Bordeaux

Bordeaux Métropole : 182 M€ d’économies face à la crise financière

Dette à 2,3 milliards d’euros, capacité de désendettement projetée à 19,2 ans fin 2026, 72 millions d’euros d’économies à trouver dès 2027 : Thomas Cazenave a consacré une large partie de sa conférence de presse de rentrée à la situation financière de Bordeaux Métropole. Le président annonce un « plan de sauvegarde » et un conseil métropolitain exceptionnel en novembre.

« Nous sommes dos au mur. » Jeudi 24 septembre, à l’Hôtel de Bordeaux Métropole, Thomas Cazenave a consacré la seconde partie de sa conférence de presse de rentrée à un sujet appelé à peser lourdement sur le début de son mandat : les finances de la collectivité.

Quelques jours plus tôt, la conférence de rentrée de la mairie de Bordeaux avait surtout été placée sous le signe de l’adaptation climatique après un été exceptionnel. À Bordeaux Métropole, le ton est différent : si le climat et les mobilités restent présents, ce sont les finances qui s’imposent comme le dossier central de cette rentrée.

Le président de la Métropole s’appuie sur les conclusions complémentaires de l’audit commandé après son élection. Elles lui ont été présentées le 21 septembre. Le constat dressé est particulièrement sévère : « La métropole de Bordeaux est au bord du gouffre », a lancé Thomas Cazenave devant les journalistes.

Une dette totale annoncée à 2,3 milliards d’euros

Selon les chiffres présentés par le vice-président aux finances Emmanuel Sallaberry, la dette du seul budget principal approcherait 1,6 milliard d’euros, pour atteindre 2,3 milliards en prenant en compte l’ensemble de l’établissement.

Autre indicateur mis en avant : la capacité de désendettement du budget principal atteindrait 19,2 années à la fin de 2026. Les remboursements annuels d’emprunts, qui représentaient environ 40 millions d’euros en 2020, devraient atteindre 160 millions en 2027, selon les projections présentées lors de la conférence.

Le changement de diagnostic est important. Fin 2025, Bordeaux Métropole tablait encore sur une capacité de désendettement restant sous les douze ans, avec un retour autour de dix ans à l’horizon 2028. L’audit présenté en septembre 2026 projette désormais 19,2 années dès la fin de 2026.

Pour expliquer la dégradation de la trajectoire financière, l’audit met notamment en avant des dépenses de fonctionnement ayant progressé plus rapidement que les recettes, tandis que le niveau élevé d’investissement a été largement financé par l’endettement. La baisse de l’épargne disponible détériore également mécaniquement la capacité de désendettement.

À ces facteurs propres à la trajectoire métropolitaine s’ajoute un contexte national moins favorable aux collectivités. Dès la préparation du budget 2026, Bordeaux Métropole estimait à près de 67 millions d’euros l’impact cumulé sur son épargne des mesures nationales de 2025 et 2026, dans un environnement également marqué par une croissance faible et des recettes de TVA moins dynamiques.

Lors de la conférence de rentrée, Emmanuel Sallaberry a de son côté évalué à 50 millions d’euros entre 2021 et 2025 l’effet des décisions de l’État sur la situation actuelle, en précisant que ces contraintes concernent l’ensemble des métropoles.

Le cas bordelais reste toutefois singulier par l’ampleur de la dégradation aujourd’hui présentée : l’audit projette une capacité de désendettement à 19,2 ans et une épargne nette négative.

L’audit identifie également d’autres facteurs. Emmanuel Sallaberry a notamment évoqué près de 500 postes supplémentaires créés lors du précédent mandat et indiqué que la masse salariale annuelle aurait augmenté d’environ 77 millions d’euros en cinq ans. Il chiffre également à 25 millions d’euros par an l’augmentation des frais généraux et à 19 millions le poids annuel de la mutualisation.

72 millions d’euros à trouver dès 2027

Pour inverser la trajectoire, Bordeaux Métropole estime devoir réaliser 182 millions d’euros d’économies de gestion d’ici 2032, par rapport au niveau de dépenses de 2026.

L’essentiel de l’effort serait concentré sur le début du mandat : 150 millions d’euros au cours des trois prochaines années, dont 72 millions dès 2027, selon la synthèse publiée par Bordeaux Métropole après la conférence. Le plan pluriannuel d’investissement doit parallèlement être réduit d’environ un milliard d’euros sur la mandature.

Lors de la conférence, Thomas Cazenave avait arrondi l’effort immédiat à « 70 millions d’euros ». « Si ces économies ne sont pas là, le budget n’est pas équilibré. Si le budget n’est pas équilibré, nous sommes mis sous tutelle », a-t-il prévenu.

La Métropole a par ailleurs été intégrée au réseau d’alerte de la Direction générale des finances publiques sur la base de ses comptes 2025. Thomas Cazenave a demandé à la préfète et à la direction régionale des finances publiques de produire leur propre analyse de la situation financière.

L’objectif affiché est précisément d’éviter que les arbitrages budgétaires ne soient, à terme, imposés de l’extérieur.

Masse salariale, communes, investissements : les arbitrages restent à faire

Reste désormais la question la plus concrète : où économiser ?

Aucune décision détaillée n’a encore été annoncée. L’exécutif entend examiner l’ensemble des dépenses de fonctionnement : masse salariale, soutien aux communes, financements versés à différents opérateurs ou encore frais généraux.

Interrogé sur l’hypothèse d’un plan de licenciements parmi les agents métropolitains, Thomas Cazenave n’a pas annoncé de suppressions de postes. Il a indiqué qu’aucune option n’était arrêtée à ce stade et que les différents postes de dépenses seraient examinés dans le cadre du travail confié au vice-président aux finances.

Les investissements seront eux aussi revus. Les études sur un nouveau franchissement de la Garonne par le tramway se poursuivent, mais Thomas Cazenave reconnaît désormais que tous les projets ne pourront peut-être pas être réalisés pendant le mandat.

La priorité affichée reste de préserver une capacité d’investissement, notamment dans les mobilités et l’adaptation au changement climatique.

Le président refuse toutefois de parler d’un « mandat d’austérité ». Pour lui, l’effort demandé sur le fonctionnement doit précisément permettre de continuer à investir. « Quand je dis nous sommes au bord du gouffre, ce n’est pas faire preuve de catastrophisme », a-t-il affirmé en conclusion.

Premier grand test pour la nouvelle majorité métropolitaine

Le défi sera également politique. Élu président de Bordeaux Métropole en avril dernier, Thomas Cazenave avait installé une « majorité de projet » réunissant principalement la droite et le centre, avec le soutien des élus socialistes.

Cinq mois plus tard, cette majorité composite va devoir affronter son premier grand arbitrage financier.

Thomas Cazenave a annoncé qu’il écrirait à chacun des présidents de groupes politiques pour leur demander de formuler des propositions permettant d’atteindre les objectifs d’économies.

Un conseil métropolitain exceptionnel sera convoqué en novembre, entièrement consacré à la situation financière. C’est à ce moment-là que devraient commencer à apparaître les choix concrets derrière les 182 millions d’euros d’économies aujourd’hui annoncés.

Écrit par

La rédaction