Bordeaux

“Retenue” : L’exposition captivante de Kapwani Kiwanga explore l’histoire et l’avenir

Le CAPC, le prestigieux Musée d’art contemporain de Bordeaux, se prépare à célébrer 50 ans d’existence et d’engagement artistique. Et pour marquer le début de cette année de festivités spéciales, le musée inaugure une installation monumentale extraordinaire de l’artiste Kapwani Kiwanga au sein de sa majestueuse nef.



Lors de la visite de presse du 27 juin au CAPC, l’artiste Kapwani Kiwanga était présente pour parler de son œuvre et offrir un premier aperçu. Artiste multidisciplinaire et chercheuse d’origine canadienne, elle réside et travaille à Paris. Elle a étudié l’anthropologie et la science politique avant de se tourner vers l’art. Cette formation pluridisciplinaire se reflète dans son approche artistique, où elle combine des éléments conceptuels, des recherches approfondies et des pratiques artistiques variées pour créer des œuvres riches en significations. Ses travaux ont été exposés dans de nombreuses institutions et événements artistiques de renom à travers le monde, tels que la Biennale de Venise, le Centre Pompidou, la Tate Modern, le Guggenheim Bilbao, et bien d’autres. Elle utilise des éléments visuels, sonores et architecturaux pour créer des espaces qui évoquent des périodes historiques spécifiques ou des expériences collectives. Ses œuvres se situent à l’intersection de l’art contemporain, de l’anthropologie et de l’activisme social. Elle s’intéresse particulièrement aux thèmes de la mémoire collective, de l’histoire officielle, des systèmes de pouvoir et de la résistance. Cette invitation au CAPC était donc une évidence quand on sait le lien que le lieu entretient avec l’histoire. Ancien entrepôt de denrées coloniales du XIXe siècle, l’Entrepôt Lainé servait de point de transit pour les marchandises provenant des colonies françaises. Le bâtiment est situé à proximité de la Garonne, soulignant ainsi le lien étroit de Bordeaux avec l’eau et le commerce maritime. C’est en 1973, qu’il a été transformé en un espace consacré à l’art contemporain, ce bâtiment issu du génie de l’architecte Claude Deschamps (connu pour avoir réalisé le pont de pierre de Bordeaux) a été remanié pour accueillir le CAPC, devenant ainsi un lieu de création et d’exposition d’œuvres d’art contemporain. L’exposition de Kapwani Kiwanga offre un spectacle visuel captivant qui transporte les visiteurs dans un monde d’esthétique saisissante. L’artiste déploie son talent créatif en imaginant des "incisions chirurgicales" comme elle les appelle sur le sol de la nef avec des trappes comme pour le fertiliser, donnant naissance à une expérience artistique inédite. Ces incisions permettent à l’eau de couler délicatement. Au cœur de cette expérience artistique se trouvent des rideaux bleus indigo, créés à partir de cordes, par lesquels l’eau s’écoule jusqu’à atteindre “l’incision” en bas de l’installation et permettre à l’eau de repartir d’où elle vient. Certains rideaux exhibent une densité presque palpable, avec des formes entrelacées qui se fondent les unes dans les autres. Ils invitent le spectateur à plonger au cœur de leur complexité et à explorer les multiples couches de sens qu’ils renferment. D’autres rideaux, quant à eux, dégagent une énergie plus vive et dynamique. Les formes semblent en perpétuel mouvement, apparaissant et disparaissant telle une danse visuelle. Cette variation intentionnelle des rythmes crée une expérience visuelle immersive et stimulante. Elle vise à aiguiser le regard du spectateur, à l’inciter à observer attentivement les détails et à se laisser emporter par les différentes textures visuelles qui se dévoilent. Les formes qui apparaissent et disparaissent comme un effet de flou ajoutent une dimension mystérieuse à l’ensemble, invitant le spectateur à se perdre dans un espace contemplatif.

L’utilisation des cordes dans l’exposition de Kapwani Kiwanga revêt une signification profonde qui résonne avec l’histoire des transports maritimes. Les cordes ont été des éléments essentiels dans les transports maritimes, utilisées pour attacher et sécuriser les marchandises à bord des navires. Elles symbolisent le lien physique et métaphorique entre les différents lieux, les différentes cultures et les différentes époques traversées par les navires de commerce. En intégrant les cordes dans son œuvre, Kapwani établit un lien entre le passé et le présent, entre l’histoire et le contemporain. Elle explore les connexions entre les systèmes de transport maritimes d’autrefois et les enjeux sociétaux actuels. Les cordes, dans leur présence tangible, rappellent également les gestes et les savoir-faire ancestraux liés aux techniques de tressage et de fabrication de cordages. Elles évoquent l’artisanat et le travail manuel, tout en rendant hommage aux traditions maritimes qui ont façonné les échanges commerciaux et culturels à travers le monde. Les cordes deviennent un symbole de voyage, de connectivité et de navigation à travers les différentes strates de l’histoire et de la société. Le choix délibéré du bleu indigo pour les cordes est empreint de symbolisme et d’histoire. Il fait référence à l’indigo, une des marchandises présentes autrefois dans l’entrepôt. La Corderie Palus, située à Brive-Lagaillarde, a confectionné les cordes utilisées dans l’exposition. Grâce à des machines en bois datant de plusieurs siècles, les cordes ont été tressées avec soin et expertise. La teinture des cordes en bleu a été confiée à un teinturier spécialisé dans cette technique. Le processus de teinture a été réalisé avec précision et sensibilité, donnant aux cordes une tonalité bleue riche et vibrante. La réalisation de ce projet a été documentée à travers un court métrage, permettant ainsi de capturer le processus de fabrication des cordes et de témoigner du travail des artisans impliqués. A la fin de l’exposition, plutôt que de les considérer comme des éléments
éphémères destinés à être jetés, les cordes seront recyclées pour être éventuellement mises à disposition d’autres artistes.

Vue de l’exposition depuis le haut de la nef avec les cordes tressés

L’un des éléments clés de cette exposition est l’utilisation de l’eau. Kapwani Kiwanga a choisi d’intégrer cet élément dans son installation pour évoquer le lien de Bordeaux avec l’eau, en particulier avec la Garonne. L’eau est un symbole puissant de flux, de transformation et de connexion avec la nature environnante. En l’incorporant à son œuvre, l’artiste crée un dialogue entre l’eau, l’architecture et le spectateur. Une des manifestations de l’eau dans l’exposition est la présence des trappes en bas du bâtiment, qui permettent à l’eau d’entrer et de sortir. Cette interaction avec l’eau crée une dynamique visuelle et sonore, engageant les visiteurs dans une expérience sensorielle immersive. Les trappes symbolisent également l’idée de ce qui est caché, de l’invisible, renforçant ainsi la dimension conceptuelle de l’œuvre. L’artiste souhaite ainsi mettre en lumière les choses invisibles qui soutiennent la structure du bâtiment, celles qui travaillent en silence pour garantir son existence. Elle invite à réfléchir à la dimension cachée de l’architecture et à la manière dont elle se relie à notre humanité et à la nature environnante. Lorsqu’il a fallu choisir le titre de l’exposition, Kapwani Kiwanga n’a pas tardé à proposer une idée qui a immédiatement captivé Sandra Patron, la commissaire. Ce titre, "Retenue", résonne de manière profonde avec les multiples facettes de l’exposition. Il fait référence à la retenue de l’eau présente dans les souterrains de l’entrepôt au XIXe siècle. Cette retenue d’eau symbolise à la fois le lien de Bordeaux avec l’élément aquatique, en particulier la Garonne, ainsi que la puissance et la force de cet élément naturel. C’est un rappel visuel et symbolique de la relation entre la ville et l’eau qui l’entoure. Le titre "Retenue" évoque également la retenue des histoires qui ont été empêchées, étouffées ou occultées au fil du temps. Kapwani Kiwanga invite ainsi les visiteurs à réfléchir à l’importance de ces histoires inexprimées et à leur impact sur notre compréhension du présent. Avec son œuvre, l’artiste canadienne souhaite offrir un regard vers le passé pour comprendre la société d’aujourd’hui et avancer vers un avenir meilleur. Venez découvrir l’exposition lors du vernissage le jeudi 29 juin de 19h00 à 23h00 pour partager un moment privilégié et échanger avec l’artiste. Si vous n’êtes pas disponible à cette date, l’exposition ouvrira ses portes officiellement le vendredi 30 juin et se prolongera jusqu’au 7 janvier 2024. Vous aurez donc tout le temps nécessaire pour vous imprégner de l’univers de "Retenue" et en apprécier chaque détail. Et le week-end du 23 et 24 septembre sera l’occasion d’un événement unique où différents publics se croiseront au sein de l’institution. Que vous soyez un amateur curieux ou un passionné d’art contemporain, une famille avec des enfants à la recherche d’activités enrichissantes, l’événement saura répondre à toutes vos attentes avec des échanges entre les passionnés d’art contemporain et les visiteurs plus occasionnels, et des ateliers créatifs pour les familles. Alors surtout ne vous retenez pas et allez à la rencontre de “Retenue” !

Ecrit par Laurène Paillard


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