Mecarecit 2035

Mecarecit 2035 : Chapitre II

Deuxième chapitre de nouveau roman-feuilleton du mois "Mecarecit 2035" . Un futur possible sans surprise sera robotique, mais ouvrons une fenêtre sur ce monde si proche de nous.

De retour de chez le mécamédecin, après plusieurs semaines, Samuel regagna enfin la vie ordinaire d’un bordelais convalescent. Il avait contracté le Micromégas, un virus terrible qui l’avait maintenu en quarantaine à l’hôpital. À présent guéri, il n’avait qu’une inquiétude, celle de ne pas retomber malade. Son casque sur le visage, sorte de boule en plexiglas, le maintenait à distance de ses congénères. Il regagna son logis. Il habitait au 158 dans la résidence Parasoleil au dixième étage à Stalingrad. Il s’engagea dans l’ascenseur et le temps de compter jusqu’à cinq, la porte s’ouvrit devant celle de son appartement. Son mécachien l’attendait. Il l’accueillit avec un enthousiasme émouvant tout frétillant et en jappant. B17 était un modèle de chiot de petite taille aux poils qui ne tombaient jamais. Ce prototype était très prisé, car les constructeurs, après étude, avaient bien compris que les propriétaires de chien ne les aimaient jamais autant que lorsqu’ils étaient petits, immatures et aimants. Un chien adulte avait tout de suite moins d’attraits, d’où le nombre de vieux animaux abandonnés en été autrefois. Ce problème n’existait plus depuis au moins dix ans. On avait stérilisé tous les animaux de compagnie, chiens et chats qui avaient donc fini de se reproduire. La science les avait avantageusement remplacés par des robots, toujours enfants, toujours propres, qui ne nécessitaient pas de promenades et qui surtout qui ne créaient pas de désordre, ni de bruit. Certains modèles pouvaient en plus donner l’alerte en cas de besoin et même pour certains petits molosses s’accrocher aux basques des voleurs et comme un antivol ne plus s’en détacher. Justement il semblait que Julius ait attrapé quelque chose qui n’osait pas bouger, perché sur le meuble de la cuisine. Samuel comprit aussitôt. Les SDF ne manquaient pas et c’était une habitude de les trouver en train de fouiner dans les parages à la recherche de quelque chose à chiper pour le revendre, ou simplement à manger.

Pour le moment il s’agissait d’une fille. Il se félicita de ne pas avoir encore ôté son casque protecteur. Il évalua la menace en conclut qu’il ne risquait rien, la voleuse devait faire à peine trente-huit kilos. Il détermina son âge, peut être quinze ou seize ans. Il s’en saisit sans façon par le col, la fit descendre et la raccompagna sans un mot jusqu’à la porte. Elle ne moufta pas et s’enfuit aussitôt. La longue absence de Samuel avait attiré la visiteuse qui apparemment avait vidé son frigo et dormi dans son lit.

Samuel décrocha son portable et se commanda une pizza et une bière. Deux minutes plus tard, un mécalivreur entrait et déposait le tout devant sa porte. Les machines avaient depuis longtemps remplacé les petits livreurs qui mettaient trop de temps, mais surtout la machine pouvait circuler à des vitesses vertigineuses dans la rue et la fabrication se faisait simultanément dans la machine même, exécution et cuisson comprises.

Le paiement s’était fait à la livraison quand Samuel avait posé son pouce sur la touche rouge du commutateur du mécalivreur. Machinalement, il remercia la machine qui ressemblait à tous les mécalivreurs de France à casquette rouge à qui on avait donné le visage d’un ancien président américain à la peau et aux cheveux orange.

Samuel se coucha de bonne heure, assommé par ses cachets du soir qui vous donnaient sommeil et rêves dits : « envoûtants » (garantis par le sponsor les matelas Grosdodo).

Il vivait seul depuis toujours. En fait, il était amoureux d’une de ses chefs Miss Barby Driscoll jusqu’à ce qu’il y renonce. En effet, celle-ci était une mécadirectrice et ne s’intéressait jamais à autre chose qu’à son travail, puisque c’était sa fonction. En fait, le modèle Barby comme tous les autres était une copie d’un visage existant quelque part dans le monde, et un soir de désœuvrement, Samuel se mit en tête de trouver à qui il appartenait.

C’est ainsi qu’il avait demandé sa mutation à Bordeaux. Il savait qu’elle habitait ici. Bien sûr, il se doutait qu’elle ne serait pas exactement comme la mécadirectrice si parfaite, mais justement, il lui fallait en avoir le cœur net. Ou bien elle serait décevante, ou bien elle serait la femme de sa vie. Il n’envisageait pas une seconde qu’elle ne le trouve pas à son goût. Il n’était pas mal de sa personne et on lui avait souvent dit qu’il était plein de charme et surtout, qu’il était très intelligent. La seule difficulté pour lui, serait donc de la retrouver.

Le lendemain, il repartait pour son travail. Une tour de verre, place de la Comédie avait remplacé l’Opéra qui n’était plus fréquenté par personne depuis que les artistes avaient disparus au profit des mécachanteurs. L’engouement des premières années pour ces voix parfaites avait disparu. Devenus la firme « Bordelaisedesjeux » elle abritait aussi plusieurs lieux de cultes de toutes sortes, des plus grandes religions jusqu’aux plus obscures.

Pour Samuel, une heure par jour, il devait vérifier les mécanismes des mécamachines, en l’occurrence des machines à sous, distribuées dans tous les foyers de Bordeaux et ensuite trouver de nouvelles occupations ludiquorentables et pour finir jouer sur l’ordinateur.

Les salles de sport et les piscines étaient les premiers lieux où l’humanité pouvait se retrouver. Les échanges entre eux étaient malgré tout limités, les humains ayant la fâcheuse habitude de transporter sur eux les bactéries, microbes et virus les plus divers, une distance de sécurité était fortement recommandée.

Pour supporter ce manque de relations sociales, on avait inventé le mécapsy.

(illustration JEAN CAMILLE)

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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