Bordeaux
Dans l’hyper-centre de Bordeaux, la rue Saint-Rémi semble aujourd’hui n’être qu’un trait d’union animé entre grandes artères commerçantes et quais. Son tracé raconte pourtant bien davantage : à travers cette rue ordinaire du centre ancien se lisent les grandes transformations de Bordeaux, de l’héritage antique aux fragilités sociales du XXᵉ siècle, jusqu’à la requalification urbaine contemporaine.
Repères historiques : une rue héritée de la ville antique
La rue Saint-Rémi s’inscrit dans un alignement urbain ancien, souvent rapproché de l’un des axes est-ouest de la Burdigala antique, communément assimilé à un decumanus. Cet axe structurant reliait l’intérieur de la ville antique aux zones portuaires, en croisant une voie nord-sud proche de l’actuelle rue Sainte-Catherine.
Si les historiens appellent à la prudence sur une continuité parfaite du tracé, les niveaux de sol et les usages ayant profondément évolué, l’hypothèse d’un corridor de circulation ancien demeure largement admise pour ce secteur du centre-ville.
À l’époque médiévale, la rue s’insère dans un tissu urbain dense, fait de ruelles étroites et de parcelles irrégulières. À partir de l’époque moderne, l’espace se stabilise, les façades s’alignent progressivement, et la rue participe à l’organisation d’un centre-ville commerçant, sans jamais devenir une artère monumentale.

- Rue Saint Rémi à Bordeaux
Une rue de passage devenue lieu de vie
Par sa position, la rue Saint-Rémi a toujours été une rue de traversée. Elle relie des axes majeurs du centre ancien et capte des flux constants de piétons. Longtemps, cette fonction de passage s’est doublée d’un usage résidentiel marqué : logements aux étages, commerces de proximité en rez-de-chaussée, cafés et petits ateliers.
Jusqu’au milieu du XXᵉ siècle, la rue appartient pleinement à la vie quotidienne du quartier Saint-Pierre. On y habite, on y travaille, on s’y croise. Cette dimension domestique et populaire, aujourd’hui en grande partie effacée, constitue pourtant l’un des socles de son identité.
Le XXᵉ siècle : fragilités sociales et usages discrets
Comme dans d’autres rues du quartier Saint-Pierre, la rue Saint-Rémi a aussi connu, au cours du XXᵉ siècle, des usages aujourd’hui largement effacés de la mémoire urbaine. Dans un centre ancien alors marqué par la précarité de l’habitat et le recul de la population résidente, des formes de prostitution discrète existaient dans le secteur, sans localisation officielle ni statut de rue dédiée. Il s’agissait d’une présence diffuse, liée au contexte portuaire et social de Bordeaux, et non d’un espace identifié comme tel. Cette réalité, longtemps tue, s’inscrit dans une histoire plus large des marges urbaines, avant la revalorisation progressive du centre-ville à partir de la fin du siècle.
Ces usages cohabitent alors avec une image de plus en plus dégradée du centre ancien, souvent perçu comme vétuste et peu attractif. La rue Saint-Rémi n’échappe pas à cette période de fragilité, malgré sa situation stratégique.

Mémoire commerçante et figures de quartier
À la fin du XXᵉ siècle, avant les grandes transformations contemporaines, la rue conserve néanmoins une forte identité commerçante de proximité. Certains établissements, parfois atypiques, marquent durablement les mémoires locales. Des figures de commerçants indépendants participent à la sociabilité de la rue, incarnant un centre-ville encore largement vécu à l’échelle du quartier.
Cette dimension humaine, moins visible aujourd’hui, rappelle que la rue Saint-Rémi ne s’est pas transformée brutalement : elle a connu une transition progressive, entre usages populaires, fragilités sociales et premiers signes de revalorisation.
Toponymie et patrimoine : l’empreinte de Saint Rémi
Le nom de la rue renvoie à saint Rémi, évêque de Reims, figure du christianisme médiéval. Il rappelle l’existence d’une ancienne paroisse et d’une église Saint-Rémi, située à proximité, aujourd’hui connue sous le nom d’Espace Saint-Rémi.
Les évolutions toponymiques du secteur montrent que les appellations ont parfois fluctué, certaines rues voisines ayant porté des variantes du nom. Ces glissements témoignent d’un quartier ancien, remodelé au fil des siècles, sans rupture nette.

- Espace Saint Rémi
- Rue Jouannet
De la revalorisation à la rue contemporaine
À partir de la fin du XXᵉ siècle, la requalification du centre historique, la piétonnisation progressive et la montée en puissance des usages commerciaux transforment en profondeur la rue Saint-Rémi. Elle devient un axe piéton fréquenté, davantage tourné vers la consommation, la restauration et le passage touristique, tout en conservant des logements dans ses étages.
Aujourd’hui, la rue Saint-Rémi concentre ainsi plusieurs strates de l’histoire bordelaise : un tracé ancien, des usages sociaux contrastés et une identité contemporaine façonnée par les flux du centre-ville.
À retenir
- La rue Saint-Rémi s’inscrit dans un alignement urbain hérité de la ville antique.
- Elle a longtemps été une rue résidentielle et commerçante de proximité.
- Au XXᵉ siècle, le secteur connaît des fragilités sociales, dont des usages discrets liés à la prostitution.
- Le nom renvoie à l’ancienne paroisse Saint-Rémi et à son église.
- La rue est profondément transformée à partir de la revalorisation du centre ancien en fin de siècle.

Ecrit par Jean-Sébastien Dufourg
Directeur de la publication
Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011
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