Bassin d’Arcachon

Incendies en Gironde : l’après-crise pèse déjà près de 9 M€ sur le Département

Relogement des sinistrés, soutien psychologique, collèges mobilisés, routes endommagées… Plus d’un mois après les incendies de l’été, l’urgence a laissé place à un accompagnement qui s’inscrit dans la durée. Le Département estime désormais à près de 9 millions d’euros l’impact de la crise sur ses finances, alors que la Gironde est déjà engagée dans un difficile plan de redressement budgétaire.

L’urgence des incendies est passée, mais pas leurs conséquences. Après les feux qui ont durement frappé la Gironde cet été, notamment autour du Porge et du Bassin d’Arcachon, le Département commence à mesurer l’ampleur de l’après-crise.

Au 8 septembre, 199 foyers avaient été accompagnés par la cellule Gironde Relogement Solidaire mise en place à la fin du mois de juillet. Parmi eux, 92 ont déjà trouvé une solution de relogement pour une durée d’un à deux ans, le temps notamment de permettre la reconstruction de leur habitation.

Les demandes, elles, continuent d’arriver.

199 foyers accompagnés, 92 déjà relogés

Créée le 29 juillet et déployée dès le 1er août au Porge, la cellule de relogement travaille avec les communes, les intercommunalités et l’État pour rechercher des solutions allant de l’hébergement temporaire au relogement plus durable.

Le Porge concentre une grande partie des situations : lors de sa conférence de presse de rentrée, le président du Département Jean-Luc Gleyze a indiqué que 161 des 199 dossiers accompagnés provenaient de cette commune.

Plus d’un mois après les incendies, de nouveaux habitants sollicitent encore les services départementaux. Selon le Département, les travailleurs sociaux réalisent entre 20 et 40 entretiens par jour pour répondre à de nouveaux besoins.

Des permanences du « Bus en + » sont également maintenues dans les communes touchées, notamment au Porge, à Lège-Cap-Ferret et à Lanton. Elles permettent d’obtenir un soutien psychosocial, mais aussi une aide dans les démarches administratives, financières ou de relogement.

Des collèges transformés en bases d’accueil

Cette mobilisation avait commencé dès les premiers jours de la crise.

Plus d’une centaine d’agents de la Direction de l’Éducation et des Collèges ont été mobilisés à partir du 24 juillet. Quatre collèges ont été ouverts pendant les incendies, notamment à Marcheprime, Villenave-d’Ornon et au Teich.

Certains ont accueilli des pompiers, des gendarmes, des membres de la Croix-Rouge ou de la Protection civile. Le collège du Teich a également hébergé des personnes évacuées d’un Ehpad d’Audenge.

Entre le 24 juillet et le 2 août, plus de 7 500 repas ont été préparés dans les collèges mobilisés. L’accompagnement ne s’est pas limité à la logistique : 24 psychologues départementaux ont assuré 53 journées de soutien psychologique, tandis que les travailleurs sociaux ont représenté 89,5 journées d’équivalent temps plein.

Routes et espaces naturels : les dégâts dépassent les habitations

L’ampleur financière de la catastrophe ne se limite toutefois pas à l’accompagnement des habitants.

Sur le réseau routier départemental, les conséquences de l’incendie de Saumos pourraient notamment concerner quelque 85 000 arbres, auxquels s’ajoutent les dégradations des chaussées, pistes cyclables, barrières et équipements de signalisation.

Le Département prévoit ainsi près de 8,1 millions d’euros pour les réparations et les opérations d’élagage sur son réseau. Cette enveloppe constitue l’une des principales composantes de l’impact financier global annoncé par la collectivité.

Les espaces naturels sensibles départementaux ont également été touchés. Quatre sites représentent au total plus de 158 hectares affectés, notamment à Lacanau, au Grand Crohot, sur le Canal des Étangs et à Castillonville.

Les infrastructures numériques ont globalement mieux résisté, notamment dans leurs parties enterrées. Gironde Numérique doit néanmoins poursuivre les opérations de rétablissement et de reconstruction sur les équipements touchés.

Près de 9 M€ dans des finances déjà sous tension

Au total, le Département évalue à ce stade à près de 9 millions d’euros l’impact financier des incendies sur ses propres finances. Une estimation encore provisoire, qui doit être précisée lors d’une séance plénière extraordinaire annoncée pour le 28 septembre.

Cette nouvelle charge intervient surtout dans un contexte budgétaire particulièrement délicat.

En juillet, la Chambre régionale des comptes a porté à 142,4 millions d’euros le déficit 2025 du Département, contre 101,8 millions retenus à l’automne dernier. La CRC considère désormais que même un retour à l’équilibre en 2029 constitue un objectif ambitieux.

Le Département est déjà engagé dans un important plan d’économies touchant son fonctionnement, ses investissements et certaines de ses politiques publiques. Il doit parallèlement continuer d’assurer ses compétences obligatoires dans les solidarités, les collèges ou encore les routes.

Les incendies ajoutent ainsi une nouvelle dépense largement imprévisible à une équation financière déjà particulièrement contrainte.

Après l’urgence, le temps long

Lors de sa conférence de presse de rentrée, Jean-Luc Gleyze a replacé les incendies dans ce contexte plus général. Le président du Département estime que les collectivités doivent faire face à des dépenses imprévues de plus en plus importantes sous l’effet des événements climatiques, alors même que leurs marges financières se réduisent.

La Gironde supporte encore certaines dépenses liées aux incendies de 2022 et doit également absorber les conséquences des tempêtes et des inondations survenues depuis.

Pour Jean-Luc Gleyze, demander aux Départements de réduire leurs dépenses tout en renforçant notamment leur contribution aux services de secours constitue une « injonction contradictoire ».

Au-delà de cette bataille politique et budgétaire, l’après-incendie se joue aujourd’hui beaucoup plus concrètement pour les habitants touchés. Sur les 199 foyers accompagnés, 92 ont à ce jour trouvé une solution de relogement pour une durée d’un à deux ans. Les autres situations restent accompagnées par la cellule départementale, les besoins continuant d’évoluer plusieurs semaines après la catastrophe.

Le Département assure que ses équipes resteront mobilisées aussi longtemps que les besoins persisteront. La séance extraordinaire du 28 septembre devrait, elle, permettre de mesurer plus précisément ce que cette mobilisation représentera pour des finances girondines déjà sous forte pression.

Écrit par

La rédaction