Le SPIROU des trente glorieuses dessiné par Franquin

Le troisième HistoriaBD vient de sortir avec plus de cent pages consacrées à André Franquin et au journal SPIROU avec différents articles tous plus passionnants les uns que les autres qui intéressent la période 1945-1975, les trente glorieuses ou Franquin a dessiné le personnage et pas que !

Voila une publication qui aurait sûrement fort enthousiasmé et intéressé le bordelais Pierre Pascal (1927-1998), un moment qualifié de "Pape de la BD" qui avait une collection complète de SPIROU (vraisemblablement sa BD préférée dont il parlait toujours avec amour bien qu’il eût quelques faiblesses pour les Mandrake et Comics américains), il avait même reconstitué le numéro 1 feuille à feuille en furetant chez les bouquinistes belges. L’apport de la Belgique à la bande dessinée est fondamental car on parle de bande dessinée Franco-Belge pour situer le phénomène. On peut s’en apercevoir en se rendant à Bruxelles au CBBD* qui possède une collection complète du journal depuis sa création avec bien sûr ces trente années phares du journal SPIROU témoin d’une époque, des documents que l’on peut consulter sur place mais la maison possède largement plus de 100 000, sinon près de 150 000 références d’albums divers et autres dans toutes les langues. André Franquin (1924-1997) a hérité du personnage de Spirou de Jijé ( Joseph Gillain) qui le tenait lui même de Rob-Vel, le créateur mais ce qui est à souligner se sont ses apports géniaux du MARSUPILAMI en 1952 (près de 70 ans) et GASTON LAGAFFE apparu en février 1957 ainsi que ceux nés en collaboration comme Zantafio et le Comte de Champignac (février 1950). C’est à Jean Doisy, rédacteur en chef de cette époque que l’on doit l’apparition de Fantasio en 1942 dont l’apparence définitive est donnée par Jigé en 1944, ce journaliste fantasque, compagnon inséparable du petit groom et de son écureuil Spip. Ce numéro 3 d’HistoriaBD mérite une lecture attentive de la part de celles et ceux qui un jour se sont intéressé(e)s durant leur jeunesse, voire plus tard, à ce journal très populaire dans les années cinquante/soixante. Ce journal hebdomadaire a été créé avant la guerre, dans la banlieue de Charleroi par la famille Dupuis en réaction à l’envahissement des "Comics" américains dont Rob-Vel (le Français Robert Velter) a tenu le crayon pour la création du personnage central, en avril 1938 de la à penser que Spirou est un personnage français, cela reste quand même très compliqué. Le petit groom affiche fièrement aujourd’hui ses 82 ans comme son journal, où son couvre-chef figure toujours à la une du journal et on en est au 4.296ème numéro à raison d’un numéro par semaine et pour André Franquin un nombre impressionnant d’albums réalisés durant sa vie professionnelle.

La couverture du premier numéro du 21 avril 1938

C’est donc André Franquin qui est le personnage central de ce numéro d’HistoriaBD, lui qui a fait rayonner SPIROU à l’aide de son crayon, de sa créativité lumineuse et de son humour pendant trente ans. Après l’éditorial de Victor Battaggion, ce ne sont pas moins de vingt deux articles ornés de brèves et de filets intercalaires pour parler du journal SPIROU avec la présence d’un André Franquin "à la planche". Les deux premiers articles de Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault qui ont déjà publié "La véritable Histoire de SPIROU" en 2 Tomes (2013 t.1 et 2019 t.2), les a vu être qualifié(e)s de "spiroulogues". Travaillant pour les éditions Dupuis depuis 2009 cela leur permet de produire des illustrations rares et inédites dans ces deux articles ainsi que des informations très précises provenant de la maison Dupuis. C’est ainsi que l’on apprend l’origine du nom retenu pour ce nouvel hebdomadaire pour la jeunesse et il faut être belge pour le savoir car " Spirou est, en wallon, le surnom que l’on donne aux jeunes garçons un peu turbulents mais qualifie aussi un écureuil". On apprend aussi qu’au delà de l’opposition de l’école de dessin Bruxelloise de BD menée par Hergé et de celle de Marcinelle de la maison Dupuis, l’idéologie politique a aussi séparée Tintin et Spirou durant la dernière guerre. Ainsi tout au long de la revue on va apprendre avec Patrick Gaumer et son article "Frankin l’enchanteur ou Spirou réinventé" sur la jeunesse et les débuts du dessinateur. Didier Pasamonik dans son article nous fait découvrir l’histoire de la dream team de Spirou à savoir Morris (Maurice De Bevere) qui y a introduit Eddy Pape, Peyo (Pierre Culliford) et André Franquin qui avait déjà fait un essai auprès de Jijé dans la maison Dupuis et si les dessinateurs se sont succédés les personnages sont restés. Difficile de faire l’énumération de tous les articles, encarts et filets composants ce volume passionnant mais difficile de ne pas citer l’interview d’Emile Bravo, lui aussi dessinateur de Spirou, par le même Patrick Gaumer avant que les trente glorieuses ne soient épluchées par une pléiade de plumes décrivant la tenue du personnage et du journal parallèlement à l’évolution du mode de vie et des prises de conscience successives d’un André Franquin plongé dans le monde réel de son époque, de ses inventions, de ses avancées technologique, de ses peurs et de son agitation politique.

* CBBD Le Centre Belge de la Bande Dessinée abrite la plus grande bédéthèque du monde ainsi que de nombreuses expositions temporaires.

Ecrit par Bernard Lamarque

Co-fondateur et rédacteur en chef de Bordeaux Gazette


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