Un monde meilleur

Un monde meilleur : Chapitre II

2ème épisode de la nouvelle de la semaine "Un Monde meilleur" : Un matin, Pierrick s’est réveillé dans une ville inconnue dont les habitants avaient tous disparu.

Pierrick, seul dans ce monde désert, campe dans un magasin lorsqu’il aperçoit une porte qu’il n’avait jamais vue.

- Bien ! Où cela nous mène-t-il ? Excusez-moi madame il faut que j’y aille, je suis désolé.

Le mannequin en plastique ne moufte pas. Pierrick descend de son perchoir et se dirige jusqu’à la porte. Il s’étonne encore de ne pas l’avoir remarqué avant. Il pense parfois qu’il perd la tête. Il l’ouvre, doucement, il est intimidé. Elle donne sur un long couloir. Il crie :

- Ho hé ! Ya quelqu’un ?

C’est sorti tout seul. Son cœur se met à battre plus vite. Ses yeux s’agrandissent, non il n’est pas fou, il entend des voix. Des murmures étouffés. Une conversation !
C’est ça ! ses jambes tremblent et sans qu’il le réalise vraiment il est en train de courir. Il court jusqu’au fond du couloir. Il y a une porte. La poignée est brûlante. Il sursaute. Il allonge une manche de son pull-over et s’en sert pour protéger sa main. Il entre. La pièce est remplie d’humains, des vrais, pas des poupées en plastique. Ils parlent entre eux dans un brouhaha mou de sons incompréhensibles.

- Ha enfin ! Je ne suis plus seul. Ses yeux se remplissent de larmes.

Au bout de quelques longues secondes, toute l’assemblée se retourne vers lui avec des regards ahuris. Leurs mouvements se déploient avec une étrange lenteur. Une femme aux cheveux blonds prend la parole, mais les mots qu’elle prononce sont comme décomposés et difficiles à comprendre. Il s’approche d’elle et il voit qu’elle tressaille, en tout cas, c’est ce qu’il comprend, car son corps opère un soubresaut lent et bizarre. Il montre l’espace derrière lui. Il se retourne pour constater que la porte qui lui avait permis de pénétrer dans la pièce n’existe plus, à la place s’étale un grand mur blanc.

- Ho ! Ya un problème je ne peux plus revenir en arrière, en même temps j’en avais plus qu’assez de la solitude. Il se retourne à nouveau vers l’assemblée.
Il voit bien qu’ils ne comprennent pas ce qu’il dit, tout à coup inspiré ; il se frappe lentement la poitrine et dit en séparant chaque syllabe :

- Je su.. is Pier.. rick…

Alors la femme blonde répond :

- Mou a au ssiiii…

Devant leur incompréhension mutuelle, il analyse la situation. Ils sont cinq dans cette pièce, assis pour certains sur des fauteuils derrière des bureaux, d’autres circulant et passant par une autre porte pour disparaitre on ne sait où, cela avant qu’ils ne réalisent sa présence ce qui les a stoppés net dans leur élan. Pierrick qui a capté tous les regards leur demande le plus lentement possible où il se trouve. La femme hoche la tête et prend une feuille de papier sur laquelle elle inscrit : « aux objets trouvés ». Levant les yeux, il voit une immense armoire ouverte sur un tas invraisemblable d’objets de toutes sortes, tous munis d’une petite étiquette blanche mentionnant leur date de découverte et le lieu. Pierrick lit à peine, s’intéressant beaucoup plus à l’ustensile employé par la femme. Il lui prend des mains le précieux stylo et écrit à la suite du message : « Je suis Pierrick et je viens d’un hypermarché dans une ville où tous les habitants ont disparu, vous êtes les premiers humains que je rencontre. » Il réalise qu’il prend un plaisir délicieux à faire glisser la mine de ce formidable stylo sur cette petite feuille.

Ils prennent le temps de lire et semblent très étonnés. L’un d’eux, un vieil homme aux cheveux blanc lui fait signe de le suivre. Ils sortent par une grande porte de métal, et suivent à nouveau un couloir. Ils croisent un homme qui ne semble pas les remarquer. Ils continuent et enfin, poussant une porte, un bruit assourdissant oblige Pierrick à se boucher les oreilles avec ses mains.

Il s’habitue au vacarme et lève la tête pour découvrir où il se trouve. Il est dans un immense aéroport. Par de grandes baies, on aperçoit le tarmac. Le vieil homme qui le devançait se retourne vers lui. Il semble s’affoler, il l’entend dire :

- Mais où est-il ? Qu’est-ce que ? Quel mal poli !

- Ha ! vous parlez normalement, je veux dire à la vitesse normale.

Pierrick voit l’homme se retourner dans tous les sens.

– Hé ho ! je suis là coucou !

L’homme effrayé repart presque en courant et se fond dans le flux pressé des voyageurs. Pierrick reste là, seul, au milieu de la foule.

Il se prend à contempler, fasciné, la piste d’atterrissage où un avion métallique vient de se poser, quand une femme s’approche de lui. Il l’observe discrètement dans le reflet de la vitre. Elle est petite, la quarantaine vêtue d’un tailleur bleu ciel et porte une paire de lunettes noires larges et rectangulaires qui cachent ses petits yeux clairs et vifs. Elle murmure :

- Quelle merde, et ces foutus cachets qui ne me font aucun effet.

- Vous avez peur de l’avion ?

La femme ne dit rien, elle se retourne, reste un moment, silencieuse puis, lentement s’éloigne l’air effaré.

-  Qu’est-ce qu’il y a, je suis si horrible ?

Il a parlé tout haut, il s’est déplacé et découvre avec consternation dans le reflet de la baie un espace dans lequel il ne figure pas ; il est invisible !

– Là, j’en ai plus que marre de ces conneries. J’ai vécu seul pendant je ne sais combien de temps et maintenant que je suis au milieu de la foule, ils ne me voient pas !

Ceux qui passent près de lui, regardent avec inquiétude l’espace vide d’où vient cette voix surgie du néant et s’écartent rapidement. « Je suis condamné à… à quoi au fait ? Il avait déjà pris le temps de réfléchir à la question de Dieu, il était de culture chrétienne, tout du moins, il le supposait. Toutes ces bizarreries auquel il est confronté aujourd’hui, et que certains auraient qualifiées de diableries, l’irritent plus qu’elles ne l’inquiètent. Il n’a pas d’angoisses métaphysiques, mais il ne peut s’empêcher de se demander ; ma parole c’est ça l’enfer !?

Finalement, la foule lui fait du bien. Il se sent la partie d’un tout. La bonne vieille sensation de faim qui lui fait toujours oublier les désagréments de la vie le ramène à l’essentiel, et le porte maintenant jusqu’à un snack où l’on vend des salades composées. Il pense qu’il ne va pas souffrir de solitude dans ce lieu et qu’il ne manquera pas de nourriture. C’est avec allégresse qu’il va enfin pouvoir déguster des légumes frais.

Il prend garde de voler les fruits défendus avec discrétion ; une banane et une orange volantes disparaissent, ainsi qu’un macaron géant à la framboise. Une canette de soda clôture son déjeuner. Il trouve le tout un peu trop sucré se réservant de déguster une poche de chips plus tard.

- Il ne faut pas vous gêner !

– Pardon ? Vous me voyez ?

– Bien sûr que je vous vois ! sinon je ne vous parlerais pas !

(illustration Jean Camille)

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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