Près d’un mois après le mégafeu qui a parcouru 42 000 hectares, Sébastien Lecornu s’est rendu en Gironde pour présenter les premières mesures de reconstruction. L’État annonce 10 millions d’euros pour les collectivités girondines, des procédures accélérées pour rebâtir et plusieurs aides économiques. Leur calendrier et leur portée restent toutefois à préciser.
Le premier ministre Sébastien Lecornu s’est rendu lundi 17 août en Gironde, accompagné de plusieurs ministres, pour lancer la phase de reconstruction après les incendies de juillet. Le feu a entraîné l’évacuation de plus de 224 000 personnes dans 23 communes et détruit 250 bâtiments. Quinze communes sont considérées comme sinistrées.
Cette visite devait marquer le passage de la gestion de crise à l’après-incendie. Elle intervient dans un climat encore tendu, notamment au Porge, où de nombreuses habitations ont été détruites et où des habitants demandent des explications sur le déroulement des opérations de secours.
Dix millions d’euros pour les collectivités girondines
La principale annonce concerne une enveloppe de 10 millions d’euros destinée aux collectivités de Gironde. Deux millions supplémentaires sont prévus pour les Landes.
Ces crédits seront délégués à la préfète de région. Ils doivent bénéficier aux communes directement touchées, mais aussi à celles qui ont participé aux évacuations, à l’accueil des habitants ou à la sécurisation du territoire.
Un accompagnement particulier est également annoncé pour les infrastructures du Porge. Aucun montant détaillé ni calendrier de versement n’a toutefois été communiqué à ce stade.
Le Département de la Gironde demande à pouvoir bénéficier lui aussi de cette enveloppe. Il met en avant les dépenses engagées pour sécuriser les routes, accompagner les habitants et soutenir les communes. Son président, Jean-Luc Gleyze, réclame également une participation de l’État aux dépenses exceptionnelles du SDIS 33. Lors des incendies de 2022, celles-ci avaient atteint 10,5 millions d’euros.
Le Gouvernement estime que l’ensemble des mesures fiscales, sociales, économiques et territoriales pourrait dépasser 100 millions d’euros. Cette somme ne correspond cependant ni à une enveloppe constituée ni à un chiffrage définitif. Elle additionne différents dispositifs, dont certains devront encore être votés dans le cadre du budget 2027.
Des permis de construire annoncés sous un mois
Pour les habitations pouvant être reconstruites à l’identique ou selon un projet équivalent, les permis de construire pourront être délivrés dans un délai d’un mois.
De nouvelles dispositions inspirées du cadre utilisé pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris doivent être intégrées sous trois mois au projet de loi sur le logement. Elles doivent simplifier les procédures sans supprimer les exigences liées à la prévention des risques.
La situation sera plus complexe lorsque la reconstruction devra tenir compte de nouvelles contraintes : recul par rapport à la forêt, modification de l’implantation des bâtiments, matériaux employés ou obligations de débroussaillement. Une doctrine opérationnelle articulant habitat et forêt doit également être définie sous trois mois.
Un référentiel national consacré à « l’habitat résistant au feu de forêt » est par ailleurs annoncé pour février 2027.
Le Département demande que les procédures deviennent réellement « faciles et rapides », y compris pour les familles dont les dossiers nécessitent une adaptation et pas seulement une reconstruction à l’identique.
Un guichet unique pour les familles sinistrées
Selon le bilan présenté par le Gouvernement, 146 ménages girondins ont nécessité un relogement en urgence.
Un guichet départemental unique doit centraliser les démarches relatives au relogement et assurer un suivi individualisé des sinistrés. Une maison France Services itinérante doit également faciliter l’accès aux démarches administratives.
Le fonds d’aide au relogement d’urgence sera abondé de 5 millions d’euros afin de prendre en charge les dépenses assumées par les collectivités. Cette enveloppe nationale n’est pas réservée à la seule Gironde.
France Assureurs s’est parallèlement engagé en faveur d’une indemnisation rapide et de la prise en charge des frais de relogement d’urgence des personnes évacuées.
Le Département estime cependant que les besoins sociaux et psychologiques ont été insuffisamment abordés pendant la visite ministérielle. À l’approche de la rentrée scolaire, certaines familles restent confrontées à un logement temporaire, à des pertes matérielles importantes ou à des démarches complexes.
Il demande un accompagnement dans la durée, notamment pour l’accès aux droits, le relogement, la protection des personnes vulnérables, le suivi psychologique et les services de protection maternelle et infantile.
Des mesures pour les entreprises et le tourisme
Le Gouvernement recense en Gironde 115 entreprises sinistrées, 15 000 établissements évacués et environ 2 900 demandes d’activité partielle.
Une aide exceptionnelle concerne les entreprises de moins de 250 salariés répondant aux critères du dispositif et ayant recours à l’activité partielle pour une période comprise entre le 20 juillet et le 30 août. L’État et l’Unédic doivent prendre en charge l’intégralité du coût afin de supprimer le reste à charge pour l’employeur.
Le ministère du Travail détaille les conditions de cette aide exceptionnelle.
Un dégrèvement intégral de taxe foncière et de cotisation foncière des entreprises est annoncé pour les locaux détruits. Le Gouvernement prévoit par ailleurs d’inscrire dans le projet de loi de finances pour 2027 une disposition élargissant les exonérations fiscales et sociales aux entreprises concernées. Cette seconde mesure doit donc encore être votée.
L’État doit également participer, par l’intermédiaire de Bpifrance, au fonds régional de garantie mobilisé par la Région. Celui-ci doit permettre de déclencher plus de 30 millions d’euros de prêts aux entreprises.
Une campagne exceptionnelle de promotion de la Nouvelle-Aquitaine, d’un montant de 2 millions d’euros, sera également cofinancée par l’État. Elle doit accorder une attention particulière à la Gironde et aux Landes.
L’État annonce enfin sa participation au fonds constitué par Bordeaux Métropole pour soutenir les acteurs du tourisme de son territoire.
Ces mesures devront être confrontées à la situation réelle des entreprises, notamment sur le littoral, où les annulations ont touché des hébergements, des restaurants, des commerces et des activités touristiques parfois éloignés des zones incendiées.
La forêt de demain reste à définir
Une doctrine de reconstitution d’une forêt plus résistante doit être présentée par le Gouvernement dans un délai de trois mois. Elle devra traiter simultanément la prévention des incendies, la gestion du bois brûlé, le renouvellement des peuplements et leur adaptation au changement climatique.
Le classement des incendies de Saumos et de Biscarrosse comme « sinistre de grande ampleur » doit faciliter et accélérer l’abattage des arbres morts, dépérissants ou dangereux. Environ 1 000 arbres doivent être abattus en Gironde et dans les Landes pour des raisons de sécurité.
La Région Nouvelle-Aquitaine propose de faire des 42 000 hectares parcourus par le feu en Gironde un territoire pilote pour expérimenter une forêt plus résistante. Elle défend notamment la restauration des zones humides, une meilleure conservation de l’eau dans les massifs et la réorientation de 4,2 millions d’euros de fonds européens vers la défense des forêts contre les incendies.
Dans une prise de position publiée le 10 août, le Collectif Forêt Vivante Sud-Gironde demande de diversifier davantage les peuplements, d’accorder une plus grande place aux feuillus et de préserver les sols ainsi que les zones humides. Il souhaite également que les collectivités, les scientifiques, les associations environnementales et les SDIS participent davantage aux décisions concernant la gestion de la forêt privée.
Ces propositions devront être confrontées à celles des propriétaires et de la filière forêt-bois. Le pin maritime reste adapté aux sols sableux des Landes de Gascogne et constitue une ressource économique majeure. La future stratégie devra donc concilier production forestière, prévention du feu, protection de l’eau et adaptation au changement climatique.
Canadair et financement des SDIS : les Départements attendent encore
Les présidents des Départements de la Gironde et des Landes ainsi que la présidente du Lot-et-Garonne estiment que plusieurs de leurs demandes restent sans réponse ferme après la visite du premier ministre.
Les trois exécutifs avaient écrit la semaine précédente au président de la République. Leur démarche reprenait des propositions déjà formulées après les incendies de 2022.
Ils réclament notamment l’implantation permanente d’une base de bombardiers d’eau dans le massif des Landes de Gascogne. Portée depuis plus de vingt ans par le Département des Landes, cette demande est défendue conjointement par les trois collectivités depuis 2022.
Le Gouvernement a annoncé un nouvel examen du dossier. Les responsables départementaux y voient une avancée, mais attendent encore « un engagement clair, ferme et rapide ». Ils estiment qu’une présence aérienne permanente permettrait d’intervenir plus rapidement sur les départs de feu, avant leur propagation.
Ils demandent également des moyens aériens « plus puissants, plus robustes, plus efficaces » et considèrent que l’évolution des incendies oblige à réexaminer plus largement le modèle français de sécurité civile.
Les trois Départements relancent par ailleurs le débat sur le financement des services départementaux d’incendie et de secours. Ils proposent d’augmenter la part de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance affectée aux SDIS.
Selon eux, une augmentation des moyens consacrés à la prévention et à l’intervention permettrait de limiter les dommages et, à terme, les indemnisations versées par les assureurs.
Sébastien Lecornu et le ministre de l’Intérieur ont indiqué que cette piste était à l’étude pour 2027. Aucun montant ni calendrier législatif précis n’est toutefois arrêté.
En Gironde, le Département demande parallèlement une aide de l’État pour couvrir les dépenses exceptionnelles engagées par le SDIS 33 pendant l’incendie.
Des annonces désormais attendues sur le terrain
La venue de Sébastien Lecornu permet de fixer un premier cadre financier et administratif. Les collectivités disposent d’une enveloppe annoncée, les familles d’une promesse de simplification et les entreprises de plusieurs dispositifs de soutien.
Mais de nombreux éléments restent ouverts : la répartition précise des 10 millions d’euros, les critères d’éligibilité, les délais de versement, l’accompagnement social à long terme et le financement des moyens de lutte contre les incendies.
La réaction commune de la Gironde, des Landes et du Lot-et-Garonne montre que le débat dépasse la reconstruction immédiate. Il porte également sur la capacité à détecter et combattre plus rapidement les prochains départs de feu dans le massif des Landes de Gascogne.
L’enjeu ne sera donc pas seulement de reconstruire rapidement. Il faudra déterminer où et comment rebâtir, accompagner durablement les habitants et les entreprises, adapter la gestion de la forêt et donner aux services de secours des moyens correspondant à l’évolution du risque.
Consulter la présentation officielle des mesures gouvernementales



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