Les communes de Blanquefort et de Saint-Louis-de-Montferrand, la SEPANSO Gironde et des riverains annoncent un recours contre la modification du PLUi liée au projet EMME. Ils ne contestent pas, disent-ils, le principe industriel du projet, mais son implantation à Grattequina, en zone humide et inondable, au bord de la Garonne.
Le projet EMME entre dans sa phase judiciaire. Après plusieurs mois de réserves sur son implantation à Grattequina, entre Parempuyre et Blanquefort, les communes de Blanquefort et de Saint-Louis-de-Montferrand, la SEPANSO Gironde et des riverains annoncent un recours commun contre l’arrêté préfectoral de mise en conformité du Plan local d’urbanisme intercommunal. Un recours contre le permis de construire délivré dans le cadre de cette opération est également annoncé.
Porté par la société EMME, le projet consiste à installer à Grattequina une unité de conversion de nickel et de cobalt, deux métaux utilisés notamment dans les batteries et les filières de transition énergétique. Le site serait classé Seveso seuil haut en raison des substances manipulées. C’est précisément cette combinaison, métaux stratégiques, risque industriel, proximité de la Garonne et implantation en zone humide, qui cristallise aujourd’hui les oppositions.
Pour les requérants, le point de rupture n’est pas l’industrie en elle-même, mais le lieu retenu : un secteur situé au contact direct de la Garonne, présenté par eux comme zone humide, cœur de biodiversité et espace exposé au risque d’inondation.
« Pas contre l’industrie », mais contre le site
C’est le message martelé par Véronique Ferreira, maire de Blanquefort. L’élue insiste : sa commune n’est pas opposée à l’industrie, ni même par principe aux sites classés Seveso. Blanquefort a une histoire industrielle ancienne et travaille encore à la réindustrialisation d’anciens fonciers, notamment autour de l’ex-site Ford.
Mais, selon elle, le dossier EMME pose une autre question : celle de l’implantation d’une activité à risque dans une zone humide et inondable. La maire pointe aussi un problème d’équité entre les projets industriels. D’autres sites déjà artificialisés se verraient imposer des contraintes environnementales fortes, tandis que le site de Grattequina bénéficierait, selon les requérants, d’une lecture plus favorable malgré sa sensibilité écologique et hydraulique.
La modification du PLUi est au cœur de la contestation. Les requérants dénoncent le passage du secteur dans un zonage permettant l’accueil d’activités portuaires et industrielles. Leur avocat, Me Olivier Chambord, conteste notamment l’idée que le projet relèverait suffisamment d’une activité portuaire pour justifier cette implantation. Selon lui, le raffinage de nickel et de cobalt pourrait être réalisé ailleurs qu’en bord de fleuve, certaines activités comparables étant installées loin des ports et desservies par d’autres modes de transport.
Saint-Louis-de-Montferrand se dit en première ligne
De l’autre côté de la Garonne, Saint-Louis-de-Montferrand se considère directement concernée. La commune, située à environ 800 mètres à vol d’oiseau du site, redoute une aggravation du risque d’inondation. Delphine Sicet, première adjointe de Saint-Louis-de-Montferrand, a rappelé que ce territoire vit déjà avec une forte exposition au risque, dans une commune où les zones d’expansion des crues jouent un rôle essentiel de protection.
L’inquiétude porte notamment sur les remblais nécessaires à la mise hors d’eau du site industriel. Pour les élus de Saint-Louis-de-Montferrand, l’eau empêchée de s’étaler à un endroit ira nécessairement ailleurs. Les requérants estiment que la disparition d’une zone d’expansion des crues face à la commune pourrait fragiliser davantage un territoire déjà vulnérable.
La commune avance aussi des préoccupations de cadre de vie : bruit d’une usine fonctionnant 24 heures sur 24, pollution lumineuse, vue sur des zones de stockage, impact possible sur les projets de mise en tourisme de la presqu’île. Ces éléments relèvent des arguments portés par les requérants et devront être examinés dans le cadre des procédures engagées.
Biodiversité, inondation, concertation : les griefs s’accumulent
La SEPANSO Gironde inscrit pour sa part le dossier dans un contexte plus large : celui de l’adaptation au changement climatique et de la protection des zones humides en bord de fleuve. Florence Bougault, qui représentait l’association lors de la conférence de presse, a insisté sur la situation du site dans le lit majeur de la Garonne et sur le rôle des zones humides dans l’absorption des crues.
Dans le communiqué présenté le 30 juin, les requérants évoquent 15 hectares de zones humides directement impactées et la proximité de sites Natura 2000. Ils contestent également la solidité du dossier scientifique. Les inventaires faune-flore sont jugés incomplets, certaines investigations écologiques étant, selon eux, encore en cours au moment de l’enquête publique. Le communiqué mentionne aussi des avis défavorables ou réservés de plusieurs instances, dont le Conseil national de la protection de la nature.
Autre grief : la concertation. Les requérants pointent notamment l’absence de consultation du Conseil scientifique de l’estuaire par le Grand Port Maritime de Bordeaux, ainsi que la signature d’une convention d’occupation du domaine public de 50 ans avec la société EMME, sans mise en concurrence selon eux.
Une contestation ancienne qui change d’échelle
Le dossier ne surgit pas avec cette conférence de presse. Dès septembre 2025, des critiques politiques et écologistes s’étaient exprimées autour du projet. Mais le recours annoncé fin juin donne désormais une traduction juridique à une contestation qui s’est progressivement structurée autour du choix du site.
Pour les requérants, la ligne est claire : il ne s’agit pas de remettre en cause la réindustrialisation, mais de demander au juge administratif si cette implantation respecte bien les règles d’urbanisme, de prévention des risques et de protection de l’environnement.
La bataille autour du projet EMME quitte donc le seul terrain politique pour entrer dans celui du droit. Les opposants espèrent une suspension rapide des effets du permis afin d’éviter le démarrage de travaux qu’ils jugent difficilement réversibles. Le juge devra, lui, trancher entre l’intérêt industriel revendiqué du projet et les griefs soulevés sur le risque inondation, la biodiversité, la procédure et le principe de précaution.
Les arguments avancés par les requérants devront désormais être examinés par la justice administrative. Le porteur du projet et les services de l’État défendent, eux, une implantation présentée comme stratégique pour la filière des métaux critiques, dans un contexte de réindustrialisation et de transition énergétique.



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