Incendies : que recouvrent les 200 à 300 millions d’euros de pertes annoncés ?

Entre 200 et 300 millions d’euros : une première estimation relayée lundi 31 août par Sud Ouest donne une idée de l’ampleur du choc subi par l’économie girondine après les incendies. Cette fourchette reste toutefois provisoire et sa méthode de calcul n’a pas encore été détaillée.

Elle ne correspond pas uniquement aux bâtiments, aux stocks ou aux équipements détruits par les flammes. Elle pourrait également prendre en compte les arrêts d’activité, les fermetures préventives, les pertes de marchandises, les annulations touristiques, la baisse de fréquentation ou encore les perturbations dans les transports et les approvisionnements.

Près de 15 000 établissements ont été évacués pendant la crise. À ceux-ci s’ajoutent de nombreuses entreprises touchées sans avoir été directement menacées par le feu.

Cette première évaluation devra donc être consolidée et ventilée par secteur. Elle permet néanmoins de mesurer les difficultés qui se prolongent plusieurs semaines après la maîtrise des incendies.

Des entreprises touchées bien au-delà des zones brûlées

La Chambre de commerce et d’industrie Bordeaux Gironde a interrogé près de 900 entreprises entre le 18 et le 26 août. Parmi les répondants, 73 % déclarent avoir été affectés directement ou indirectement par les incendies.

Les cafés, hôtels et restaurants apparaissent comme les plus exposés : 87 % des établissements de ce secteur ayant participé à l’enquête indiquent avoir subi les conséquences de la catastrophe. La proportion atteint 73 % dans le commerce et 58 % dans l’industrie.

Ces résultats ne signifient pas que 73 % de l’ensemble des entreprises girondines ont été touchées. Ils décrivent la situation des entreprises ayant répondu à l’enquête, probablement davantage mobilisées lorsqu’elles ont rencontré des difficultés. Ils donnent cependant une indication sur l’étendue et la diversité des dommages.

Selon le dernier bilan présenté par le Gouvernement, 115 entreprises ont été directement sinistrées, tandis que 15 000 établissements ont été évacués. Le coût économique se situe donc principalement ailleurs : dans les journées non travaillées, les commandes perdues, les réservations annulées ou les dépenses nécessaires à la reprise.

Des baisses de chiffre d’affaires parfois supérieures à 50 %

Parmi les entreprises affectées, 65 % déclarent une baisse de leur chiffre d’affaires, pouvant dans certains cas dépasser 50 %.

Dans l’hôtellerie-restauration, 51 % des répondants font état d’un recul supérieur à 25 %. Près d’un quart, soit 24 %, ont perdu plus de la moitié de leur chiffre d’affaires.

Le bâtiment et les travaux publics sont également concernés, tout comme le commerce, les services et l’industrie. Une entreprise qui n’a subi aucun dégât peut avoir été contrainte de fermer parce que ses salariés avaient été évacués, qu’une route était coupée ou qu’un fournisseur ne pouvait plus assurer ses livraisons.

La fourchette de 200 à 300 millions d’euros doit donc être comprise comme une première estimation du préjudice économique global. Elle ne constitue ni le montant des destructions matérielles déjà expertisées ni celui des indemnisations qui seront versées par les assurances ou les pouvoirs publics.

Le tourisme frappé en pleine saison estivale

Les incendies sont survenus au moment où une grande partie de l’économie touristique girondine réalise l’essentiel de son activité annuelle. Parmi les professionnels interrogés, 71 % des cafés, hôtels et restaurants et 61 % des commerces signalent une baisse de fréquentation.

Un rebond a été observé par 21 % des répondants après la fin de la phase la plus aiguë de la crise. Il ne suffirait toutefois pas à compenser les pertes accumulées. Les professionnels font encore état d’un niveau d’occupation inférieur à celui des années précédentes et d’annulations se prolongeant jusqu’en septembre ou octobre.

Bordeaux a également subi le contrecoup de la catastrophe, malgré son éloignement des principaux fronts de feu. La fréquentation du centre-ville avait déjà diminué de 8,4 % en juin par rapport à 2025. Le recul s’est poursuivi en juillet sous l’effet combiné de la canicule, des fumées et des incendies, avant un léger rebond de 3 % en août.

Des pertes bien supérieures aux premières enveloppes annoncées

Cette première estimation permet également de mettre en perspective les mesures annoncées jusqu’à présent. Le 17 août, l’État a présenté une enveloppe de 10 millions d’euros pour les collectivités girondines, destinée notamment aux communes sinistrées ou mobilisées pendant les évacuations.

Cette somme ne doit pas être directement comparée aux 200 à 300 millions d’euros de pertes attribuées aux entreprises : elle ne poursuit pas le même objectif et ne leur est pas destinée.

Le Gouvernement estime plus largement que l’ensemble des mesures fiscales, sociales, économiques et territoriales pourrait dépasser 100 millions d’euros. Ce total additionne toutefois des dispositifs de différentes natures, dont certains doivent encore être précisés ou votés.

Activité partielle, exonérations, garanties bancaires et prêts peuvent limiter les conséquences de la crise sans compenser intégralement le chiffre d’affaires perdu. Les premières mesures annoncées par l’État devront donc être confrontées aux besoins réels qui apparaîtront dans les prochains mois.

Une période critique pour les trésoreries

Plus de 2 000 appels ont été adressés à la cellule de crise activée par la CCI. Les principales demandes portent sur l’activité partielle, les assurances, les reports de charges et les aides financières.

Les entreprises du bassin d’Arcachon représentent près d’un tiers des appels, devant celles de Bordeaux Métropole et du Médoc.

Plusieurs dispositifs peuvent être sollicités. Les entreprises contraintes de réduire ou de suspendre leur activité peuvent, sous certaines conditions, recourir à l’activité partielle. Des aménagements fiscaux et sociaux, des reports d’échéances bancaires et des prêts de trésorerie sont également proposés.

Une aide d’urgence pouvant atteindre 8 000 euros est ouverte à certains travailleurs indépendants dont les locaux professionnels ou l’habitation principale ont été directement sinistrés.

La CCI Bordeaux Gironde rassemble les démarches et les contacts utiles. Les entreprises concernées peuvent également joindre sa cellule de crise au 3006.

Le montant définitif des pertes ne pourra être établi qu’après les expertises des assurances, la clôture de la saison touristique et l’analyse des comptes des entreprises. La première fourchette publiée montre déjà que les conséquences des incendies ne s’arrêtent pas aux hectares parcourus par les flammes. Pour de nombreuses petites structures, la question est désormais de savoir si leur trésorerie leur permettra de traverser les prochains mois.

Écrit par

La rédaction