Chloé n’est pas ce qu’elle croit

Chloé n’est pas ce qu’elle croit : Chapitre II

Une après-midi sur la plage du Grand Crohot va changer la vie de Chloé… (Chapitre 2)

Entrainée vers le fond par un dauphin, Chloé descendait dans le grand bleu, nullement gênée par le manque d’air, mais au contraire mystérieusement tout à fait rassurée.

Le fond se fit de plus en plus sombre quand la flottille féminine des sirènes vint se camper en rang gracieux devant Chloé. Une douce lueur émanait du groupe. Des chevelures de toutes les couleurs s’entremêlaient et l’éclat des écailles brillait en touches argentées. Des voix mélodieuses envahirent la mer tout autour d’elle. Le dauphin s’arrêta.

Chloé flottant entre deux eaux les regardait, le dauphin vint à son côté glissant sa tête sous son bras. Les femmes poissons se rangèrent en trois lignes ondulantes.

- Nous sommes tes obligées chère reine ! Nous sommes cinquante et à ton unique service. « Personne n’est passé par ici dans son noir vaisseau sans écouter de notre bouche la voix douce comme le miel, et sans s’être réjoui avec elle et sans avoir poursuivi son voyage plus sage ! » voici ce que nous avons dit à Ulysse, le perfide qui usa de subterfuges pour nous tromper.

Elles scrutaient le visage de Chloé attendant une réponse qui tarda un peu. Elles se regardèrent et des chuchotements retentirent comme des cliquettements de pinces de crabe.

- Pourquoi ne répond-elle pas ? Elle n’a pas de langue ? Elle ne comprend rien ?

- Elle est idiote ?

Chloé entendit la dernière remarque et piquée dans son orgueil, elle répondit vertement.

- Bien sûr que je comprends ! ce ne sont pas des moitiés de sardines qui vont m’injurier, après tout ! … Je suis votre reine !

- Oh oui ma reine ! répondirent d’une seule et terrible voix les sirènes.

Chloé n’en revenait pas d’avoir osé dire cela. Plutôt timide et réservée, elle était d’ordinaire du genre à serrer les dents et à ne rien répliquer aux vilaines réflexions que certains se permettaient de lui asséner. Les sirènes frissonnèrent, se redressèrent et se mirent dans une sorte de garde-à-vous flottant. Chloé devant cette armée caressa le front du dauphin qui émit un drôle de sifflement et la saisissant par le bras, l’entraina à nouveau, cette fois escortée par l’armada de sirènes.

Pendant la descente, elle remarqua des branches de corail géantes qui s’inclinaient à son approche. Un bénitier géant et clos s’ouvrit exposant sa coquille bleue nacrée et ourlée de rose, magnifique fleur animale d’où s’éleva des petits alevins dorés qui décrivirent une farandole. Chloé éblouie, vit sortir de cette ambiance étrange un discret petit château de roches et de gorgones dont la grande porte était gardée par des murènes debout la gueule ouverte qui s’inclinèrent sur son passage. La porte s’ouvrit.

Si le château de l’extérieur ne semblait pas si grand, l’intérieur par contre s’ouvrait sur un espace immense baigné par une lumière magique irradiante et lunaire. Chloé sûre d’elle comme elle ne l’était jamais d’ordinaire, pénétra dans ce lieu comme si elle rentrait chez elle. Les sirènes la suivaient silencieusement, quand une ombre surgit qui déclencha dans la flottille un remous discret suivi d’un chant mélodieux. Le dieu Poséidon en personne était là devant elle !

Elle n’eut pas de mal à le reconnaitre ; une longue barbe noire, une chevelure bouclée, un torse très musclé, avec dans une main un trident et dans l’autre une conque. Son front ceint d’une couronne de coquillages comme des diamants. D’une voix de tonnerre tonitruante il s’adressa à Chloé

- Chère Princesse, qu’elle joie de vous voir revenir chez vous, je veux dire chez nous !

- Salut mon gros Posé ! Ça y est tu t’es calmé ?

- Mais oui, ma chère, mais un peu de respect pour votre roi ne serait pas de trop…
Quand tu me pourchassais dans tout l’océan pour te marier avec moi, tu n’étais pas si susceptible !

Chloé ne savait pas d’où venait ses propos et pourquoi, mais elle avait une délicieuse sensation de bien-être et se sentait remplie d’assurance. Le dieu de la mer ne paraissait pas embarrassé outre mesure. Même quand les sirènes se mirent à ricaner doucement. Au contraire un gros rire fit trembler tout le château et on vit sortir de tous les coins des tas de petits poissons de toutes les couleurs et de toutes les formes qui riaient eux aussi.

Poséidon se retourna et par contre n’apprécia pas du tout ce concert qui se jouait de lui. Son trident lança un éclair terrible et toute la ribambelle de poissons disparut aussitôt.

Il y eut le son d’une trompette qui résonna pour annoncer la venue de quelqu’un.
Ah ! voici Amphitrite, ma fidèle épouse adorée…

La suite mercredi prochain !!

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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