Le combat d’une bordelaise bloquée à l’étranger pour retrouver les siens

Une pharmacienne bordelaise rejoint enfin les siens après deux mois bloquée à l’étranger. Nadège Imbernon, partie en voyage avant la crise sanitaire, était coincée au Maroc depuis le 17 mars. Après un combat acharné de plus de deux mois pour être rapatriée, elle parvient enfin à rejoindre ses proches.

Se débrouiller par ses propres moyens
La quinquagénaire, adjointe en pharmacie à Lormont, a quitté la France début mars pour découvrir le Maroc avec un ami originaire du pays et son fils. Comme le reste du monde, ils ont été surpris par la fulgurante crise sanitaire et ne sont pas parvenus à rentrer avant la fermeture brutale des frontières. Nadège a dû se battre contre vents et marées pour parvenir à monter dans l’avion qui l’a rapatriée ce Jeudi 21 Mai. Lorsque son vol retour du 17 mars est annulé, la pharmacienne ne panique pas. Elle a la chance d’être hébergée dans la famille de son ami, près de Casablanca. Elle se rend d’abord au consulat afin d’obtenir des renseignements quant aux vols de rapatriement. C’est la première fois qu’on lui demandera de remplir un formulaire et de patienter. Elle décide alors de trouver un vol par ses propres moyens. Le 20 mars, date de l’annonce du confinement au Maroc, elle se rend à l’aéroport Mohammed V de Casablanca et fait face à une situation hors du commun. « Le chaos régnait là-bas : les gens criaient,
ils étaient tous agglutinés, ils voulaient partir. J’ai vu des gens qui voulaient se battre. Air France fait n’importe quoi, tout et son contraire
 ». La compagnie aérienne, qui est en charge des opérations de rapatriement vers la France, explique : « ces opérations ont été rendues complexes par les nombreuses restrictions imposées aux compagnies aériennes, en matière par exemple d’hébergement des équipages, et par l’absence d’harmonisation des procédures dans les différents états ».

Mosquée Hassan II Casablanca

Critères d’urgence
Après de vaines tentatives à l’aéroport et nombre d’appels sans réponse, Nadège réussit à joindre un interlocuteur au consulat qui admet que des billets de retour sont négociés pour des milliers d’euros malgré leur annulation quasi systématique et lui conseille d’attendre patiemment que la situation se calme. Le 22 mars, le Maroc ferme ses liaisons maritimes et aériennes commerciales avec l’étranger ; la seule solution restante est celle du rapatriement. Nadège se voit dans l’incapacité de retourner au travail bien que réquisitionnée en tant que personnel de santé en France, et attend que son dossier soit pris en charge par le consulat. Ce-dernier est chargé de sélectionner les dossiers de français bloqués au Maroc par ordre d’urgence et de les placer dans les vols de rapatriement Air France, environ quatre fois par semaine. Les critères d’urgence, d’après le site internet de l’ambassade de France au Maroc, sont basés sur des raisons médicales, le regroupement familial impératif ou le risque de perte d’emploi. Nadège et son ami cochent toutes les cases : la pharmacienne n’obtient pas de réponse de la part de son employeur et risque de perdre son emploi ; son ami voyage avec son premier enfant handicapé, tandis que son deuxième fils, mineur, attend qu’il le rejoigne en France. Pourtant, malgré l’urgence de leur situation, ils ne reçoivent aucune réponse du consulat à leurs mails persistants.

Nadège Imbernon et sa fille

Échecs à répétition
Pendant ce temps, Oriane, la fille de Nadège, se démène depuis la France. Elle trouve un rare vol commercial Air-France vers Paris que la pharmacienne et son ami réservent en suivant. Le soir même, l’allocution présidentielle confirme la prolongation des mesures de confinement et Nadège voit son vol annulé. Quelques jours plus tard, ce sont des billets de Ferry de Tanger à Sète que les ressortissants réservent avec espoir. C’est sur le site du consulat qu'ils apprennent, peu de temps avant leur voyage, que seuls les individus voyageant en véhicule motorisé sont autorisés à prendre le ferry. Les espoirs s’effondrent, en même temps que leur budget. À chaque billet annulé, Nadège n’a en effet pas droit à un remboursement mais à des avoirs - lorsqu’elle parvient à les obtenir. La perte de près de mille euros s’ajoute à son manque crucial de ressources puisqu’elle ne reçoit plus son salaire. Étant donné que son lieu de travail est ouvert, et qu’elle est considérée comme réquisitionnée par l’État, elle n’a pas droit au chômage partiel. « Deux mois sans salaire ce n’est pas possible », confie la bordelaise. « Je ne peux pas me permettre de rester un mois de plus, ni de racheter des billets sans arrêt pour qu’ils soient ensuite annulés sans remboursement ».

Port de Casablanca

Attirer l’attention du consulat
Malgré les échecs à répétition, la quinquagénaire refuse de rester les bras croisés. Le 12 mai, elle décide donc de faire un sitting devant le consulat de France à Casablanca, ne voyant plus d’autre solution pour se faire entendre. En effet, depuis la mise en place du confinement le bâtiment du consulat reste fermé au public, des agents de sécurité gardant les grilles. Nadège explique : «  la communication du consulat est inexistante, je n’ai personne vers qui me tourner ». « Si on avait un interlocuteur à qui nous adresser pour être un peu rassurées je pense qu’on le vivrait
mieux », explique sa fille à ce moment-là, « mais là c’est le flou complet ». « Je pense qu’en terme de stress et d’anxiété on est arrivées au bout de ce qu’on pouvait donner ». Malgré de nombreuses tentatives, nos appels au consulat de France à Casablanca sont également restés sans réponse. Lors du rassemblement au consulat, Nadège rencontre de nombreux français dans des situations dramatiques. C’est notamment le cas d’une femme âgée qui venait chercher sa pension de retraite, n’ayant plus aucun revenu lui permettant de subvenir à ses besoins. Elle y croise également un couple de personnes âgées privé de médicaments depuis deux mois, dû à leur coût trop élevé au Maroc. « J’ai vu des gens malades et au bord du désespoir, témoigne la pharmacienne ». Elle s’insurge : « je suis en colère contre les autorités françaises parce que je pense qu’elles n’ont pas fait ce qu’il fallait ». Alors qu’elle bloque la circulation au milieu de la route afin de protester, la police s’en mêle : « un flic m’a sorti, ils ont fait venir des militaires et deux camions de police, la police en civil, et on nous a dit de ne pas nous approcher du consulat », relate la française. « Le consul a daigné pointer son nez à la grille mais les gens hurlaient donc il ne pouvait pas parler. Il est ensuite revenu et a sélectionné les deux premières personnes contre la grille pour en discuter avec eux. Il en est ressorti que le consul faisait ce qu’il pouvait, qu’il tentait de faire venir plus d’avions, et qu’il fallait patienter ».

Casablanca

Une liberté au goût amer
Le 15 mai au matin, miracle : l’ami de Nadège découvre deux billets dans sa boîte mail. Mais à sa grande surprise, ils sont au nombre de deux. Bien que la française ait toujours précisé voyager avec son ami et son fils, leur rapatriement se ferait donc séparément. Étant hébergée dans la famille de l’ami en question, elle se sent alors totalement perdue. « Franchement je ne sais plus quoi faire », confie-t-elle ce jour-là, « il n’y a même plus de prochaine étape ». C’est quelques jours plus tard qu’elle recevra le mail qu’elle attendait depuis des mois : un billet d’avion à son nom pour le vol de rapatriement sur lequel son ami a été placé. Pour Nadège, c’est une libération. Mais celle-ci a un coût : quasiment trois cent euros, soit le double du prix d’un billet en temps normal. La pharmacienne, qui n’aurait pas pu se le procurer sans l’aide de son ami, s’en insurge : « comment font les personnes qui ne peuvent pas régler la note ? » Heureuse de pouvoir enfin retrouver son pays, son chez-elle et ses proches, Nadège reste cependant profondément déçue. « La gestion de cette crise des français à l’étranger a été minable. C’est écœurant de laisser les gens comme ça ». Le 13 mai, le consulat estimait qu’au Maroc « près de 3000 personnes bloquées [sont] encore à rapatrier ».

Ecrit par Anaëlle Montagne


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