A la découverte des châteaux familiaux #4 : Autour de Sally à George 7 : la famille que l’on créé

A Saillans, sur le domaine fronsacois, c’est au Château George 7 que Sally, une anglaise amoureuse de la France et de ses vins, a décidé de poser ses valises. Rencontre avec une nouvelle idée de la famille.

C’est un accent chantant qui accueille le visiteur quand il passe la porte du château George 7. L’Angleterre a pris racine en pays bordelais en la personne de Sally. Cela fait 28 ans que l’anglaise a traversé la manche et a troqué la langue de Shakespeare pour celle de Molière. Employée dans un grand groupe de consulting, elle s’installe d’abord dans la capitale avec son mari et son jeune fils. Puis, c’est le sud qui appelle le couple après la naissance de leur deuxième enfant. C’est alors que, quelques années plus tard, ces derniers ayant quitté le nid, Sally se lance dans le vin et elle sait quel chemin prendre. « Les enfants ont grandi, ont quitté la maison et à 50 ans passés, je me suis dit que c’était le moment, j’ai voulu me faire plaisir ! » En 2014, elle commence à étudier au WSET (Wine and Spirit Educational Trust) et passe les deux premiers niveaux coups sur coups.

C’est en préparant le troisième que Sally découvre la région bordelaise par le biais d’un ami. « Je voulais aller là où le vin se faisait sérieusement. J’ai vécu en Espagne dans ma jeunesse, c’est là-bas que la passion est née, que j’ai vraiment découvert la vigne, car en Angleterre, il n’y avait pas de vin sur la table ! C’était du cherry, du porto, du gin… Je n’ai vraiment découvert le vin qu’en voyageant et à Paris, avec les enfants et un travail à plein temps, je n’avais pas vraiment le temps. Puis j’ai voulu apprendre, mettre mes mains dans la terre, sentir le bois, comprendre ce que ça donne quand on met le vin dedans… J’ai visité quelques châteaux, puis je suis tombée amoureuse de cet endroit. »

Sally créé de toute pièce son petit coin de paradis fronsadais. Cultivé par l’ancien propriétaire jusqu’en 2016, dès l’année suivante elle décide de tout remanier et s’entoure d’Anthony et Bruno, aides précieuses pour commencer l’aventure. Le premier est issu d’une famille de vignerons saint-émilionnais et le deuxième est œnologue. Tous deux graviteront autour de la propriétaire du domaine en tant que consultants indépendants et l’aiguilleront lors des changements que Sally mène dorénavant seule. « J’ai d’abord choisi le nom, George est un prénom que l’on retrouve en anglais et en français et en lien avec la tradition historique. Le chiffre 7 porte bonheur dans beaucoup de cultures. Ce que je voulais, c’est avant tout allier le savoir-faire ancestral et des techniques innovantes. »

Pour Sally, le maillage de la passion et du savoir est d’une importance capitale. Elle s’entoure de ses deux alliés qui l’épaulent de leurs expériences et, de son côté, amène une touche nouvelle sur le domaine. Les bâtiments sont refaits à son gout et tous les aménagements et les plus petits détails sont à son image. « L’environnement est important pour moi, j’ai essayé de faire le maximum pour protéger la diversité du domaine. Déjà, pour le traitement des vignes, nous sommes en HVE et tout est pensé jusqu’au papier des étiquettes qui est recyclé, le bouchon des bouteilles est fait en cire d’abeilles… Le design des étiquettes est inspiré des esquisses de ma mère et les plantes sont celles qui poussent dans et autour des vignes. » Elle ne laisse rien au hasard et partout où l’œil se pose, l’histoire se rappelle à lui : la grande table de réception est une ancienne table de vendange et même le coffre à jouets mis à disposition pour les enfants est l’ancienne boite à outils de son père quand il servait dans la Navy

Sally s’inspire de l’ancien pour voguer vers la nouveauté, dans le respect des traditions. « Le terroir ici est si riche ! Les vignes ont 35 ans et je veux garantir que ce que l’on tire du sol puisse faire en sorte qu’elles soient encore là dans 150 ans. » L’anglaise aime la France et c’est sur les trois hectares autour du château qu’elle se sent chez elle. « Je veux faire de mon mieux pour que Bordeaux reste stable face à la concurrence des vins d’Australie par exemple donc je mise sur l’innovation et la nouveauté mais je n’oublie pas l’équilibre entre le renouveau et la tradition. C’est ma personnalité qui transparait ici, tout est à mon image et je veux autre chose que ces domaines où l’on ne rencontre jamais le propriétaire. »

Et l’objectif parait atteint car, quand on passe la porte de George 7, c’est comme si l’on connaissait déjà Sally. Elle pétille en nous contant l’histoire de ses trois cuvées : les deux rouges et le blanc, tout juste né en 2020. « Les vignes ont 35 ans comme je le disais et sont établies en carré autour du château sur trois hectares d’un terrain argilo-calcaire, tout sur Saillant en appellation Fronsac. La première cuvée est Château George 7, un cru 100% Merlot, fermenté en fûts de chênes français et vieilli 18 mois en barrique. Ensuite, il y a la cuvée Prince de George 7 qui est vieillie neuf mois en fûts de chêne et, depuis cette année, la cuvée Château George 7 Blanc : 70% Sauvignon et 30% Sémillon avec une fermentation en barrique neuves de Bourgognes et sur lie pendant six mois. Nous expérimentons aussi en amphore la cuvée 2019 de George 7. Les vendanges sont faites à la main, nos vins élevés en fûts de chênes de 500 litres et en cuves inox puis mis en barriques de 225 litres en chênes français pour la maturation. Nous avons éliminé les produits chimiques et planté des haies pour favoriser la biodiversité… Tout est fait pour le mariage entre la passion et le savoir. » Sally est fière de ce qu’elle a accompli et elle a le triomphe modeste : dorénavant diplômée au 4ème échelon, le château George 7 croule sous les récompenses en France comme outre-manche et le domaine a été référencé au sein du très célèbre Inside Bordeaux, un ouvrage écrit par la critique Jane Anson.

Mais à George 7, Sally, comme à son habitude, ne s’est pas contenté du minimum et a peaufiné les détails : en plus d’y faire du vin, elle souhaite faire profiter du cadre somptueux du domaine sur lequel le soleil se couche dans des tons ocres et dorés. « J’organise des visites « classiques » qui durent une heure et à l’issue desquelles je propose une dégustation de deux des cuvées mais aussi des déjeuners au vignoble avec des planches de produits régionaux et des « sunset apéros » pour voir le coucher de soleil. » Recettes concoctées par la cheffe Stéphanie Bottreau pour des accords mets et vin, ateliers accrédités Ecole du Vin de Bordeaux, bières artisanales « les Trois Tertres » du domaine de Fronsac, possibilité de réservations pour des séminaires comme celui de yoga qu’a hébergé le domaine il y a de ça quelques semaines… Cela ne suffit pas à Sully qui rêve de brunchs et d’un restaurateur à temps partiel pour tenir le bar à vin. « J’aimerais trouver quelqu’un à son compte pour gérer le café et pouvoir faire cela à toute heure. L’idée est que lorsque les gens s’arrêtent, quelqu’un soit là pour les accueillir n’importe quand car certaines prestations sont encore sur réservations mais profiter des vignes et y manger devraient pouvoir se faire tout au long de la journée ! ».

Et quand on demande à Sally, femme seule embarquée dans un projet d’une vie, si ce dernier a été compliqué à mener à bien, elle balaye ses peurs passées d’un revers de main : « A 59 ans, je ne veux pas dépendre de quelqu’un. Tout s’est fait naturellement et en autonomie. J’ai su m’entourer des bonnes personnes et gérer mes affaires à ma manière. Les gens ne m’ont pas vu comme une menace et étaient plutôt intéressés de voir le travail que j’ai accompli. Je ne savais pas vraiment où j’allais mais j’aimais ce que je faisais et j’ai réussi à faire les choses à mon image. » Et quelle plus belle image pour témoigner de la réussite de Sally et de sa famille de cœur que celle du couché de soleil sur le domaine de George 7.

Plus d’information sur le site du château : https://fr.chateaugeorge7.com/

Ecrit par Sabine Taverdet


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