Derrière la convention signée entre l’Office de tourisme et la Chambre de métiers, Bordeaux veut donner une nouvelle visibilité à ses artisans d’art. Une manière de faire découvrir la ville autrement, par ses ateliers, ses gestes et son patrimoine vivant.
Bordeaux se visite souvent par ses façades, ses quais, ses places, ses monuments et son patrimoine de pierre. Mais la ville se raconte aussi autrement : par les mains qui façonnent, restaurent, cousent, assemblent, dorent, réparent ou transmettent. C’est cette part plus discrète du patrimoine bordelais que l’Office de tourisme et des congrès de Bordeaux Métropole et la Chambre de métiers et de l’artisanat de Nouvelle-Aquitaine - Gironde veulent désormais mieux mettre en lumière.
Lundi 29 juin, les deux institutions ont officialisé une convention destinée à développer le tourisme de savoir-faire sur le territoire métropolitain. L’objectif est simple : permettre aux visiteurs, mais aussi aux habitants, de découvrir les artisans d’art et les métiers qui participent à l’identité locale. Céramistes, ébénistes, bijoutiers, tapissiers, maroquiniers ou encore professionnels de la mode et de l’ameublement : autant d’activités souvent présentes à quelques rues des parcours touristiques classiques, mais encore peu identifiées par le grand public.

- Lundi 29 juin, Nathalie Laporte, Présidente de la CMA NouvelleAquitaine - Gironde, et Fabien Robert, Président de l’OTCBM, ont signé une convention actant les synergies entre tourisme et artisanat
Un tourisme plus incarné
Le sujet n’est pas anecdotique. Selon les données mises en avant par les partenaires, le tourisme de savoir-faire a attiré 22 millions de visiteurs dans 4 000 entreprises françaises en 2024, avec une progression de 30 % en cinq ans. Cette tendance traduit une attente plus large : celle d’un tourisme moins uniquement contemplatif, davantage tourné vers la rencontre, le geste, l’expérience et le récit humain.
À Bordeaux, cette orientation vient compléter une offre déjà fortement structurée autour du patrimoine, du vin, de la gastronomie et des grands sites urbains. Mais elle permet aussi de déplacer le regard. Derrière les monuments, il y a des métiers. Derrière les façades restaurées, des gestes précis. Derrière les objets, des ateliers, des parcours professionnels, parfois des reconversions, souvent des transmissions.
Lors de la signature, l’idée a été résumée autour d’une notion forte : celle de patrimoine vivant. Un patrimoine qui ne se limite pas aux bâtiments classés ou aux décors urbains, mais qui existe aussi dans les gestes détenus par des femmes et des hommes. Cette approche donne une dimension plus humaine au récit touristique bordelais.
La Philomathique, symbole d’un Bordeaux artisanal
Le choix de la Philomathique pour accueillir cette séquence n’est pas neutre. Fondée au XIXe siècle, installée dans son bâtiment historique depuis 1869, cette institution bordelaise reste un lieu de formation et de transmission des métiers d’art.
Cette histoire bordelaise, Antoine Lebègue, ancien président de la Philomathique et contributeur régulier de Bordeaux Gazette, l’avait souvent racontée à sa manière, attentive aux lieux, aux gestes et aux mémoires locales.
Dans ses ateliers, on croise des univers très différents : bois, menuiserie, couture, tapisserie d’ameublement, peinture décorative, dorure, broderie, maroquinerie ou encore canage traditionnel. La visite de ces espaces rappelle à quel point certains métiers reposent sur des gestes longs à apprendre, parfois fragiles, et sur des savoirs qui peuvent disparaître si personne ne les transmet.
La Philomathique incarne aussi une réalité contemporaine : beaucoup de personnes qui s’y forment viennent d’autres horizons professionnels. Cadres, architectes, designers, ingénieurs, profils issus de la communication, du marketing ou de la tech peuvent, à un moment de leur parcours, choisir de se tourner vers un métier manuel ou artistique. Cette dimension donne au sujet une résonance sociale actuelle, au-delà du seul intérêt touristique.
Des cartes, des visites et des ateliers
Concrètement, plusieurs premières actions sont déjà engagées. Une carte digitale accessible via Bordeaux Tourisme référence déjà une vingtaine d’artisans d’art à Bordeaux, afin de permettre aux visiteurs de localiser plus facilement ateliers et lieux collectifs. La boutique de l’Office de tourisme doit également renforcer la présence de créations locales, notamment avec des pièces réalisées par des céramistes bordelaises.
À partir de septembre, de nouvelles visites doivent aussi être proposées, dont un parcours intitulé « Dans les coulisses de la Philomathique ». L’idée : permettre au public de découvrir une école de métiers d’art en activité, ses ateliers bois, mode et ameublement, et d’échanger avec celles et ceux qui apprennent ou transmettent ces métiers.
Les guides conférenciers sont également appelés à intégrer davantage ces savoir-faire dans leurs parcours. Exemple cité par les partenaires : la visite du bourg d’Eysines, enrichie par une rencontre avec les artisanes d’Artflo, installées dans la commune depuis 2025.
Une autre manière de visiter sa propre ville
Pour les artisans, cette démarche peut offrir une visibilité supplémentaire, voire des retombées économiques. Mais elle pose aussi une question d’équilibre : tous les ateliers n’ont pas vocation à devenir des lieux touristiques permanents, et l’accueil du public demande du temps, de l’organisation et un accompagnement adapté.
L’intérêt du projet réside donc moins dans une mise en scène généralisée de l’artisanat que dans une ouverture choisie, progressive, capable de respecter le travail des professionnels tout en donnant au public accès à des réalités souvent invisibles.
Surtout, ce tourisme de savoir-faire ne s’adresse pas uniquement aux visiteurs de passage. Il peut aussi parler aux Bordelaises et aux Bordelais. Car on peut habiter une ville depuis des années sans connaître les ateliers qui y travaillent, les écoles qui y transmettent, les gestes qui s’y perpétuent. Après les monuments, Bordeaux veut désormais faire visiter ses savoir-faire. Et rappeler qu’une ville ne se découvre pas seulement en levant les yeux vers ses façades, mais aussi en regardant les mains qui la font vivre.



Sur le même sujet
Bordeaux : retour en images sur l’inauguration de la nouvelle porte de l’Hôtel de Ville
Bordeaux : la porte de l’Hôtel de Ville renaît et retrouve son apparence d’origine
Voiles & Vignobles 2027 : Bordeaux prépare une fête XXL sur la Garonne
Canicule à Bordeaux : les couvertures de survie gagnent les fenêtres
Tourisme à Bordeaux : la Métropole cherche son nouvel équilibre
La Cité du vin accède à la philatélie