Voyage, Voyage !

Voyage, Voyage ! : Chapitre II

Et si des voyageurs d’une autre planète étaient déjà venus nous visiter sur terre et si nous l’avions oublié !

Je me retrouvais donc embarquée dans ce que j’appellerai une navette spatiale, et je demandais innocemment :

-  Au fait, dites-moi vous avez traversé l’univers visiblement sans difficulté, comment avez-vous fait pour vous guider sans vous tromper jusqu’ici et pourquoi restez-vous là ?

J’interrogeais d’un même regard les quatre estivants empruntés par la créature venue d’ailleurs. D’une seule voix multipliée par quatre, elle me répondit.

-  Exact, l’univers n’en finit pas de se dilater et les galaxies se ressemblent un peu, ici il y a beaucoup de détails nouveaux ! c’est intéressant.

Je n’eus pas plus de précision, mon interlocuteur semblant ne pas vouloir trop s’étendre sur le sujet. Je ramenais notre conversation à notre problème du moment ; comment rejoindre la Capitale.

-  Bon alors ? Et Paris, vous ne savez pas où c’est ? Vous naviguez dans tout le cosmos et là, vous êtes perdu ? C’est sérieux ça ?

À nouveau je regrettais ma hardiesse, mais l’entité ne sembla pas s’en offusquer, elle se contenta de me répéter.

-  Tu m’amènes à Paris.

L’extraterrestre, puisqu’il faut l’appeler ainsi, me demandait donc de le conduire à la « Capitale ». Je fis alors ce que je fais toujours dans ces cas-là, je cherche l’application GPS de mon téléphone. Aussitôt, la voix sucrée d’un charmant jeune homme nous guida jusqu’à Paris. Le vaisseau suivit depuis le ciel le tracé de la route. Les voitures au-dessous de nous ne se doutaient pas que le cumulus qui assombrissait leur ciel était une machine volante. En fait, le vaisseau sembla tout à coup se décider à prendre un raccourci. Au bout d’à peine trois minutes, je vis par les hublots la jolie tour Eiffel qui chatouillait les nuages. Nous nous garâmes devant le palais de l’Élysée. De fait, l’énorme vaisseau, grand comme un terrain de handball resta suspendu en l’air à plusieurs mètres du sol.

-  Tu expliques !

-  Moi ?

J’entendis ma voix résonner à l’extérieur comme portée par le vent. Je me raclais la gorge.

-  Bon, OK, Allo ? Heu, j’ai été invitée à monter à bord de cet engin, pourquoi moi d’ailleurs, je n’en sais rien, je me tournais vers les quatre vacanciers qui ne réagirent pas, bref, le conducteur souhaiterait rencontrer notre chef, du coup le chef de l’état, le président de la République quoi !

Je jetais un œil intéressé par le hublot ; tout autour de nous, des jeeps et des chars garnis de représentants de l’Armée française braquaient sur nous leurs engins de mort prêts à nous accueillir. Je sursautais étonnée de la réactivité de la grande muette.

-  Holà ! m’écriais-je, vous n’avez pas mis longtemps à comprendre ! ils n’ont fait de mal à personne ! calmez-vous d’autant plus qu’apparemment ils vont sortir et moi aussi, dès que le président sera là.

Au bout d’un certain temps, on entendit :

-  Hors de question, sortez de là !

Dans le vaisseau, il y eut comme un remous. Tous les représentants de l’entité ; un vieux monsieur un peu racorni et sec en short et claquettes restait la bouche ouverte. Une femme, la quarantaine, en maillot de bain, les cheveux emmêlés autour de son visage blanchi par une crème solaire pas très bien étalée, ouvrait de drôles d’yeux. Une petite fille en salopette, un chapeau de paille sur ses cheveux courts et noirs qui portait encore un seau rempli de sable et un râteau en plastique, ressemblait à une gracieuse statue de cire. Quant au dernier, un homme encore jeune à la bedaine prononcée qui passait par-dessus un bermuda long sur ses cuisses maigres mâchouillait nerveusement le mégot d’une cigarette éteinte. Ils ne disaient rien, comme ébahis. Apparemment, l’entité ne s’attendait pas à un accueil si peu amical et à cette résistance à sa volonté. Je crus bon de lui expliquer.

-  Ne vous étonnez pas, ils ne s’attendaient pas à ça, ils sont un peu méfiants, il faudrait que vous vous montriez un peu plus, comment dire chaleureux ?

-  Chaleureux ! comme quoi ? le feu ?
Je vis passer un éclair d’inquiétude dans le regard du vieux monsieur. Je saisis la méprise.

-  Non ! je voulais dire, plus sociable, aimable pacifique, non violent. Vous déboulez comme ça, des ordres plein la bouche, enfin les bouches, et vous exigez qu’on vous obéisse, cela ne marche pas comme ça, ici, on use de diplomatie, de politesse, on dit s’il vous plait, pourrais-je ? serait-il possible ? l’impératif est mal perçu. Le conditionnel passe mieux. Votre communication est trop abrupte.

-  Abrupte comme une paroi ?

-  Heu, moui, si vous voulez, c’est comme un mur que vous brandissez devant le nez des terriens.

Tout en disant cela, je saisissais l’insanité de mon propos, c’était trop tard. En même temps je ne me formalisais pas comme lorsque l’on commet des fautes de français en parlant à une personne étrangère, pensant que l’autre ne percevra pas les nuances de nos erreurs.

Un silence s’installa à nouveau. Un brouhaha se fit entendre. Dehors il se passait quelque chose. On entendit la voix tonitruante d’un haut-parleur.

-  Monsieur le Président arrive !

Un char aux intentions belliqueuses s’avança. Mon visiteur à quatre têtes me demanda :

-  Qu’est-ce que c’est que cet insecte avec sa trompe pointée vers nous ? Ils se moquent de moi ?

-  Ce n’est pas une trompe c’est un canon, mais dites-moi, vous faites des progrès en français, c’est bien !

-  Ça dépend des personnes que nous empruntons.

-  Empruntez, c’est sympa comme expression ! cela veut-il dire que vous allez rendre leur liberté à tous ces gens ?

-  Bien sûr, nous préférons notre forme originelle. Nous sommes faits de lumière, de beauté et d’amour !

-  Ah oui quand même !

Je remarquais le peu de modestie de notre hôte…

Bientôt, le président apparut en treillis, un casque sur la tête et un air bien décidé.

(Illustration Jean Camille)

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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