Bordeaux

La fin tragique du « roi de l’Atlantique sud »

Il y a 90 ans, le mercredi 4 janvier 1933, un spectaculaire incendie détruit le paquebot « L’Atlantique », dont le port d’attache est Bordeaux. Antoine Lebègue, auteur du Bordeaux des paquebots, évoque la fin dramatique de ce fastueux navire.



Dans la nuit du 3 au 4 janvier 1933 le paquebot « L’Atlantique », parti la veille de Pauillac à 6h47, arrive au large des Casquets, au nord-ouest de Guernesey, alors qu’il se dirige vers Le Havre pour être caréné. Tout est normal quand un feu éclate subitement et mystérieusement dans une cabine de première classe. Les appareils de détection automatique déclenchent l’alarme. Aussitôt le commandant René Schoofs et l’équipage, réduit à 230 hommes à ce moment-là, se mobilisent à fond mais ne peuvent empêcher le feu de se répandre très rapidement.

L’incendie est d’autant plus étrange que « L’Atlantique » est un navire très récent. Dans les années 1920 les paquebots de la compagnie Sud Atlantique qui assurent la liaison avec l’Amérique du sud depuis le port de la Lune, le « Lutetia » et le « Massilia », lancés en 1913 et 1914, commencent à vieillir. Ils appartiennent à une génération dépassée par les nouveaux navires construits à l’étranger, comme l’ « Asturias » et l’ « Alcantara » lancés par les Britanniques en 1926. Face à cette concurrence de plus en plus dangereuse, la Sud Atlantique décide de contre-attaquer. Son arme est « L’Atlantique », « l’un des plus beaux paquebots français, le plus fastueux des lignes de l’Amérique du Sud ». Pouvant embarquer 1 208 passagers, ce « roi de l’Atlantique sud » se distingue par sa taille (227,10 mètres de long) et, surtout, par ses innovations qui préfigurent le « Normandie » et les transatlantiques des années 1930. La plus remarquée est sa « rue centrale », baptisée « Rue de la Paix », qui traverse le bâtiment sur toute sa longueur.

L’Atlantique en 1932 (archives)

Dès son voyage inaugural en décembre 1931, il remporte un succès marquant. Seule déception pour les Bordelais, il ne fréquente pas les quais du port de la Lune mais doit s’arrêter à Pauillac à cause de son tirant d’eau. Si les Bordelais sont déçus, les Pauillacais se réjouissent que leur ville soit devenue tête de ligne, un atout car ce rôle amène de nouveaux services (avitaillement et entretien) qui créent de l’animation et des emplois. Mais leur joie est de courte durée, car ce matin du 4 janvier 1933 la situation devient dramatique. Malgré la rapidité et la vigueur de la réaction de l’équipage ni les appareils à incendie, ni les pompes, qui inondent les cabines, ne parviennent à maîtriser le feu. Sa propagation est favorisée par les panneaux laqués ou vernis qui ornent les parties les plus luxueuses du paquebot et par les appels d’air que constituent les plafonds non cloisonnés. Un défaut qui se retrouve sur de nombreux navires français à l’époque. Vers 4h un SOS est lancé. À 8h le commandant ordonne l’évacuation.

L’Atlantique en feu (archives)

Plusieurs navires se portent au secours du paquebot qui dérive vers les côtes anglaises. Ils récupèrent les marins naufragés, à l’exception de 19 disparus, et les débarquent à Cherbourg pour les deux tiers et à Brest pour les autres. Une lutte s’engage entre les remorqueurs hollandais, allemands et français pour s’emparer du bâtiment. Dans des conditions réellement héroïques, le capitaine Pichard et un matelot de la compagnie des Abeilles parviennent à déployer un drapeau tricolore sur l’épave qui redevient un navire battant pavillon français et peut être remorquée jusqu’au port de Cherbourg où elle reste pendant trois ans.

À Bordeaux cet incendie fait naître une rumeur : la Sud Atlantique a voulu se débarrasser d’une unité insuffisamment rentable. Mais accepter cette hypothèse serait faire peu de cas du fait que la compagnie décide de construire un nouveau navire de prestige de 212 mètres, le « Pasteur » pour le remplacer. Un bâtiment dont la conception tient compte des leçons de « L’Atlantique » ; non seulement en diminuant le tirant d’eau, pour ne plus froisser les susceptibilités bordelaises, mais surtout en revoyant la sécurité incendie. À ce titre la fin de « L’Atlantique », survenant huit mois après le naufrage du « Georges Phillipar », marque un tournant dans l’histoire de la construction navale française, comme le prouve le fait que la mise en service du « Normandie » soit repoussée d’un an pour effectuer d’ultimes modifications destinées à prévenir les risques d’incendie.

Pour en savoir plus :
L’incendie de « L’Atlantique » Bernard Bernadac (1997)
Bordeaux des paquebots d’Antoine Lebègue (1988), tous deux épuisés
N°87 d’Empreintes, paquebots à Bordeaux (2012) d’Antoine Lebègue, disponible à la Mémoire de Bordeaux (hôtel des Sociétés savantes, place Bardineau à Bordeaux).
►À noter que Festival du Film naval) organisera une séance en partie consacrée à « L’Atlantique » le mercredi 25 janvier à 16h00 à la Chartreuse de Caudéran à 16H00 (infos 06 66 05 63 34)

Ecrit par Antoine Lebegue


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