Revolutions



Nombreux sommes-nous sans doute à nous réjouir, aidés en cela par des médias bienveillants, lorsqu’une dictature est renversée par un peuple affamé et opprimé. L’usage du terme de « révolution » pour qualifier ce renversement devrait pourtant nous inciter à une certaine prudence. Car si l’on s’avise des différentes acceptions de ce terme, l’affaire devient délicate.
On peut lire en effet dans un dictionnaire que le mot « révolution » signifie :

- Changement brusque et violent dans la structure politique et sociale d’un État, qui se produit quand un groupe se révolte contre les autorités en place et prend le pouvoir.

La révolution est ici le nom du changement, de la nouveauté, de la rupture avec ce qui précède, l’oppression, pour faire advenir la liberté.

Mais la révolution c’est aussi :

- le mouvement d’un objet autour d’un point central, d’un axe, le ramenant périodiquement au même point.

Autrement dit, l’idée contraire. C’est le retour au même point, par le biais d’un mouvement de révolution. Il y a changement apparent mais le point d’arrivée est identique au point de départ. Et la révolution stérile.

Or donc, que voit-on en Tunisie ? Un dictateur en fuite, laissant des hommes de pouvoir, d’influence, d’appareils, ayant servi consciencieusement une structure, le parti d’Etat, ainsi que l’homme fort du pays. Ces hommes ayant hier participé à l’oppression, se trouvent pour la plupart toujours dans des postes de pouvoir, mais semblent s’être miraculeusement lavés de leur précédente ignominie par leur simple démission formelle du parti d’Etat. La structure disparaît ; les hommes restent. Un changement d’étiquette, un changement de structure suffisent-ils à garantir au peuple tunisien la liberté ?

La démocratie est une institution certes formellement différente d’un régime autoritaire. Mais il est des démocraties corrompues et elles permettent d’autant mieux de confisquer la richesse et la liberté des peuples qu’elles s’érigent sur l’alibi de la souveraineté populaire. C’est ce que notait A.de Tocqueville au XIXème siècle :

« J’ai toujours cru que cette sorte de servitude réglée... pourrait se combiner mieux qu’on l’imagine avec quelques-unes des formes extérieures de la liberté et qu’il ne lui serait pas impossible de s’établir à l’ombre de la souveraineté du peuple... »

Changer les institutions, oui, mais si les hommes et leurs pratiques ne changent pas, la révolution ne sera que le retour du même. Voyez Tintin et les Picaros pour la fiction plaisante, et les nombreuses démocraties d’ici ou d’ailleurs pour la triste réalité.

Ecrit par Marc


Recherche

Nous suivre

Vous pouvez nous suivre sur les différents réseaux sociaux ci-dessous!


Newsletter!

Recevez directement le nouvelles actualités de Bordeaux Gazette.

Sur le même sujet


Bordeaux Gazette Annuaire

Et si je vous racontais...

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11
Qui a tué Pollux ?

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 - 13
Le Crime de la Pizzéria

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4 - 5
Jeanne et Gédéon

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4 - 5
On ne sait jamais de qui l’on peut avoir besoin

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4
Et cum animo

Nous suivre sur Facebook

Agenda