Bordeaux

Caroline Gaudriault et Gérard Rancinan à l’Institut Culturel Bernard Magrez

A peine trois ans après être venu à la Base Sous-Marine, Gérard Rancinan et Caroline Gaudriault sont revenus pour investir l’Institut Culturel Bernard Magrez jusqu’au 9 juin 2019.

On pourrait sur un air de Nougaro quand on rentre au château Labottière esquisser quelques mesures, sans tenir compte de la rime, dans le style : « Dès l’entrée, J’ai senti le choc, Un souffle barbare, Un remous hard rock ». Et c’est vrai que ce premier cliché qui occupe le mur à gauche, car oui, il ne s’agit bien que d’un seul et vrai cliché ce qui semble époustouflant par la mise en scène et la précision des personnages étrangement masqués. Cette immense table peut laisser bouche bée. Mais au delà de la technique renversante pour le béotien c’est sa vision du monde que Gérard Rancinan nous montre, bien aidé en cela par Caroline Gaudriault qui fournit le substrat littéraire à cette vision de notre société contemporaine, sans langue de bois le photographe met en scène sa réalité. Pour faire simple on pourrait dire qu’ils s’enrichissent de leur vision réciproque pour aboutir à ces « œuvres » gigantesques aussi bien sur le fond que sur la forme. C’est du reste Caroline Gaudriault qui a exposé l’origine du choix de l’exposition pour la mettre en accord avec certaines valeurs de la maison Magrez autour de l’art culinaire et du vin, débouchant sur cette idée du Festin qui est une tradition très française, métaphore de la comédie humaine qui a toujours était un sujet de recherche pour les deux artistes qui dialoguent entre texte et image. C’est un sujet qui les a toujours poursuivi car souvent évoqué dans toutes les séries qu’ils ont exposées depuis une vingtaine d’années.

L’image de lui que cultive Gérard Rancinan

L’image grand public que Gérard Rancinan donne, c’est la casquette vissée sur la tête et les lunettes teintées, comme s’il ne voulait pas être ébloui par le monde plus ou moins stupide et surfait à portée de sa vue. Pour le photographe : Il n’y a pas d’art sans engagement politique, toute action entraîne une responsabilité et de préciser que l’artiste doit être témoin de son temps avec un engagement poétique et politique. Les productions ne sont pas que des reflets esthétiques mais des miroirs de notre société contemporaine en fait tel que le souhaite le photographe en ajoutant "mon travail c’est de saisir des comportements, d’en être le témoin, d’arrêter le temps". Il profite de l’occasion pour glisser qu’on est dans un monde où tout le monde se ment ou qu’alors on dit que tout est bien visant ainsi la "bien-pensance" uniformisante et ce n’est pas son rôle de dire si tout est foutu ou non et il ajoute "je ne sais pas si toutes mes photos sont vraies, en tout cas elles sont exactes". Caroline Gaudriault a expliqué le rôle des kakemonos qui accompagnent l’exposition car elle scénographie des textes avec un texte écrit spécialement dont le thème est un dîner qui se termine par une "exécution" intitulée le meurtre démocratique et ainsi selon l’humeur on peut suivre l’exposition à travers l’écrit, à travers l’image voire au choix de son inspiration sans suivre l’ordre des salles en découverte aléatoire.

Caroline Gaudriault

Après cette explication de la nouvelle écrite sur les kakemonos Gérard Rancinan a repris la parole pour expliquer : "C’est surtout ce partage, cette discussion, cette conversation qu’on a entamé comme ça en regardant le monde et après c’est ce travail parallèle. Un matin j’ai découvert cette nouvelle et on construit l’exposition comme ça". Il précise que dans les films ils sont plus intellectuellement fusionnels mais que la particularité de ce travail pour les expos est d’être comme çà, comme pour le choix des photos, on en discute et Caroline Gaudriault de rajouter : "On est chacun dans sa propre écriture" Gérard Rancinan est rentré dans la technique en précisant que toutes les photos étaient one shoot avec tous les personnages qui sont là avec les décors, entourés par tous les assistants pour réaliser l’installation et répondre à tous les problèmes de mise en place, de positionnement et d’habillements. Après il y a des retouches sur le négatif comme cela se fait depuis la création de la photographie "La retouche a toujours existé et ce n’est pas Photoshop qui a fait que la photographie a été un jour retouché" précisant "la prise de vue est numérique mais le tirage est argentique". Toutes les photos qui ne font pas plus de trois mètres sont tirés dans un laboratoire à Paris et les tirages de tailles supérieures sont fait à Düsseldorf car il ne reste plus qu’un seul laboratoire au monde capable de réaliser ce travail.

Ecrit par Bernard Lamarque

Co-fondateur et rédacteur en chef de Bordeaux Gazette