Bordeaux

Girondins exclus : que va-t-il se passer maintenant ?

La commission d’appel de la DNCG a confirmé l’exclusion des Girondins de Bordeaux des compétitions nationales pour la saison 2026-2027. Le club pourrait repartir, au mieux, en Régional 1. Mais entre un dernier recours, la recherche d’un repreneur et les contraintes du plan de continuation, son avenir reste suspendu à plusieurs décisions.

L’appel constituait la dernière possibilité pour les Girondins de Bordeaux de conserver leur place dans les championnats nationaux devant la Direction nationale du contrôle de gestion. Elle n’a pas été saisie. Mercredi 15 juillet, la commission d’appel de la DNCG a confirmé l’exclusion prononcée deux semaines plus tôt contre l’équipe première masculine.

Après deux saisons disputées en National 2, Bordeaux pourrait désormais repartir en Régional 1, le sixième niveau du football français. La chute est vertigineuse pour le sextuple champion de France, relégué de Ligue 1 en 2022 avant de perdre son statut professionnel deux ans plus tard. Mais la division dans laquelle évoluera l’équipe première n’est qu’une partie du problème. C’est désormais la capacité du club à financer durablement son activité qui se trouve de nouveau interrogée.

Une exclusion confirmée faute de garanties financières

Le 30 juin, la DNCG avait décidé d’exclure les Girondins de toutes les compétitions nationales pour la saison à venir. Le club avait immédiatement annoncé son intention de faire appel afin de finaliser son financement et de présenter de nouvelles garanties.

Il lui fallait réunir entre 9 et 10 millions d’euros pour couvrir les besoins de la saison 2026-2027 et respecter ses engagements. Un accord de principe avait été annoncé quelques semaines plus tôt avec Sparta Capital. Le fonds devait prendre une participation majoritaire dans le capital du club, jusque-là contrôlé par Gérard Lopez.

Ce projet de cession n’a toutefois pas abouti avant l’audience et les discussions avec Sparta Capital ont pris fin. Sans nouvel apport financier à présenter, les dirigeants bordelais n’ont pas réussi à convaincre la commission d’appel de revenir sur sa première décision du 30 juin.

La Régional 1 reste le meilleur scénario sportif

L’exclusion des championnats nationaux ne signifie pas que les Girondins sont automatiquement inscrits en Régional 1. Elle ferme la porte au National 2 et au National 3, mais le niveau auquel le club pourra repartir doit encore être déterminé par les instances du football régional.

La Régional 1 représente donc, à ce stade, le meilleur scénario sportif possible pour l’équipe première masculine. Encore faut-il que le club présente une structure, un budget et des garanties suffisantes pour être engagé et assurer une saison complète. Les clubs évoluant à ce niveau restent soumis au contrôle juridique et financier de la Ligue de football Nouvelle-Aquitaine.

Privés de l’exposition d’une compétition nationale, les Girondins devraient composer avec des recettes commerciales et une billetterie nécessairement réduites. Dans le même temps, le club conserve une organisation et des charges sans commune mesure avec celles de la plupart de ses éventuels futurs adversaires.

Le CNOSF, un dernier recours sans garantie

La décision de la commission d’appel de la DNCG ne ferme pas totalement la voie des recours. Le club dispose de quinze jours pour saisir le Comité national olympique et sportif français et demander une conciliation. Les Girondins ont déjà utilisé cette procédure en 2022 et en 2024, avec des résultats différents.

Le CNOSF ne se substitue pas à la DNCG et ne peut pas décider directement du maintien du club dans une compétition nationale. Son conciliateur formule une proposition, que les parties peuvent accepter ou refuser et sur laquelle la Fédération française de football doit ensuite se prononcer.

Une difficulté importante subsiste toutefois. La conciliation porte normalement sur les éléments présentés devant la commission d’appel. Un financement ou un projet de cession finalisé après l’audience pourrait être considéré comme un élément nouveau et ne pas être pris en compte dans les mêmes conditions.

Un recours permettrait néanmoins au club de contester la décision et de poursuivre ses démarches. Mais sans garanties financières suffisamment solides, la procédure aurait peu de chances de modifier le fond du dossier.

Un plan de continuation désormais fragilisé

L’incertitude dépasse largement le cadre sportif. En juin 2025, le tribunal de commerce de Bordeaux avait homologué un plan de continuation permettant au club de sortir du redressement judiciaire et d’éviter la liquidation.

Ce plan ramenait la dette à environ 26 millions d’euros, contre 94 millions auparavant, avec des remboursements étalés sur une période pouvant aller jusqu’à dix ou onze ans selon les catégories de créanciers. Il reposait également sur une trajectoire sportive ambitieuse, avec la perspective d’un retour en Ligue 1 à l’horizon 2030.

L’exclusion des championnats nationaux bouleverse nécessairement ces perspectives. Un club évoluant en Régional 1 ne peut pas compter sur les mêmes recettes commerciales, la même billetterie ni la même attractivité auprès des partenaires et des joueurs. La capacité des Girondins à respecter les échéances prévues par le plan devra donc être réévaluée.

La sanction de la DNCG ne provoque pas automatiquement une liquidation judiciaire. Celle-ci relève du tribunal de commerce, chargé de surveiller l’exécution du plan. Mais si le club ne peut plus financer son activité ou tenir ses engagements, la justice commerciale pourrait être amenée à examiner de nouveau sa situation.

Des conséquences qui dépassent l’équipe première

Une nouvelle relégation administrative aurait aussi des conséquences humaines et territoriales. L’avenir des salariés, des éducateurs et des différentes équipes dépendra des choix budgétaires effectués dans les prochaines semaines. En 2024, le club avait déjà abandonné son statut professionnel et renoncé à l’agrément de son centre de formation afin de réduire ses dépenses.

La question du Stade Atlantique se posera également. Son coût et sa capacité paraissent difficilement adaptés à une équipe susceptible d’évoluer au niveau régional. La possibilité d’y maintenir les rencontres des Girondins devra donc être discutée avec les acteurs concernés, notamment Bordeaux Métropole.

Pour les collectivités comme pour les entreprises locales créancières, cette nouvelle crise n’est donc pas une affaire strictement sportive. Elle concerne également des emplois, des équipements publics, des dettes et une institution qui conserve une place particulière dans l’identité bordelaise.

Le club entre recours, cession et risque judiciaire

À court terme, trois scénarios restent possibles. Le premier passe par un recours devant le CNOSF. Le deuxième repose sur l’arrivée rapide d’un repreneur capable de financer l’activité et d’assumer le plan de continuation. Le troisième conduirait à un redémarrage en Régional 1, avec une structure et un budget profondément réduits.

Si aucune solution ne permet de rétablir un financement viable, la question d’une liquidation judiciaire pourrait finir par se poser. Elle ouvrirait alors une autre période, celle d’une éventuelle reconstruction du football bordelais sur des bases entièrement nouvelles.

La décision du 15 juillet ne signe donc pas encore la disparition des Girondins de Bordeaux. Elle marque en revanche une nouvelle rupture dans l’histoire du club, désormais écarté des championnats nationaux. Au-delà du recours envisagé et de la division dans laquelle l’équipe pourrait repartir, une question domine désormais toutes les autres : existe-t-il encore un projet suffisamment financé pour assurer durablement l’avenir du club ?

Écrit par

La rédaction