Mecarecit 2035

Mecarecit 2035 : Chapitre III

Le mécapsy écoutait avec une attention profonde l’histoire de Samuel. En fait, c’était bien la troisième fois en quinze jours. Apparemment, la machine souffrait d’un petit bug qui le remettait à chaque fois à zéro. Cela ne gênait pas Samuel qui aimait bien répéter son histoire d’amour aussi virtuelle que désespérée. De plus, il avait remarqué qu’il n’avait pas à payer à chaque fois, le compteur restant muet. Samuel commença, il avait une grande nouvelle à annoncer :

- Aujourd’hui est un grand jour ! je vais la voir !

- Où cela ? Qui ça ?

Barby !! enfin Mélisande, c’est son vrai nom, c’est beau n’est-ce pas ? Mélisande Deleau, il répéta ce nom plusieurs fois comme une incantation magique il soupira, c’est trop beau ! elle travaille à Robotique Ingénierie de Bordeaux. C’est là qu’ils lui ont pris son visage comme modèle. Je l’ai trouvée, dans la base de données de Robotique. En fait cela me parait logique aujourd’hui.

Le mécapsy répéta :

- Où cela ? Qui ça ?

- Oh la la, je sens que si vous continuez, vous allez finir à la casse mon vieux !

Samuel se leva et sortit. Il croisa une vieille femme dans l’escalier qui venait consulter elle aussi le mécapsy.

- Bonjour ! voyez comme il fait beau aujourd’hui ! dit-elle.

Il ne répondit pas. Malgré tout, avant de sortir il se retourna en criant.

- Et ho, ce n’est pas la peine de vous embêter, il est foutu, appelez la maintenance, moi je n’ai pas le temps.

Il n’attendit pas la réponse de la dame qu’il entendait frapper à la porte du mécapsy. Son esprit était à présent occupé à sa prochaine rencontre avec Mélisande.
Il attendait depuis plus d’une heure, il avait nettoyé son casque en plexiglas afin qu’il lui donne une vision parfaite des choses et qu’il soit vu lui-même dans toute sa splendeur. Également, il voulait donner l’image d’un homme propre et soigneux.
Elle sortit enfin. Il ne l’a reconnu pas tout de suite. Elle était petite, rondelette, avec une chevelure maigre et blonde, alors que son homologue mécanique, son alter robot Barby Driscoll était grande, mince avec une longue chevelure épaisse et rousse. Il n’était pas vraiment déçu, s’attendant à ce genre de différence. Il allait l’aborder lorsqu’un robotmari le doubla ; un grand type mécanoparfait, costaud aux traits réguliers à la voix chaude qui se précipita dans les bras de Mélisande. Enlacés tendrement, le couple passa à côté de Samuel qui se sentit ridicule dans son aquarium anti viral et son petit costume qu’il trouva tout à coup usé et démodé. Avant de le dépasser, ils se tournèrent vers lui et dirent d’une seule voix :

- Bonjour ! voyez comme il fait beau aujourd’hui !

Comme d’habitude, il ne répondit pas.

Seul sur le trottoir, Il avait envie de pleurer. Se reprenant, il calcula combien il lui restait de mécamonaie pour pouvoir se payer une Barbyépouse. Il aurait besoin de faire un emprunt sur quarante ans...

Il s’éloigna, après tout plutôt que la solitude ce n’était pas si mal...

Quelques mois plus tard...

- Qu’est-ce qui m’arrive chérie ?
Les yeux de Barby brillèrent légèrement en s’attardant sur Samuel. Elle murmura :

- Ce n’est rien, tu as mal dormi, mais ton pouls est normal, tu n’as pas de fièvre. Mon scanner ne détecte rien.

- Pourtant je sais que je ne vais pas bien, as-tu fait une numération globulaire ?

- Bien sûr et la formule sanguine, et…

- OK ! Ne rentre pas dans les détails j’ai déjà mal au crâne c’est bon…

Il y eut un silence. Samuel se retourna dans le lit. Il se demanda s’il n’était pas possible que Barby puisse se tromper.

Ils vivaient ensemble depuis dix ans maintenant. Grâce à une augmentation substantielle, il avait fait dernièrement l’acquisition d’une extension et ce nouveau matériel pouvait améliorer et modifier les capacités de Barby Driscoll qui était devenue madame Barby Lechat. Il pouvait lui donner l’apparence qu’il voulait à son gré ; grande blonde, petite brune et même si la fantaisie le prenait : grand brun…mais il n’avait pas encore essayé cette possibilité. L’idée qu’il n’était marié qu’à une machine sans âme ne le dérangeait pas du tout. Elle était si parfaite ! L’ingénierie avait atteint son objectif : les robots : apprenaient de leurs expériences.

Elle pouvait vous soigner, vous poser un bridge, vous faire une coupe de cheveux, une manucure, vous coudre un costard, réparer la bagnole, râper les carottes, vous donner un cours de philo (option peu utilisée …) elle connaissait le Kâma-Sûtra par cœur, les histoires les plus drôles des plus fines au plus salaces dans toutes les langues et les cultures et j’en passe…les mécamédecins, mécapsy et autres étaient rapidement devenus obsolètes.

Mais ce matin-là, la si parfaite Barby se retourna dans le lit. Elle sentait quelque chose de nouveau qu’elle avait du mal à préciser, s’insérer insidieusement dans sa logique.

Ce robot perfectionné élabora alors un nouveau concept dans son bloc moteur. Elle le mit en mots :

- Oh ! Je crois bien que... oui c’est ça ! je m’emmerde avec ce type...

FIN

(illustration film Metropolis)

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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