Bordeaux

Girondins de Bordeaux : pourquoi les nouvelles garanties n’ont pas été retenues

Les investisseurs réunis autour de Sparta Capital ont apporté 10,6 millions d’euros et présenté une garantie supplémentaire de 10 millions de dollars. Selon les éléments connus de l’avis du CNOSF, l’existence de ces fonds ne serait pas contestée. Ils n’ont cependant pas été pris en compte dans l’examen de la décision rendue en appel par la DNCG. Les Girondins doivent désormais saisir le tribunal administratif.

Les Girondins de Bordeaux ont annoncé leur intention de déposer ce lundi 17 août un référé devant le tribunal administratif. Le club espère obtenir la suspension de son exclusion des championnats nationaux, prononcée par la DNCG le 30 juin puis confirmée en appel le 15 juillet.

Cette procédure constitue désormais la principale voie d’urgence à la disposition du club. En cas d’échec, son équipe première devrait repartir au mieux en Régional 1, sixième niveau du football français. Son engagement à ce niveau doit encore être examiné par les instances régionales.

Au-delà du classement sportif, cette exclusion fragilise le plan de continuation adopté en 2025. Elle pourrait avoir des conséquences pour les salariés, les créanciers, les collectivités et l’utilisation du Stade Atlantique.

Des fonds réunis après la décision de la DNCG

Les investisseurs rassemblés autour de Sparta Capital et de Park Bench affirment disposer des moyens nécessaires pour financer la prochaine saison et respecter les échéances du club.

Selon le communiqué publié par les Girondins, 10,6 millions d’euros ont été placés sous séquestre à la Caisse des dépôts et consignations. Une garantie supplémentaire de 10 millions de dollars a également été présentée sur un compte dédié chez JP Morgan.

Sparta Capital a annoncé son intention de prendre le contrôle du club avec plusieurs investisseurs. Cette opération reste toutefois conditionnée au maintien des Girondins dans une compétition nationale. Dominique Delport doit en prendre la présidence si la transaction va à son terme.

Ces garanties n’étaient pas réunies sous cette forme lorsque la commission d’appel de la DNCG a examiné le dossier, le 15 juillet. Elles ont été apportées à la fin du mois, avant l’audition organisée par le Comité national olympique et sportif français le 5 août.

En première instance comme en appel, la DNCG avait sanctionné Bordeaux faute de garanties suffisantes pour terminer l’exercice précédent, financer la nouvelle saison et respecter les premières échéances du plan de continuation.

Le CNOSF n’aurait pas contesté l’existence des fonds

Le CNOSF a rendu vendredi 14 août une proposition de conciliation défavorable. Il recommande au club de s’en tenir à la décision de la DNCG, mais il ne prononce pas lui-même une nouvelle exclusion.

D’après les informations publiées par Sud Ouest, le conciliateur n’aurait remis en cause ni l’existence des 10,6 millions d’euros ni leur disponibilité. Il aurait également considéré que les textes n’interdisaient pas au Comité exécutif de la Fédération française de football de prendre en compte des éléments intervenus après la décision de la DNCG.

Le conciliateur aurait néanmoins adopté une position de principe : ne pas intégrer ces nouveaux éléments sans l’accord de la Fédération. Les garanties existent donc, mais elles sont postérieures à la décision examinée.

La FFF a ensuite annoncé qu’elle prenait acte de la proposition du CNOSF. Elle a indiqué qu’il revenait désormais à la société FC Girondins de Bordeaux de s’y opposer si elle souhaitait poursuivre la procédure contentieuse.

Ce que les Girondins peuvent défendre devant le tribunal

Le club devrait notamment s’appuyer sur la distinction entre l’existence actuelle des fonds et leur absence lors de l’appel du 15 juillet. Il cherchera à démontrer que sa nouvelle situation financière devait pouvoir être examinée avant qu’une exclusion définitive des compétitions nationales produise ses effets.

Pour obtenir une suspension en référé, les Girondins devront établir l’urgence et faire apparaître un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Le premier critère peut être appuyé par les conséquences immédiates de l’exclusion : le risque de liquidation de la société, les emplois menacés, les répercussions économiques pour le territoire et la situation des quelque 400 créanciers concernés par le plan de continuation.

Le second sera plus difficile à établir. Le tribunal administratif peut considérer que la commission d’appel de la DNCG a pris une décision régulière au regard des informations dont elle disposait le 15 juillet. L’amélioration ultérieure de la situation financière ne suffit pas nécessairement à rendre cette décision illégale.

Une suspension pourrait permettre au club d’obtenir un nouvel examen de sa situation. Elle ne garantit cependant ni sa réintégration dans une compétition nationale ni un nouveau passage automatique devant la DNCG.

La Ville et la Métropole soutiennent le nouveau projet

Thomas Cazenave, maire de Bordeaux et président de Bordeaux Métropole, s’est entretenu samedi 15 août avec Philippe Diallo, président de la FFF. Il affirme avoir défendu la solidité du projet porté par les investisseurs et appelé les instances du football français à faire preuve de « responsabilité et de pragmatisme ».

Le maire a également souligné les conséquences économiques et financières qu’aurait une liquidation pour Bordeaux, la Métropole et l’ensemble du territoire.

Ce soutien ne signifie pas que Bordeaux Métropole ait abandonné ses créances. En juin, Thomas Cazenave avait refusé d’effacer les quelque 20 millions d’euros d’arriérés de loyers accumulés sous la direction de Gérard Lopez.

Les collectivités ont en revanche accepté de nouvelles conditions autour du Stade Atlantique : un loyer ramené à 500 000 euros par an et une option d’achat valable pendant cinq ans, au prix déterminé par les Domaines.

L’intervention du maire n’a pas modifié la réponse de la Fédération, qui renvoie désormais le club vers la justice administrative.

Le plan de continuation fragilisé

Le plan validé le 24 juin 2025 prévoit le remboursement sur dix ans d’une dette ramenée d’environ 94 à 26 millions d’euros. Les nouveaux investisseurs affirment vouloir exécuter ce plan, honorer les quelque 20 millions d’euros de dettes concernées selon l’échéancier prévu et préserver les emplois existants.

Cette somme ne doit pas être confondue avec les quelque 20 millions d’euros d’arriérés de loyers évoqués par Bordeaux Métropole. Les périmètres comptables ne sont pas présentés de la même manière.

Une saison au niveau régional réduirait les recettes de billetterie, de partenariat et d’hospitalités, ainsi que l’exposition commerciale du club. Les investisseurs n’ont pas confirmé que leur projet serait maintenu dans cette hypothèse.

Si l’exécution du plan devenait impossible, le commissaire chargé de son suivi pourrait demander sa résolution au tribunal de commerce. Cette démarche pourrait conduire à l’ouverture d’une nouvelle procédure collective. La liquidation judiciaire constitue donc un risque, mais elle n’est ni demandée officiellement ni prononcée à ce jour.

Une inscription provisoire en Régional 1

Dans l’attente du recours, Bordeaux figure dans la poule B de Régional 1. Son premier match est programmé le samedi 29 août à Saint-Médard-en-Jalles.

Cette inscription reste provisoire. La commission régionale de contrôle des clubs doit examiner les documents comptables transmis par la direction avant que la Ligue de football Nouvelle-Aquitaine détermine le niveau auquel les Girondins pourront être engagés.

La situation tient désormais à une question de procédure autant qu’à une question financière. Les garanties demandées ont été apportées, mais après la décision de la commission d’appel. Le tribunal administratif devra déterminer si les conditions permettant de suspendre cette exclusion sont réunies.

Écrit par

La rédaction