Bienvenue à Sainte Gueille

Bienvenue à Sainte Gueille Sur Gironde : Chapitre IV

4ème chapitre de notre feuilleton du mois Bienvenue à Sainte Gueille. Tout un village va devoir jouer une drôle de comédie à des touristes étrangers.

Le maire dont le teint virait au blanc gris s’écria :

-  C’est une catastrophe ! je ne peux pas rembourser, j’ai tout dépensé !

Cet aveu spontané fit taire les villageois et la tête de Miss Warwick s’allongea.

Raymonde intervint :

-  Qu’est-ce que tu me racontes, tu as dépensé tout le pognon des touristes pour acheter quoi ?

Le maire, les yeux pleins de larmes, regarda sa Raymonde en tendant son doigt vers l’épave de ce qui avait été la superbe voiture de luxe et qui gisait à présent lamentablement sur la place, telle une épave pitoyable au fond d’une mer furieuse.

-  Et ça a suffi ? je veux dire pour la payer, rien que l’argent des touristes ?

-  Mais non, j’ai pris un crédit tu penses ! et j’ai hypothéqué le bar restaurant...

Il s’arrêta en voyant qu’il était en train de déballer sa navrante existence devant ses administrés. Il y eut un silence gêné. Chacun se regardait puis baissait subitement les yeux vers le sol, de peur sans doute, qu’on lui demande une participation financière au renflouement de ce fiasco. Miss Molly Warwick, l’Australienne en colère déclara avec force et fracas.

-  Vous n’avez pas le choix, il faut donner aux clients ce qu’ils attendent.

Elle avait dit cela dans un français parfait, mais le maire semblait ne pas comprendre.

-  Comment ?

Elle répéta lentement et distinctement. Il parut saisir l’essence de la formule et murmura :

-  Ce qu’ils attendent ? Mais nous n’avons pas plus de bêtes de Gévaudan que de renard géant ou de beurre en branche !

Il avait hurlé la fin de sa phrase, mais le regard haineux de son épouse le poussa à se calmer. Il était quand même responsable de toute cette déroute, il décida donc de se faire plus discret. Molly semblait elle aussi très ennuyée, il faut dire qu’elle avait déjà empoché et dépensé une belle commission sur le paiement de chaque touriste. La perspective de les rembourser ne l’enchantait pas du tout. Elle argumenta :

-  Oui, si tout le monde s’y met, vous avez animaux de tous genres on peut arranger c’est des poils en plus et du maquillage. Si personne peut payer, il faut arranger le vérité.

Raymonde qui se voyait déjà affublée d’une fausse moustache de chat allait contester, quand ce fut son mari qui cette fois lui intima de se taire.

-  Elle a raison ! Après tout avec quelques arrangements et de la bonne volonté pourquoi pas ? Cela ne durera qu’un jour, on peut y arriver.

La plupart des habitants étaient redevables de l’indulgence coupable du maire qui fermait les yeux sur beaucoup de pratiques illicites de ces électeurs, aussi personne n’osa le contredire. Je demandais quand même :

-  Qu’est-ce que vous appelez arrangements ?

Où le maire nous explique ce qu’il entend par arrangements, pour faire gober aux touristes qu’il existe d’étranges animaux au village de Sainte Gueille :

-  Je ne sais pas moi, nous avons des magnétophones, des ordinateurs, on peut par exemple, rechercher des cris de bêtes horribles sur internet, et puis des peaux de bêtes ce n’est pas ce qui manque avec tous les chasseurs qui se défoulent tout au long de l’année même quand la période autorisée n’a pas encore commencé. Et qui n’hésitent pas à se rapprocher des maisons pour effrayer tout le monde en tirant n’importe comment dans tous les sens alors que c’est strictement interdit !!

Il regardait le père Couture en disant cela, mais celui-ci, choisit de ne pas réagir, car de toute façon, c’était la vérité, et il n’était pas le seul. Il le trouva quand même sacrément gonflé, car le Raymond n’était pas le dernier à avancer l’heure de l’ouverture de la chasse pour être le premier à dégommer les tourterelles, qu’il mettait d’ailleurs au menu de la taverne !

-  Et puis creusez-vous un peu la cervelle, on se retrouve demain ici à l’aube et on prépare le tout, il faut que l’on soit prêt dans huit jours.

Donc au petit matin, la plupart des habitants arrivèrent, certains les bras chargés de costumes de carnaval, d’autres plus modernes, de tenues horrifiques de la fête d’Halloween que le village avait pratiquée une année où il avait été question de jumeler Sainte Gueille à une petite ville américaine.

À l’époque, le projet n’avait pas abouti, car les villageois réalisèrent qu’il leur faudrait accueillir les visiteurs américains chez eux et cela, gratuitement. Ils avaient protesté arguant que cela représentait un insupportable sacrifice coûteux. Le Raymond n’insista pas, car lui-même ne se sentait pas prêt à loger gratuitement des gens qu’il ne connaissait pas et qui ne parlaient même pas sa langue. Le maire, tout de même un peu embarrassé avait alors envoyé un message comme quoi ce n’était pas le moment, le village était en deuil, un dramatique accident avait eu lieu, un avion-chasseur de l’armée avait malencontreusement perdu une bombe au-dessus de l’église de Sainte Gueille détruisant ainsi une partie de leur village. Il reçut plus tard une belle lettre d’encouragement.

« Monsieur Le Maire,
Nous apprenons la triste nouvelle, les terribles dégâts occasionnés par la bombe sur votre église, ainsi que le traumatisme subi par vos habitants.
Votre malheur nous a touchés et après nous être concertés nous avons organisé une petite collecte pour vous aider à surmonter ce choc cela pourra nous l’espérons, payer une partie des réparations.
Recevez ce chèque qui vous est offert de bon cœur,
Avec notre sincère Amitié.
P. Parker
 »

Quand le maire reçut la lettre, il trouva l’attention délicate et il déposa le chèque sur son compte en se disant que tout espoir n’était pas perdu, il y avait encore de braves personnes sur cette terre. C’est ainsi qu’il put offrir une jolie étole en peau de panthère à son épouse adorée quant au reste de la somme il la perdit au poker.
Pour l’heure, ils étaient tous rassemblés et le Raymond exposa les idées qu’il avait eues pendant la nuit.

-  Voilà, il faut organiser un circuit touristique, on pourrait commencer par la ferme de la mère Topain. Le cochon Hubert pourra être déguisé ; des poils en plus, des cornes dangereuses collées au front, il fera un monstre très convaincant, j’en suis persuadé. Décorez la porcherie, ajoutez des barreaux et des lumières qui font peur, et le tour est joué !

-  Qu’est-ce que tu appelles des lumières qui font peur ?

Demanda innocemment Mathilde Topain.

-  J’en sais rien, des lampes, des bougies, des trucs qui bougent, des bruits atroces.

-  Ha d’accord, je vois !

Le fils regarda sa mère étonnée, mais celle-ci fronça les sourcils pour intimé à son rejeton de ne pas moufter, Mathilde Topain avait senti que le maire n’était pas d’humeur à supporter la contradiction.

-  Ensuite, il me faut un renard géant à tête humaine.

(illustration Jean Camille)

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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