Mis à jour le 28/07/2026 à 17h13

Incendies en Gironde : l’autre évacuation, celle des animaux

Alors que les évacuations se sont multipliées en Gironde, une autre mise à l’abri s’est organisée dans l’urgence. Des centaines de chiens et de chats ont quitté le refuge de la SPA, le Centre de soins LPO d’Audenge a transféré ses pensionnaires et 400 places sont proposées pour accueillir des animaux d’élevage. Au Zoo de Bordeaux-Pessac, les équipes se préparent également à une éventuelle évacuation.

Les allées se sont presque entièrement vidées. Depuis samedi, les équipes de la SPA de Gironde organisent le départ de quelque 180 chiens et 180 chats menacés par la progression des incendies. Salariés, bénévoles, pensions et familles d’accueil se sont mobilisés pour mettre les animaux à l’abri, parfois bien au-delà du département.

D’après la SPA de Gironde, interrogée par Sud Ouest, la majorité des pensionnaires a pu rejoindre une famille d’accueil. Plusieurs salariés ont interrompu leurs vacances pour participer à l’opération. Une dizaine d’animaux se trouvaient encore dimanche dans l’infirmerie du refuge, préservée autant que possible des fumées, dans l’attente de leur transfert.

L’évacuation ne nécessite pas seulement des véhicules et des cages de transport. Certains chiens ne supportent pas la présence de leurs congénères et doivent être placés dans des espaces suffisamment séparés. Il faut également tenir compte des traitements, de l’état de santé et du comportement de chaque pensionnaire.

Cette mobilisation illustre une difficulté souvent peu visible lors des évacuations de grande ampleur : mettre les habitants en sécurité suppose aussi de trouver une solution pour leurs animaux, mais également pour ceux des refuges, des élevages et des centres de soins.

Le Centre de soins LPO d’Audenge évacué

Sur le bassin d’Arcachon, le Centre de soins LPO Aquitaine a lui aussi dû fermer et évacuer ses pensionnaires après l’ordre donné aux habitants d’Audenge de quitter la commune.

Les animaux sauvages dont l’état permettait un retour immédiat dans leur milieu naturel ont été relâchés. Les autres ont été transférés vers le Centre de soins de la faune sauvage de Tonneins, en Lot-et-Garonne. Les équipes girondines sont venues renforcer cette structure afin d’assurer la continuité des soins.

Le Centre de soins LPO Aquitaine accueille habituellement près de 6 000 animaux sauvages en détresse chaque année : oiseaux, mammifères, reptiles et amphibiens. Il restera fermé jusqu’à nouvel ordre.

Cette évacuation intervient au moment où les besoins pourraient augmenter. Les incendies détruisent les habitats et peuvent brûler, désorienter ou séparer les animaux sauvages de leurs petits. L’ampleur des conséquences sur la faune ne pourra toutefois être évaluée qu’après la sécurisation et la réouverture progressive des secteurs incendiés.

La LPO demande de ne jamais pénétrer dans une zone en feu, récemment incendiée ou interdite d’accès pour tenter de secourir un animal. Dans ces secteurs, la capture des animaux blessés relève des pompiers et des professionnels autorisés à intervenir.

Quatre cents places pour les animaux d’élevage

Les bovins, ovins et caprins posent un autre défi. Leur évacuation nécessite des véhicules adaptés, des personnes formées et des lieux suffisamment vastes pour les accueillir.

Face aux nombreux appels reçus en Gironde et dans les Landes, l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs, l’OABA, a activé lundi 27 juillet un plan de secours en mobilisant plusieurs fermes partenaires.

L’association annonce pouvoir mettre immédiatement à disposition 150 places pour des bovins et 250 pour des ovins et des caprins. Les structures d’accueil se trouvent en Corrèze et dans les Pyrénées-Atlantiques.

Une enveloppe a également été débloquée pour participer aux soins des animaux et au financement de leur transport. Les demandes doivent être formulées par les autorités ou les associations engagées sur le terrain et centralisées auprès du directeur de l’OABA.

Ce dispositif ne permet pas encore de connaître le nombre d’animaux d’élevage effectivement évacués. Il montre néanmoins que les besoins nécessitent désormais des solutions d’accueil dans plusieurs départements voisins.

Le Zoo de Bordeaux-Pessac reste fermé

À Pessac, le zoo reste fermé au public jusqu’à nouvel ordre. Dans un communiqué publié lundi, l’établissement précise qu’aucun de ses animaux n’a, pour le moment, été évacué.

Les animaux sont maintenus à l’abri et disposent d’un accès aux bâtiments prévus à cet effet. Le vétérinaire et les équipes animalières restent présents sur le site. Le Zoo de Bordeaux-Pessac indique également être en contact quotidien avec les services de l’État pour suivre la progression des incendies.

Un plan d’évacuation, élaboré après l’expérience des incendies de 2022, pourra être déclenché si la situation l’exige. Le déplacement des pensionnaires d’un parc zoologique demanderait toutefois des conditions de transport et des structures d’accueil adaptées à chaque espèce.

Une cellule pour coordonner les secours

En parallèle, la Brigade de Secours Faune Sauvage a sollicité des renforts. L’association FUTUR a activé une cellule de crise réunissant notamment des vétérinaires, des soigneurs, des transporteurs et des familles d’accueil.

Le dispositif doit coordonner les signalements, les transports, les prises en charge vétérinaires et les solutions d’hébergement temporaire. Les premiers besoins concernent principalement les animaux domestiques déplacés ou blessés.

L’association insiste sur la nécessité de ne pas rejoindre spontanément les zones sinistrées. Les interventions doivent être organisées avec les secours et uniquement dans les secteurs dont l’accès est autorisé.

Le Parti animaliste demande un dispositif national

Dans une lettre ouverte adressée mardi 28 juillet au Premier ministre et à plusieurs membres du Gouvernement, le Parti animaliste demande la création d’un dispositif national de protection des animaux en cas de catastrophe.

La formation politique estime que les plans ORSEC ne comportent pas de stratégie nationale spécifiquement consacrée à l’évacuation, au transport et à l’accueil des animaux lors des incendies, inondations ou tempêtes. Il existe déjà des dispositions sanitaires concernant notamment les épizooties dans les élevages, mais pas de cadre transversal couvrant l’ensemble des animaux confrontés à une catastrophe naturelle.

Le Parti animaliste propose notamment d’intégrer systématiquement les animaux aux dispositifs de gestion de crise, de désigner une coordination dans chaque département et d’établir des protocoles associant services de l’État, secours, vétérinaires, refuges et centres de soins pour la faune sauvage. Il réclame également un fonds national d’urgence pour soutenir les structures mobilisées.

Parmi ses propositions figure enfin la suspension temporaire de la chasse et des activités susceptibles d’accroître la mortalité des animaux dans les zones sinistrées. Il s’agit, à ce stade, d’une demande politique adressée au Gouvernement, qui n’a pas encore annoncé de réponse.

Animal sauvage en détresse : les gestes recommandés

Lorsqu’un animal sauvage blessé est découvert en dehors d’une zone interdite et qu’il peut être manipulé sans danger, la LPO recommande de le placer dans un carton fermé, percé de trous et tapissé de papier journal. Il doit ensuite être isolé au calme, dans une pièce à température ambiante, en attendant les instructions d’un centre de soins.

Il ne faut pas le forcer à boire ou à manger, ni le mouiller ou le placer au frais. Une cage grillagée est également déconseillée, car l’animal risque de se blesser davantage en tentant de s’échapper.

Pour les animaux domestiques, PETA France conseille de préparer une cage de transport, une laisse, les médicaments, ainsi que de l’eau et de la nourriture pour plusieurs jours. Les chiens doivent être tenus avec un harnais bien ajusté et porter une identification associée à des coordonnées à jour. Dans les secteurs touchés par les fumées et les cendres, les animaux doivent rester à l’intérieur autant que possible et les efforts physiques prolongés sont à éviter.

La solidarité suscitée par les incendies entraîne également la création de nombreuses collectes. Avant d’effectuer un don, il reste prudent de vérifier l’identité de l’organisateur, la destination annoncée des fonds et de privilégier les sites officiels des associations et refuges concernés.

Des animaux de compagnie aux pensionnaires des refuges, des élevages à la faune sauvage, l’incendie provoque ainsi une crise dans la crise. Les évacuations organisées depuis plusieurs jours ont permis d’en mettre plusieurs centaines à l’abri. Pour les espèces sauvages et les animaux demeurés dans les zones sinistrées, le bilan ne pourra commencer que lorsque les secours pourront de nouveau accéder au terrain sans danger.

Écrit par

La rédaction