Le prix et la dignité



Cela a été calculé par l’agence spatiale américaine : il existe une chance sur 3200 qu’un débris de ses satellites touche un humain lors de son retour sur Terre. Elle se plaît à répéter que « le risque est extrêmement faible ». Mais il existe au point que la NASA prévoit d’indemniser quiconque aura subi des dommages lors de la chute de débris de satellite. On doit donc comprendre que l’on peut faire quelque sacrifice d’humain sur l’autel du techno-commerce lorsque les enjeux sont suffisants. Ce n’est pas nouveau mais notre société contemporaine si éprise de droits de l’homme a trouvé le moyen de cacher sa misère morale sous la doctrine très en vogue de la gestion des risques. Un risque, c’est calculé. Ce risque calculé trouve une première légitimité dans la science mathématique (ce qui est calculable est maîtrisable) et une seconde dans l’idéologie entrepreneuriale qui présente le risque comme une marque de courage. La vie d’un homme mutilé ou anéantie par un débris de satellite est intégrée dans les coûts au titre du risque potentiel mais marginal. La NASA s’est assurée contre ce risque auprès d’une compagnie d’assurances qui s’est elle-même réassurée auprès d’une autre.

Ainsi donc, la vie de l’homme se trouve exactement marginalisée (le risque est faible, le phénomène est donc marginal) dans un livre de comptes.

La vie de Troy Davis, exécuté le 21 septembre dernier en Géorgie, aux Etats-Unis, est aussi un compte rendu à ceux qui voulaient un sacrifice humain. Au vu du déroulement de l’affaire, le risque qu’il soit coupable était extrêmement faible. Mais la vie de cet homme représentait un coût marginal : le coût du risque de tuer un innocent était sans doute trop faible pour peser. Ce qui comptait vraiment, c’était le fait que quelqu’un soit mis à mort et que cette mort soit, comme dans tout sacrifice réclamé par une collectivité, un spectacle.

Ici un laboratoire pharmaceutique, là une multinationale agro-alimentaire, les exemples de ces comptabilités mortifères ne manquent pas car ils se trouvent au cœur des fonctionnements économique et politique de nos sociétés. Une partie de l’humanité vit aux dépens d’une autre défigurée et rendue anonyme par les chiffres et les calculs.

Que la vie humaine et la vie tout court représentent un coût marginal que l’on intègre dans d’obscurs livres de comptes tenus par les majorités démocratiques et abêties de nos sociétés policées est inquiétant. La logique du bouc-émissaire se répète inlassablement depuis l’aube de l’humanité, prélevant son dû sous des formes variées au gré de l’inventivité des sociétés humaines.

Où l’on voit que la mort n’est pas le pire ennemi de l’homme, c’est l’homme lui-même lorsqu’il ne sait pas ce que c’est qu’être vivant, ce qu’est la vie et qu’il feint d’oublier l’impossibilité de donner un prix à la vie. Le philosophe allemand Emmanuel Kant écrivait que "ce qui a une dignité est supérieur à tout prix et par conséquent n’a pas d’équivalent".

Notre processus d’humanisation ne sera pleinement achevé que lorsque l’on aura inscrit cette idée dans nos fonctionnements collectifs réels.

Ecrit par Marc


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