Comme une plume

Comme une plume : Chapitre III

3ème et dernier chapitre de la Nouvelle "Comme une plume" : Bérénice est une ornithologue de renom, mais elle cache un secret, un don particulier...

Bérénice dotée depuis sa naissance d’une paire d’ailes dissimulées dans son dos s’intéressa dès son enfance à l’origine des oiseaux. Elle apprit avec stupeur qu’ils étaient les descendants de petits dinosaures. D’autres théories les présentaient comme descendants de reptiles. Avec l’homme descendant du singe, quel étrange assemblage ! pensait-elle !

Le temps passa, elle termina ses études et devint ornithologue. Elle visitait les zoos régulièrement pour son travail et n’avait pas son pareil pour comprendre pourquoi, tel aigle royal ne mangeait plus, pourquoi ce toucan déprimait et perdait ses plumes, ou bien que voulait dire ce vautour qui attaquait les visiteurs qui portaient une casquette verte.

Ce jour-là elle devait voir un couple de serpentaires qui se battaient tout le temps. Le directeur du zoo avait déjà plusieurs fois fait appel à cette femme qui comprenait les oiseaux comme personne.

Bérénice étrange femme oiseau, devait donc ce jour-là, voir ces messagers sagittaires aux caractères apparemment incompatibles. Ceux-ci, une fois de plus, émettaient leurs cris particuliers avec une agressivité annonçant à nouveau un combat.

Habituellement, le serpentaire vit en couple et est fidèle pour la vie. La nature aurait dû leur intimer l’ordre de faire des petits. Bérénice demanda à les voir seuls. Bertrand le soigneur qui l’accompagnait et qui était habitué aux lubies de cette femme si bizarre, mais si professionnelle s’éloigna. La femelle serpentaire en la voyant approcher disparut derrière les broussailles.

Le mâle toisait Bérénice, du haut de ses longues pattes au plumage noir qui s’arrêtait au genou comme un bermuda, il marcha vers elle, balançant son grand corps blanc, la fixant de ses yeux cernés d’orange. Il secoua la huppe de sa tête.
Qu’est-ce qu’elle me veut celle-là ? Elle n’a même pas apporté de serpent, j’en ai ras le bol des lézards.

La femelle curieuse se rapprocha. Le mâle commenta :

Ah te revoilà ! ça y est, qu’est-ce que tu viens faire ?

Moi, je ne te cause pas, j’ai droit de voir ce qui se passe, ici c’est chez moi autant que chez toi, elle veut quoi ? Elle a apporté des trucs ?
J’crois pas non...

Bérénice commença à émettre un drôle de grincement, un bruit de ponceuse en plus aigu et plus animal.

Elle se fout de nous non ? Mais...

Salut je m’appelle Bérénice.

Tu parles le serpentaire ?

Pas spécialement en fait, je peux parler à tous les oiseaux, en tout cas je n’ai pas rencontré de cas ou la communication ne passait pas.

La femelle s’approcha très intéressée pour voir à qui elle avait à faire. Quant à lui il recula.

Mais c’est un monstre !! Au secours brailla l’oiseau.

Quelle poule mouillée ! grinça la femelle, vous comprenez pourquoi j’en ai assez de le voir ? Elle s’adressait à voix basse à Bérénice.

C’est donc ça ! c’est vous qui ne le voulez pas.

Comme futur père de mes œufs, surement pas ! je n’ai pas besoin de lui, je veux voler de mes propres ailes. C’est un minable !

La femelle se mit à trépigner déployant ses ailes comme si elle écrasait une proie sous ses pattes.

Bérénice s’approcha du mâle.

Elle vous plait ?

Qui ça, la grande sarcelle là ?

Vexée, la jeune serpentaire s’éloigna pour disparaître à nouveau dans les broussailles épaisses. Les yeux perçants de Bérénice virent qu’elle les épiait de loin.

Oui elle, ce n’est pas une sarcelle, qui est une sorte de canard, mais une serpentaire comme vous. Ne la trouvez-vous pas magnifique ?

Ouais, ça va... mais je ne l’ai pas choisi.

Elle non plus ! Je sais bien, mais vous n’y pouvez rien, vous êtes contraint de cohabiter. Vous n’avez pas le choix. Vous ne voulez pas de bébés ?

Des futurs prisonniers, non merci !

Elle aussi est en prison, pourquoi ne pas vous soutenir l’un l’autre ?

Elle est méchante !

Peut-être serait-elle plus gentille, si vous vous comportiez avec courage.

J’comprends pas.

Elle pense que vous êtes un trouillard.

Pas faux

Cela ne vous dérange pas ?

Qu’est-ce que vous voulez que je fasse, que je me batte en duel avec les mouches ? Moi, je veux faire du spectacle. Quand je suis sur scène, je m’amuse comme un fou, et en plus on me file un serpent à bouffer à chaque fois, c’est trop bien !

L’oiseau faisait allusion aux représentations organisées par le zoo pour les touristes.
Cela n’est pas incompatible avec une bonne entente avec elle. Et votre vie serait meilleure si vous ne vous fâchiez pas tout le temps.

J’vois pas comment que j’pourrais faire.

Bon, on va faire quelque chose. Je vais me mettre à crier en humain et vous allez me sauter dessus pour m’agresser et me faire taire, ça marche ?

Ce sera pour de vrai ou pour de faux ?

De faux ! il faut qu’elle vous croie courageux et moi, il ne faut pas que vous me fassiez mal, faites semblant et puis voilà !

Ah Ok ! c’est de la comédie, ça me va !

Ils firent comme prévu. Bérénice qui n’était pas coutumière du fait se mit à hurler sur le pauvre serpentaire. Dans un premier temps, très étonné, il resta sidéré, puis voyant le regard insistant de la méchante, il comprit et se rebiffa en sautant sur elle, tapant sur sa tête avec ses pattes comme tout bon serpentaire doit le faire quand il veut terrasser un ennemi. Évidemment, il ne fit que la décoiffer, mais Bérénice tomba à terre avec des gémissements très convaincants et s’éloigna comme pour fuir une invasion de Huns. La femelle épatée par les réflexes et la force de son mâle, en fût charmée. Enfin, il se comportait en serpentaire et non en serpillère !

Bérénice se retourna subrepticement et constata qu’elle avait accompli sa mission. Les deux oiseaux se congratulaient, elle en le félicitant et lui en baissant la tête modestement.

L’ornithologue de choc allait partir quand elle entendit un sifflement derrière elle. Elle se retourna et tomba nez à nez avec un homme, plutôt grand, la vingtaine. Le regard translucide et un peu flou, il s’approcha d’elle encore plus près. Ils se détaillaient l’un l’autre avec curiosité.

Enfin, il lui dit doucement :

Figurez-vous que moi, c’est aux poissons que je parle...

Fin.

(Illustration Sandra Bousquet)

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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