La chaise vide

La chaise vide : Chapitre III

Corentin a rendez-vous avec la femme de sa vie, mais elle est en retard et le doute et son cortège de fantômes s’installent. (Troisième et dernier chapitre)

- Eh ho ! Monsieur ! il reprend connaissance, vous êtes à l’hôpital. Vous avez été mis dans un coma artificiel. Vous avez attrapé une grave maladie, mais maintenant vous êtes sorti d’affaire, tout va bien, ce sera long, mais tout ira bien maintenant.

Corentin voyait des formes blanches au-dessus de lui, mais ne pouvait pas les distinguer. Une voix de femme lui dit.

- Je suis l’infirmière Corinne Coralin, je reste près de vous.

Corentin dit faiblement :

- Comme le bébé, c’est le nom du bébé...

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il dit ?

- Il parle d’un bébé, je crois.

- Il est encore dans le coltar (plus fort) ne vous inquiétez de rien ! reposez-vous !
Corentin se redressa, ou du moins, il essaya, tous ses membres lui donnaient l’impression qu’ils pesaient une tonne. Il était relié à un tuyau qui sortait de son nez.
Il se rassit, épuisé. On frappa à la porte.

- C’est votre maman ! dit une femme qui entrait avec un grand bouquet de tulipes.

La femme, une infirmière, posa les fleurs et ressortit. Elle entra à nouveau, elle poussait une chaise roulante.

- Bonjour mon lapin !

Corentin regardait la vieille femme effarée. C’était celle de son rêve, sauf qu’elle était habillée sobrement et ne portait pas trace de maquillage sur le visage. L’infirmière vit son regard et soudain anxieuse intervint.

- Vous ne reconnaissez pas votre mère ?

- C’est une erreur, ce n’est pas ma mère !

Les yeux de la vieille dame se remplirent de larmes.

- Qui est ce qu’il dit, mon Dieu ! la maladie l’a rendu fou !

- Je veux voir ma femme ; Coraline !!

Corentin se sentit mal et s’évanouit. Dans la nuit il se réveilla. La vieille femme était à son chevet. Elle ronflait affalée sur le fauteuil à côté du lit.
Il essaya de se souvenir, mais rien ne venait, quand il s’endormait il se retrouvait toujours dans le restaurant attendant Coraline. Elle lui donnait la radiographie, ensuite c’était le trou noir jusqu’à l’apparition de l’horrible femme. Il se sentait oppressé. Il tenta de rassembler ses idées, respirant le plus largement et calmement que possible. Il ferma les yeux. Quand il entendit une petite chanson fredonnée par une voix un peu fêlée, mais douce. Des bribes de souvenirs commencèrent à l’envahir.

« Dors ! mon enfant, ma lumière, mon cœur,
Dors ! il est temps, ma prière, mon bonheur
Sont pour toi et toi seul,
Mon enfant ma lumière !
 »

C’est la voix de maman ! pensa-t-il. Il se retourna et crut s’endormir aussitôt. Il était assis dans le restaurant contemplant la chaise vide. Quand il entendit enfin la voix familière de Coraline. Elle était là, toute joyeuse un sourire comme il lui en avait rarement vu sur son visage. C’est vrai qu’il ne la regardait plus vraiment depuis quelque temps. Depuis longtemps en fait... Il se fit cette réflexion non sans une certaine amertume.

- Excuse-moi, je suis en retard, mais j’avais une merveilleuse nouvelle à t’annoncer, elle lui tendit la photo. Il prit avec réticence le document. Il avait peur. Il n’osait pas la regarder.

- Qu’est-ce que c’est ?

- C’est la preuve que je suis guérie, les analyses sont formelles, je n’aurais pas de séquelles même si je dois me faire contrôler régulièrement.

- Quoi ?
Il réalisa qu’il ne savait pas quelle était malade ! il n’osa pas lui demander ce qu’elle avait. En regardant enfin la radiographie il vit l’image en noir et blanc et en transparente d’une poitrine. Il comprit. Alors tout devint clair, il avait complètement ignoré la souffrance de cette femme. Il eut honte. Il bredouilla.

- Je suis très heureux, viens là.

Elle s’assit sur la chaise et il l’embrassa. Elle en profita pour lui chuchoter à l’oreille.

- On va enfin pouvoir envisager de faire un bébé !!

Il frissonna.

FIN.

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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