La préfète de la Gironde a signé l’autorisation environnementale du projet Pure Salmon au Verdon-sur-Mer. L’arrêté impose une montée en puissance progressive et plusieurs dispositifs de surveillance. Mais cette décision, attendue depuis l’avis favorable du CODERST début juillet, ne met pas fin aux inquiétudes autour de l’eau, des rejets et des conséquences pour l’estuaire.
Le projet d’élevage terrestre de saumons porté par la société Saumon du Médoc vient de franchir une étape décisive. Sophie Brocas, préfète de la région Nouvelle-Aquitaine et de la Gironde, a signé le 3 août l’arrêté d’autorisation environnementale permettant son implantation sur la zone industrialo-portuaire du Verdon-sur-Mer.
Cette décision intervient après plusieurs années d’instruction et de contestation. Elle s’appuie notamment sur l’avis favorable rendu le 24 mars par la commission d’enquête publique, assorti de réserves, puis sur celui du Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques, le 2 juillet.
Une production de 10 000 tonnes de saumons par an
Pure Salmon prévoit de construire un élevage en circuit fermé terrestre, fondé sur la technologie RAS, pour « Recirculating Aquaculture System ». Le projet doit permettre de produire jusqu’à 10 000 tonnes de saumons par an, élevés en bassins depuis l’éclosion jusqu’à l’abattage et à la transformation.
La préfecture présente cette implantation comme la reconversion d’une friche industrialo-portuaire située à la pointe du Médoc. Elle reprend également les prévisions de 250 emplois directs avancées autour du projet et souligne que 99 % du saumon consommé en France est actuellement importé.
Ces promesses économiques ont convaincu une partie des élus locaux, qui voient dans cette usine une possibilité de redynamiser le territoire. Elles restent néanmoins discutées par les opposants, notamment au regard du degré d’automatisation attendu et des effets possibles de l’installation sur les autres activités liées à l’estuaire.
Une montée en puissance conditionnée aux contrôles
L’arrêté préfectoral prévoit une mise en service progressive de l’élevage. Le passage aux différentes étapes de production devra être conditionné aux résultats des suivis environnementaux et au respect des prescriptions imposées à l’exploitant.
Celles-ci portent notamment sur la qualité de l’air, les rejets aqueux, les boues produites, la biodiversité, le bruit, les odeurs, les émissions lumineuses, les risques industriels et la gestion des déchets.
La question de l’eau, au cœur de la contestation depuis les débuts du projet, doit faire l’objet d’une surveillance particulière. Des contrôles sont prévus sur la nappe saumâtre du Plioquaternaire utilisée par l’installation ainsi que sur la nappe sous-jacente de l’Éocène. Trois points de surveillance, définis après expertise du Bureau de recherches géologiques et minières, doivent permettre d’observer les conséquences des prélèvements.
Les eaux rejetées dans le milieu naturel devront également être analysées. Les boues issues de l’élevage seront contrôlées avant leur transfert vers une unité de méthanisation chargée de les valoriser.
Une commission de suivi de site réunira les services de l’État, les collectivités, des associations environnementales ainsi que des représentants des instances chargées de la gestion de l’eau et des espaces naturels, dont le Parc naturel marin. Elle devra examiner les résultats des contrôles et le respect des obligations imposées à l’entreprise.
Des inquiétudes qui ne disparaissent pas avec l’arrêté
Ces dispositions visent à répondre à des préoccupations exprimées depuis plusieurs années par des habitants, des associations et plusieurs organismes scientifiques. Leurs réserves concernent notamment les besoins en eau et en énergie, les rejets dans l’estuaire, la gestion des déchets, le bien-être animal et les risques liés à un élevage de cette ampleur.
L’enquête publique avait suscité une participation exceptionnelle, avec près de 23 000 contributions, dont 98 % défavorables selon le WWF. En juin, la contestation avait également pris une dimension nationale avec une tribune publiée par Reporterre, portée par Seastemik et signée par plus de 200 personnalités.
Parmi les signataires figuraient des élus, des scientifiques, des professionnels de la mer, des responsables associatifs et des artistes, dont Isabelle Autissier, Camille Étienne, Allain Bougrain Dubourg et Guillaume Meurice. Tous appelaient la préfète et les membres du CODERST à refuser le projet, au nom de la préservation de l’estuaire, de ses activités existantes et du bien-être animal.
Le WWF avait également maintenu son opposition après l’avis favorable de la commission d’enquête. L’organisation estimait que des incertitudes subsistaient sur la gestion de la ressource en eau, l’alimentation des poissons et les risques techniques liés au système de recirculation. Plusieurs associations avaient par ailleurs annoncé leur intention de saisir la justice si l’autorisation environnementale était accordée.
En avril, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut avait elle-même exprimé, à titre personnel, son opposition à ce projet lors d’une audition au Sénat. Elle avait toutefois rappelé que la procédure d’autorisation suivait son cours sous l’autorité de la préfecture.
Au-delà du projet, un modèle de consommation en débat
Au-delà de son implantation au Verdon-sur-Mer, le projet interroge aussi les habitudes alimentaires françaises. Le saumon est présenté par la préfecture comme le poisson le plus consommé en France, alors que 99 % de celui qui arrive dans les assiettes est importé. Pure Salmon défend ainsi une production nationale susceptible de réduire cette dépendance.
Les conditions d’élevage font également partie des points contestés. Les saumons doivent passer l’ensemble de leur cycle de croissance dans des bassins couverts, avec une densité jugée élevée par les associations de protection animale. Le système repose par ailleurs sur un fonctionnement continu des équipements de filtration, d’oxygénation et de refroidissement, ce qui soulève la question des conséquences possibles d’une panne ou d’un incident technique.
La préfecture affirme de son côté que la maîtrise des paramètres d’élevage doit permettre une production respectueuse du bien-être animal et sans antibiotiques. Les opposants considèrent toutefois que le contrôle de l’eau et l’absence annoncée de traitements ne suffisent pas à répondre aux interrogations sur la densité, le stress, les conditions de vie et l’abattage de poissons élevés à cette échelle.
Relocaliser l’élevage ne règle donc pas toutes les questions soulevées par la place prise par le saumon dans la consommation française. L’alimentation des poissons, les besoins énergétiques nécessaires au fonctionnement des bassins, la gestion des rejets et les conditions d’élevage restent au cœur du débat. Pour les opposants, l’enjeu ne consiste pas seulement à produire en France ce qui était auparavant importé, mais à interroger plus largement le modèle alimentaire auquel répond ce projet.
Bordeaux Gazette avait détaillé en janvier les enjeux économiques et environnementaux du projet Pure Salmon, avant de revenir en juillet sur l’avis favorable rendu par le CODERST.
L’autorisation environnementale ouvre désormais une nouvelle phase, sans signifier pour autant un démarrage immédiat du chantier. Le projet reste soumis au respect des prescriptions imposées et des autres démarches nécessaires à sa réalisation. La contestation pourrait désormais se déplacer devant la justice, plusieurs organisations ayant annoncé leur intention d’engager des recours en cas d’autorisation.



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