit se méfier.

La fausse grand-mère tourna les talons et le petit Napo se jeta sur ses jambes dans un placage impeccable. Napo souffla, basculer quatre-vingts kilos de vieille chair en colère quand on en fait cinquante avait nécessité un sacré effort.

( Illustration Sandra Bousquet )

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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