Une Vie de Chat

Une Vie de Chat : Chapitre I

Après un souhait inconsidéré, Lucien est devenu Tancrède le chat de la famille et Tancrède s’est changé en humain.

L’heure bleue, un temps difficile pour Lucien. Juste après cet intermède entre chien et loup, quand le soleil rase la surface de la Terre et vous éblouit, jusqu’à ce qu’enfin il disparaisse ne laissant qu’un ciel de lapis-lazuli lumineux avant la nuit noire.

Mais moi, je le comprends si bien. C’est l’heure dangereuse où l’on peut vous apercevoir bondissant de toit en toit. Petite silhouette furtive. Et quand la lune apparait et vous hypnotise, vous restez figé, fasciné devant le spectacle.

Lucien découvre cette douce faiblesse, car il ne peut s’empêcher de contempler le ciel. Ensuite, il ressent comme une envie de partir dans la nuit pour chasser. Mais pour chasser quoi ?

La vieille encore, le corps de Lucien s’appelait Tancrède à cause de ses beaux yeux mordorés de chat à la fourrure noire et lustrée.

Un soir de pleine lune, le chat Tancrède qui admirait une voiture électrique qui passait sans bruit miaula un souhait : comme j’aimerais être un humain ; ils semblent si libres et si puissants !

Ce qu’il ne savait pas c’est qu’au même instant, son maitre Lucien bel humain d’environ quatre-vingt kilos contemplant l’allure élégante de son chat qui se promenait comme un funambule sur le toit du voisin émettait le même souhait, mais à l’inverse : comme j’aimerais être un chat, ils sont si libres et tellement fins et agiles ! 

Alors, ce qui s’est passé, c’est qu’il s’est transformé en chat et que le beau Tancrède est devenu un simple humain. Cela se fit étonnement sans éclair dans le ciel, sans un coup de tonnerre, rien, pas même un cri.

Il faut reconnaitre que ce fut plus facile pour le chat de devenir un humain que pour Lucien de se glisser dans la peau du chat. Passer du steak à point accompagné de pommes de terre grenailles sur un bon Bordeaux aux croquettes sèches, voilà qui avait de quoi décevoir n’importe quel apprenti minet. Cela dit, rapidement, il y trouva des avantages. Il était léger comme une plume ; une boule poils et de muscles ! Son premier saut le surprit. Il avait tenté de se lancer de la fenêtre de la cuisine jusqu’au jardin en contrebas. Un mètre soixante, ce n’était pas digne des jeux olympiques, d’accord, mais ce fut un essai qu’il remporta haut la main. Il essaya des hauteurs plus importantes, mais il n’alla pas au-delà de deux mètres. Il osa l’escalade. Alors là, ce fut réjouissant, il semblait qu’aucune hauteur ne fut inaccessible. Il put atteindre le toit de la maison pour passer ensuite d’un bâtiment à l’autre sans difficulté. Après un moment de délice devant l’épreuve accomplie, il songea à la descente. Ce ne fut pas plus compliqué, quatre pattes, un centre de gravité très bas et des griffes, l’alpinisme s’avérait un jeu d’enfant ! (Enfin de chaton). Il pensa que cet état serait transitoire, il vivait probablement un rêve et il pensait bien en profiter.

Il avait raison, être un chat offre de multiples opportunités et de facilités. Pas d’engagements, on n’attend pas de vous de chasser les intrus, pas de laisse et même, on n’aménage rien que pour vous des petites portes battantes qui ne s’ouvrent qu’à votre passage pour rentrer bien au chaud dans la maison. Nourriture pas terrible, mais à volonté, une litière toujours propre (si vous avez trop la flemme de sortir pour vos petits besoins) et enfin et surtout des câlinous en veux-tu en voilà ! être recouvert d’une douce fourrure de peluche vivante et d’un regard langoureux et profond aide bien. Ce qui était aussi surprenant au début pour lui, c’était cette envie soudaine de dormir très longtemps. L’avantage c’est que cela lui permettait d’être en forme une grande partie de la nuit. Et oui, quand on est un chat, malgré l’absence de lumière, on y voit très bien. Le seul petit bémol, c’était ce besoin irrépressible de courir après les souris, voire de les manger. Pouah ! et pourtant, il s’y habitua très vite ! Lui, qui quelques semaines avant la transformation se demandait s’il n’allait pas se convertir au véganisme !

Bref, tout ce qu’il avait demandé à la lune s’était réalisé.

Pendant ce temps, Tancrède, le chat dans la peau de Lucien se réveilla dans le lit de sa maitresse. Inconscient de ce qui venait de se passer, il se pelotonna contre elle, je veux dire sa désormais épouse Leila. Alors qu’il sombrait dans le sommeil le plus doux, il eut le réflexe de ronronner. Mais de sa gueule, je veux dire de sa bouche s’éleva une espèce de roulement grogné qui le réveilla aussitôt. Leila grommela quelque chose et se rendormit. Tancrède qui n’était pas un chat du genre à s’émouvoir facilement eut la fin de la nuit pour réaliser sa nouvelle condition d’être humain. Il découvrit bien des choses qu’il n’avait pas imaginées alors que la veille encore il contemplait avec ses yeux d’or et avec adoration son maitre. Dès le matin son comportement parut très étrange. Il ne parlait pas, il tenta plusieurs fois de grimper sur la table et quand il voulut enfin s’exprimer ce fut avec une voix bizarre qu’il répondit à sa femme.

- Comment te sens-tu mon chéri ?

- Mioueux !

- Mieux ? Tant mieux ! tu peux te lever de ce canapé que tu ne quittes plus depuis une heure ? et tu ne te laves pas ce matin ? Tu n’as pas de travail ?

Le nouveau Lucien ouvrit des yeux étonnés et effarés. Se laver ! pourquoi faire ? et avec de l’eau et ce truc gluant, froid et qui mousse ! La journée commençait mal. Et le travail, d’abord, où était-ce ? Quand son maitre partait, il n’avait aucune idée de l’endroit où cela se passait et même, il s’en moquait bien. Par contre il allait piloter une voiture et cela c’était très intéressant.

Devant le volant, il attendit. Quoi, elle ne fonctionne pas ! dans son esprit alors l’image d’une clé apparut. Il fouilla dans la poche de son blouson. Il l’inséra dans une fente sous le volant et quand la machine se mit à ronronner (un peu comme lui avant sa métamorphose) il en fut tout à fait content. La manœuvre se fit comme s’il avait fait cela toute sa vie. Il trouva même le lieu du travail suivant un trajet tout tracé dans son esprit. Comme tout cela était étrange et passionnant ! Assis devant un clavier d’ordinateur, il attendit et voyant ses collègues affairés à tapoter fiévreusement sur les touches, il en fit autant. Hélas, il n’avait aucune idée de ce qu’il était en train de faire et au bout de dix minutes qui lui parurent des heures, il sortit prendre l’air, puis le large vers la maison. Croisant le directeur, il lui dit qu’il ne se sentait pas bien et qu’il rentrait chez lui. Celui-ci reconnut qu’il n’avait pas très bonne mine et le laissa partir sans problème. Il faut dire qu’il venait de surprendre son employé en train de se frotter la figure contre les coins des murs ce qui l’avait profondément mis mal à l’aise.

Et puis, il a fallu manger. La nourriture l’étonna beaucoup et au début il passait devant la gamelle du chat avec envie, mais rapidement il se fit très bien à ce nouveau régime. Il découvrit que lui-même savait cuisiner de bons petits plats.

Ecrit par Marie-Laure Bousquet

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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