Mascarade

Mascarade : Chapitre III

Un évènement mystérieux se prépare pour le prochain carnaval de Bordeaux. (Chapitre 3)

Dylan se décida à appeler Madame Caillou. À sa demande, il lui expliqua le déroulement de la journée qui avait précédé l’étrange maladie dont il souffrait. Élagueur de métier, il avait la veille cueillit du gui et depuis tout son corps était couvert de taches verdâtres comme si la plante poussait dans ses veines. Elle lui demanda s’il avait utilisé une serpette à lame d’or. Il s’étonna qu’elle l’ait su. Enora Cailloux qui semblait comprendre ce qui se passait donna rendez-vous à Dylan chez elle pour qu’elle lui explique ce qui était en train de se passer. Elle ne voulait pas parler au téléphone, car, dit-elle, il était crucial de garder tout cela secret. Dylan n’insista pas et le soir même, il se rendit chez Enora Caillou.

Arrivé devant sa porte, il chercha la sonnette, mais il ne vit qu’un vieux heurtoir ; une petite tête en bois sculpté qui tirait la langue. Il s’en saisit avec précaution légèrement impressionné de devoir la cogner. Il allait frapper, mais en s’appuyant, il constata que la porte était entrouverte. Il entreprit de rentrer tout en appelant la propriétaire. La maison était petite, mais très coquette. Les murs tendus de toile bleue, quelques tableaux naïfs de petites filles dans des jardins, et soudain, sur une console, la brutalité d’un casque en bronze.

- Madame Caillou, hou hou ! vous êtes là ?

Pas de réponse. Il reprit de plus belle, soudain inquiet. Il finit par visiter toutes les pièces de la maison anxieux de la découvrir peut-être allongée sur le sol et en détresse. Mais il ne vit personne. Il en fut soulagé quand il vit sur la table du salon une enveloppe avec son nom inscrit dessus. Il l’ouvrit.

« Mon cher Dylan,

Je résume, j’ai peu de temps. Vous avez été choisi par la plante sacrée. Vous ne devez pas en avoir peur et les signes sur votre corps devraient bientôt disparaitre. Vous êtes appelé à vivre une aventure particulière. Quelque chose de très important vous attend. Vous devez vous rendre mardi 23 mars au carnaval auquel vous vous joindrez, vous serez habillé entièrement de blanc et je vous demande d’ores et déjà, de ne plus vous raser ni de couper vos cheveux jusqu’à cette date. Le lendemain de la fête, vous ferez ce que vous voudrez. En attendant, je vous donne ma maison, vous avez sur la table les papiers que mon notaire a établis le mois dernier, il n’y manque que votre signature. J’ai déjà inscrit votre nom. Il vous faudra aller signer chez lui les dernières formalités. Je ne reviendrais plus ici, j’attendais ce moment et j’avoue que je n’imaginais pas, que le signe me viendrait par vous ! mais tant mieux, vous êtes un gentil gars et je vous donne volontiers tout ce que j’ai puisque les dieux le souhaitent. Je suis très riche et je vous donne tout. Bien sûr il y a une condition c’est que vous alliez effectivement à ce carnaval et que vous fassiez ce que je vous ai demandé. Dès à présent, quelqu’un va vous surveiller nuit et jour jusqu’au 23 mars, ensuite vous serez totalement libre de faire ce que vous voulez de tous vos biens.
Je sais que vous ferez ce qui doit être fait.
Bien à vous,

Enora Caillou. »

Dylan s’assit et relut deux fois la lettre. Il trouva les clefs de la maison et un jeu de ce qui devait être des clefs de voiture. Éberlué, il s’endormit sur le petit fauteuil de velours rouge et une main mystérieuse repoussa sur lui un plaid tricoté de laine bleue.

Le lendemain matin, Dylan se leva en sursaut, se frotta les yeux et dût faire un effort pour se souvenir ce qu’il faisait là et pourquoi. Bientôt lui revint en mémoire la lettre et il la trouva sur la table comme il l’avait laissée. L’adresse du notaire était inscrite en bas de la page. Enora Caillou avait pensé à tout. Il prit aussitôt rendez-vous. Trois jours plus tard, il sut qu’en effet, il était propriétaire d’une petite échoppe sur Bordeaux et qu’il possédait à présent une Bentley ainsi qu’un compte en banque tout à fait confortable qui allait lui permettre de ne pas travailler avant un bon moment. Après la stupeur et la joie, succéda un moment de sourde inquiétude. Cette vie qui lui tombait du ciel était-elle celle dont il avait rêvé ? Lui ce qu’il aimait, c’était les balades au grand air, son métier, perché dans les arbres comme un oiseau, ses rencontres au marché, son lien avec la vraie vie et les vraies gens. Mais quitter son studio étroit pour cette gentille maison ne lui déplaisait pas non plus quant à l’argent, ce n’était pas un problème évidemment. Pour la voiture il songea à la donner à son voisin, car lui-même n’avait pas le permis et n’avait nullement l’envie de le passer. Il s’installa dans la maison tout en gardant la simple vie qu’il menait déjà et qui lui plaisait. Il se laissa donc pousser la barbe et se procura un costume blanc. Comme elle l’avait dit, les marques vertes disparurent et il ne resta rien de sa mésaventure, sinon des rêves récurrents de fêtes sacrées avec des druides qui parlaient dans une langue inconnue et qui finissaient toujours par lui tendre un casque et une épée.

Le grand jour arriva enfin. Avant de partir, il céda à une impulsion et prit le casque sur la console. Son voisin, le bienheureux nouveau propriétaire de la Bentley qui ne pouvait rien lui refuser, l’emmena rejoindre la fête. Quand il vit le monde qui se pressait, il se laissa engloutir et il posa le casque sur sa tête. Un bruissement étrange, le bruit d’un ruisseau qui s’écoule et des chants de douces voix lointaines lui firent aussitôt quitter le casque. C’était la première fois qu’il l’essayait. Il respira et eut envie d’entendre à nouveau ce son d’un autre monde. Cette fois, il le garda et se sentit heureux.

La foule exceptionnellement dense pour un mardi après-midi se tut alors. Le Carnaval devint muet. Étrange groupement humain libéré pour un instant de ses voix, de ses cris, de tous les bruissements habituels que la vie répand. Beaucoup de zombies, des Vadors aux capes sombres et aux masques impassibles, des maitres Jedi aux oreilles pointues, d’étranges princes aux paupières noires, des princesses aveuglées par de fines lunettes de fers, d’ébauches de sorciers encravatés, de coccinelles et de girafes en toiles et polyester, d’extraterrestres possiblement cruels et même, des arlequins venus de siècles éloignés perdus dans les mémoires s’étaient donné rendez-vous. D’autres créatures bizarres et colorées s’agitaient dans un silence absolu et terrible. Un char, surmonté de trois fusées en papier entourées d’astronautes qui agitaient des drapeaux tricolores glissa au milieu de l’assemblée, pour disparaitre. Dylan ne s’aperçut de rien charmé par les musiques étranges que distillait dans ses oreilles et son cerveau son casque gaulois...

La suite mercredi prochain

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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