Arcachon

Flânerie sur la « Plage aux écrivains d’Arcachon ».

Une lumière à la Turner dulcifiait la plage. De longs nuages jaune et gris lacéraient le ciel d’où des lambeaux entiers de bleus en dévoilaient l’étrangeté. Entre la ville et la mer, un tapis rouge délimitait une zone consacrée sur lequel des toiles blanches pointues comme des yourtes abritaient pour le weekend des visiteurs venus rencontrer une vingtaine d’écrivains.

Certains étaient là, debout derrière des petites tables de bistrot métallisées, accueillant les lecteurs avides de signatures et de la petite phrase si singulière qui ne s’adressera qu’à eux et qui les touchera comme un tatouage éphémère dans le cœur. Une foule bien sage et attentive écoutait déjà Daniel Picouly qui leur avait ouvert les portes sucrées et mystérieuses de l’île aux fleurs. L’écrivain avec de grands gestes de capitaine qui invite les voyageurs à grimper sur son navire hypnotisait les spectateurs. La Martinique était là, son ciel noirci par les cendres du volcan de la Montagne Pelée. Transportés en 1902 sidérés dans le crépitement et les tisons brûlants qui sifflaient au-dessus de leur tête, l’auteur généra devant leurs yeux un couple fragile de jeunes amoureux au destin difficile. Par ces mots, le drame, l’amour et la beauté baignèrent le lieu qui n’était plus un espace occupé d’humains assis et sages, mais une aventure.

Daniel Picouly

Dehors, un vent qui ne venait pas des îles lointaines frissonnait sur la ville. Bientôt, Marie Nimier, dissipa les derniers effluves parfumés virtuels en prenant place devant l’assemblée. Femme mobile et énergique, elle délaissa la chaise en demeurant debout avec une concentration de suricate attentif. Animée par une multitude d’idées originales et inventives elle conta une étonnante histoire. Des pensées et des souvenirs récoltés d’une curieuse façon. On l’imagina alors les yeux bandés, assise muette devant des visiteurs invisibles. À l’abri de l’anonymat, ils lui ont raconté un peu de leurs secrets, leurs espoirs ou leurs pensées. Des éclats cachés de leur vie ; précieux fantômes du passé. Dehors, un orchestre tambourinait avec la cadence impatiente et joyeuse des jours de fête. Une longue tablée de 25.000 huîtres et de quartiers de citrons s’alanguissait, lorgnée avec gourmandise par une foule avide.

Des huîtres, beaucoup d’huîtres

Sous une tente, on pouvait écouter des livres si on ne voyait plus. Sous une autre, un libraire à son affaire vivait un des meilleurs jours de l’année. Marie Robert vient parler des philosophes et de leurs manières d’envisager l’existence plus simple et plus vraie. Dehors, la marée qui montait glissa un œil curieux jusqu’à la plage. Tout près, un manège géant, grande roue aux nacelles immobiles, paraissait hiératique comme un baobab de fer. Bien sûr, il y eut d’autres auteurs et d’autres voyages intérieurs. Des appels aux rêves, à la réflexion, à rire, à vivre mieux, à vivre tout court. Les mots sont des passages qui ouvrent sur des espaces inédits et bienfaisants qu’aucune technologie ne surpasse. Les salons du livre sont une invitation au plaisir pur de la déambulation de l’esprit. Dehors, la pluie envieuse trépigna un peu sur le tapis écarlate, mais personne n’y prêta attention.


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