Six mois après son élection, Thomas Cazenave a présenté, ce lundi 12 octobre, les grandes orientations de sa politique commerciale. Création d’une foncière pour agir sur les locaux vacants, expérimentation d’un cashback local, simplification des démarches et animations commerciales : la municipalité précise ses engagements pour renforcer l’attractivité de Bordeaux. Plusieurs mesures restent toutefois à concrétiser.
Après les premières décisions sur le stationnement et la taxation des commerces vacants, la Ville de Bordeaux présente désormais une stratégie plus large. Ce lundi 12 octobre, à l’occasion d’une réception organisée à l’hôtel de ville pour les nouveaux commerçants, Thomas Cazenave a détaillé les priorités de la municipalité pour soutenir un secteur confronté à de profondes mutations.
Bordeaux compte quelque 7 000 commerçants et artisans, selon le chiffre avancé par le maire. Entre concurrence du commerce en ligne, hausse des charges et évolution des habitudes d’achat, les difficultés sont nombreuses. L’été 2026, marqué par les fortes chaleurs et les incendies en Gironde, a également pesé sur l’activité, selon la municipalité.
Une enquête de Bordeaux Mon Commerce, présentée en juin, avait déjà mis en évidence un paradoxe : le centre-ville conserve son attractivité, mais celle-ci ne se traduit pas toujours par des achats. Si 55 % des personnes interrogées citaient le shopping parmi leurs motifs de venue à Bordeaux, 51 % déclaraient fréquenter les commerces du centre-ville moins d’une fois par mois. L’accès, le stationnement et les temps de trajet figuraient parmi les principaux freins.
Une foncière commerciale pour agir sur les locaux vacants
Parmi les annonces les plus importantes figure la création d’une foncière commerciale. Déjà évoquée pendant la campagne municipale, cette structure doit permettre à la collectivité d’acquérir certains locaux stratégiques, notamment grâce à l’exercice ciblé du droit de préemption commercial.
L’objectif affiché est de favoriser leur occupation et de préserver une diversité de commerces dans les quartiers.
Cette mesure viendrait compléter la taxe sur les friches commerciales, votée lors du conseil municipal du 28 septembre et applicable à compter du 1er janvier 2027. Pour justifier cette décision, la Ville avait notamment fait état d’une progression du taux de vacance commerciale, passé de 4,5 % en 2018 à 7,6 % en 2024.
La municipalité s’engage désormais à réinvestir le produit de cette taxe dans l’amélioration des espaces publics à proximité des commerces concernés, notamment les trottoirs et l’éclairage.
La question des loyers commerciaux est également abordée. Thomas Cazenave souhaite soutenir auprès de la préfète la création d’une commission de conciliation des baux commerciaux. Une conférence annuelle réunissant les propriétaires de locaux commerciaux est aussi envisagée pour favoriser le dialogue sur les loyers et les locaux qui peinent à trouver preneur.
Reste à connaître les moyens dont disposera la future foncière, son budget et le nombre de locaux susceptibles d’être concernés.
Du cashback pour encourager les achats à Bordeaux
Autre mesure annoncée, cette fois directement tournée vers les consommateurs : l’expérimentation d’un système de cashback local.
Le principe annoncé consiste à récompenser les achats effectués dans les commerces bordelais par des réductions accordées aux clients. La municipalité espère ainsi encourager la consommation de proximité et fidéliser une partie de la clientèle.
Les modalités précises du dispositif restent à définir. Ni le montant des réductions, ni le financement, ni le calendrier de lancement n’ont été détaillés.
La Ville veut également mieux faire connaître les commerces bordelais, notamment à travers la marque « Expérience Bordeaux », développée avec la Chambre de commerce et d’industrie, et des parcours thématiques consacrés à la gastronomie, à l’artisanat, au vin ou encore à la seconde main.
L’animation commerciale doit aussi prendre davantage de place dans la ville. Thomas Cazenave souhaite notamment renforcer les événements de fin d’année, accompagner les initiatives des associations de commerçants et développer les animations autour des grands rendez-vous bordelais.
L’objectif est aussi d’attirer les visiteurs dans les rues commerçantes moins fréquentées, au-delà des grands axes du centre-ville.
Faciliter le quotidien des commerçants
La municipalité annonce également plusieurs changements destinés à répondre aux difficultés rencontrées au quotidien par les professionnels.
Les travaux de voirie constituent l’un des principaux sujets. La Ville souhaite désigner des référents chargés d’anticiper leurs conséquences sur les commerces et communiquer plus tôt les calendriers de chantier. Elle entend aussi défendre une révision du dispositif métropolitain d’indemnisation, afin de rendre les procédures plus rapides et plus adaptées aux préjudices subis.
Le règlement d’occupation du domaine public doit également être revu. Il s’agit notamment de simplifier les démarches et la tarification pour les commerçants souhaitant installer une terrasse ou un étalage.
Sur la propreté, un canal de signalement prioritaire doit être mis en place à travers l’application Ma Ville Facile, afin de faciliter les interventions en cas de dégradations ou de dépôts sauvages devant les commerces.
La Ville prévoit par ailleurs la création d’un Conseil du commerce, en partenariat avec les chambres consulaires, pour maintenir un dialogue régulier avec les professionnels.
Enfin, la municipalité souhaite adapter ses interventions aux réalités des quartiers. Les secteurs Marne-Capucins-Yser et Grand Parc sont notamment cités pour la préservation des commerces essentiels, tandis que Brazza et Belvédère doivent bénéficier d’initiatives favorisant l’animation commerciale.
Une volonté de rupture avec la précédente majorité
La présentation de cette stratégie commerciale a également été l’occasion pour Thomas Cazenave de marquer une nouvelle fois sa différence avec la précédente majorité municipale. Estimant que Bordeaux s’était « trop refermée sur elle-même » ces dernières années, au détriment de l’activité économique, le maire défend une ville plus accessible et davantage tournée vers son attractivité commerciale.
Cette lecture politique s’inscrit dans la continuité des premières décisions prises depuis son arrivée à la mairie, notamment en matière de stationnement et de circulation.
Elle ne suffit toutefois pas à expliquer les difficultés du commerce bordelais. Le maire reconnaît lui-même le poids de facteurs plus larges, comme la concurrence des plateformes de vente en ligne, l’évolution des habitudes de consommation, les grandes zones commerciales périphériques et la crise énergétique.
La relance de l’activité dépendra donc aussi de facteurs sur lesquels la municipalité dispose de moyens d’action plus limités.
Des engagements qui restent à concrétiser
Avec cette présentation, la nouvelle majorité donne une vision plus complète de sa politique commerciale. Plusieurs orientations figuraient déjà dans les engagements de campagne de Thomas Cazenave, tandis que d’autres, comme le cashback local, viennent compléter les dispositifs annoncés jusqu’ici.
Certaines décisions sont déjà prises, notamment sur le stationnement et la taxation des locaux vacants. D’autres doivent encore être précisées ou mises en œuvre. Les premiers effets de la réforme du stationnement restent par ailleurs à apprécier sur la durée.
Si la taxe sur les friches commerciales doit entrer en vigueur le 1er janvier 2027, le calendrier de plusieurs autres mesures reste à définir. Le budget de la future foncière, les modalités du cashback ou encore les moyens financiers mobilisés pour accompagner les commerçants devront notamment être précisés.
Pour la municipalité, le prochain défi sera de traduire ces engagements en changements concrets. Car si Bordeaux continue d’attirer les visiteurs, comme l’avait montré l’enquête de Bordeaux Mon Commerce en juin, encore faut-il que cette fréquentation profite davantage aux boutiques, dans le centre-ville comme dans les quartiers.



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