Bordeaux

Investissement : la Gironde capte une part record des fonds

France Invest a présenté à Bordeaux des chiffres 2025 très favorables pour la Nouvelle-Aquitaine. Près de 1,5 milliard d’euros ont été investis dans la région, mais cette dynamique reste très concentrée : la Gironde capte à elle seule une part écrasante des montants engagés.

La Nouvelle-Aquitaine attire toujours les capitaux, mais tous les territoires n’en profitent pas avec la même intensité. En 2025, les fonds du capital-investissement ont injecté 1,471 milliard d’euros dans la région, contre 827 millions d’euros en 2024. Ces chiffres ont été présentés lundi 27 avril à la Cité du Vin, à Bordeaux, par France Invest, l’organisation professionnelle qui représente en France les acteurs du capital-investissement, de la dette privée et de l’infrastructure.

La rencontre était consacrée au financement et à la transformation des entreprises du territoire. Dans la salle, le ton se voulait confiant, porté par des données régionales en forte progression. Mais derrière le bon chiffre global, une réalité s’impose : l’attractivité de la Nouvelle-Aquitaine passe très largement par la Gironde.

Le chiffre impressionne. Il demande aussi à être lu avec précision. Car cette progression ne traduit pas une multiplication des dossiers. En 2025, 134 opérations ont été recensées en Nouvelle-Aquitaine, contre 141 l’année précédente. Moins d’opérations, donc, mais des montants beaucoup plus élevés. La hausse s’explique principalement par la réalisation de quelques opérations de grande taille, notamment sur des tickets supérieurs à 50 millions d’euros.

Le capital-investissement consiste, pour des fonds spécialisés, à entrer au capital d’entreprises non cotées afin de financer leur développement, leur transmission ou leur transformation. France Invest fédère ces acteurs financiers et publie régulièrement des données sur leur activité, à l’échelle nationale comme régionale.

Dans ce paysage, la Nouvelle-Aquitaine confirme son rang. Elle s’impose comme la deuxième région hors Île-de-France en montants investis et la troisième en nombre d’entreprises accompagnées. Elle apparaît désormais comme un territoire bien identifié par les investisseurs, au même titre que d’autres grandes régions économiques françaises.

Une performance régionale, un déséquilibre territorial

Le point le plus marquant de la présentation tient à la géographie des investissements. Selon les données présentées lors de la rencontre, la Gironde concentre près de 85 % des montants investis en Nouvelle-Aquitaine en 2025, pour un peu plus de la moitié des entreprises accompagnées. Autrement dit, le département attire les plus grosses opérations, quand d’autres territoires régionaux restent davantage positionnés sur des tickets plus modestes.

Cette domination girondine n’est pas une surprise. Bordeaux et sa métropole concentrent une partie des sièges, des réseaux d’accompagnement, des cabinets de conseil, des banques d’affaires, des fonds et des entreprises en forte croissance. À la Cité du Vin, le constat a donc pris une double lecture : la région attire, mais Bordeaux et la Gironde concentrent une grande part de cette dynamique.

La dynamique bordelaise repose aussi sur un écosystème économique diversifié. La métropole et son département mêlent des activités historiques, comme le vin ou certains savoir-faire industriels, et des secteurs d’avenir : santé, numérique, aéronautique, énergie, robotique ou services aux entreprises. C’est cette combinaison qui rend le territoire lisible pour les investisseurs.

Mais cette concentration interroge. Si la Gironde joue le rôle de locomotive, elle peut aussi accentuer les écarts avec les autres départements néo-aquitains. Le défi n’est donc pas seulement d’attirer des capitaux, mais de mieux les diffuser. Pour une grande région comme la Nouvelle-Aquitaine, l’enjeu est de transformer la puissance bordelaise en levier plutôt qu’en point d’aspiration.

L’industrie reste forte, la santé accélère

Les secteurs soutenus en 2025 confirment plusieurs lignes de force régionales. La santé arrive en tête en montants investis, portée par plusieurs opérations importantes. L’industrie, elle, reste le premier secteur en nombre d’entreprises accompagnées. Elle représente près de 30 % des opérations réalisées dans la région.

Ce poids industriel n’est pas anecdotique. Il rappelle que la Nouvelle-Aquitaine n’est pas seulement une région de services ou de tourisme. L’aéronautique, l’industrie manufacturière, la robotique et certaines activités de production continuent d’y structurer une partie importante du tissu économique. Dans un contexte national marqué par les débats sur la réindustrialisation, ce signal n’est pas neutre.

Le numérique conserve également une place importante, tout comme l’énergie. France Invest souligne notamment le dynamisme des investissements liés aux énergies renouvelables. Là encore, le sujet dépasse la seule logique financière : il touche à la capacité du territoire à accompagner sa transition énergétique tout en créant de nouvelles filières économiques.

Le segment Venture & Growth, qui concerne les start-up et les entreprises en forte croissance, se maintient lui aussi à haut niveau. Il concentre plus de 40 % des entreprises soutenues dans la région. Cette tendance illustre l’accélération observée depuis plusieurs années autour des entreprises innovantes, notamment dans la santé, l’industrie et le numérique.

Des PME aussi concernées

Les grands tickets attirent l’attention, mais ils ne racontent pas toute l’histoire. En 2025, 41 entreprises régionales ont ouvert leur capital pour la première fois à un membre de France Invest, pour un montant agrégé de 84 millions d’euros. Ce chiffre montre que le capital-investissement reste aussi un outil de développement pour des PME et des entreprises familiales qui cherchent à franchir un cap.

Pour certaines, il s’agit de financer une croissance externe. Pour d’autres, de préparer une transmission, de structurer une gouvernance ou de renforcer leurs fonds propres dans un environnement économique plus incertain. L’investissement n’est pas seulement une affaire de start-up ou de très grosses opérations. Il peut aussi accompagner des entreprises plus discrètes, ancrées dans les territoires.

C’est l’un des enseignements de cette rencontre bordelaise : le capital-investissement irrigue un tissu économique plus large qu’on ne l’imagine souvent. À l’échelle nationale, France Invest rappelle que les entreprises accompagnées sont majoritairement des start-up et des PME, et non uniquement des ETI ou des grands groupes. En Nouvelle-Aquitaine, cette logique se retrouve dans le nombre de dossiers accompagnés, même si les montants restent très concentrés.

Bordeaux confirme son rôle de vitrine économique

En accueillant cette rencontre à la Cité du Vin, Bordeaux a une nouvelle fois servi de vitrine régionale. La ville concentre les événements économiques, les réseaux d’affaires et une partie importante des opérations financières. Cette visibilité profite à l’image de la Nouvelle-Aquitaine, mais elle rappelle aussi une réalité : dans la compétition entre territoires, les métropoles captent souvent les regards avant les périphéries.

Pour Bordeaux et la Gironde, les chiffres 2025 sont donc une bonne nouvelle. Ils confirment la capacité du territoire à attirer des capitaux, à faire émerger des dossiers visibles et à peser dans les choix des investisseurs. Pour la Nouvelle-Aquitaine, le bilan est plus nuancé : la région progresse fortement, mais cette progression repose largement sur sa locomotive girondine.

Reste désormais à transformer cette dynamique en développement équilibré. Car l’enjeu des prochaines années ne sera pas seulement de battre de nouveaux records d’investissement. Il sera de savoir si ces capitaux contribuent réellement à renforcer l’ensemble du tissu économique régional, de Bordeaux aux autres bassins d’activité de Nouvelle-Aquitaine.

En 2025, la Nouvelle-Aquitaine confirme qu’elle compte dans le paysage français du capital-investissement. Mais derrière le bon chiffre régional, une évidence s’impose : c’est bien la Gironde qui tire la majorité du mouvement.

Écrit par

Patrick Delhoume