Quelques jours après la sortie de son album live Don’t Settle (Vol. 1 – Transmissions East), Glen Hansard a lancé sa tournée européenne à L’Olympia, à Paris. D’abord assise, la salle s’est levée sur “Down on Our Knees” et ne s’est plus rassise, portée par l’intensité d’un artiste qui transforme chaque morceau en récit vivant.
Jeudi 30 avril, Glen Hansard a lancé sa tournée européenne à L’Olympia, à Paris, quelques jours après la sortie de son album live Don’t Settle (Vol. 1 – Transmissions East). Certains concerts ne se contentent pas de remplir une soirée : ils donnent envie de prolonger l’écoute par les mots.
À Paris, le chanteur irlandais n’a pas abordé L’Olympia comme une simple étape de tournée. Il en a fait un lieu de récits, de souvenirs, de bifurcations. Glen Hansard, connu pour son parcours avec The Frames, The Swell Season et le film Once, possède cette façon très particulière d’installer une proximité immédiate. Il parle, raconte, s’interrompt, repart. Il donne parfois l’impression de redécouvrir la chanson en la chantant, comme si chaque titre devait retrouver sa nécessité sur scène.

- Glen Hansard dans la lumière de L’Olympia
- Sur scène, Glen Hansard a installé une atmosphère entre retenue et intensité, portée par les lumières chaudes de L’Olympia et la progression collective du concert. © Photo Oihana Marco
C’est peut-être là que réside sa force scénique. Chez lui, l’intensité ne passe pas seulement par le volume de la voix. Elle tient à cette capacité rare de faire naître une tension, parfois dans un murmure, parfois dans une poussée collective, parfois dans une retenue presque sèche. Les chansons avancent sur un fil, tendues entre fragilité et déflagration. À plusieurs reprises, Glen Hansard a chanté comme s’il s’agissait du dernier concert, non dans une posture dramatique, mais avec cette urgence simple des artistes qui savent que la scène ne se rejoue jamais tout à fait deux fois.
Sorti le 24 avril, Don’t Settle (Vol. 1 – Transmissions East) donnait déjà le ton. Enregistré au Funkhaus de Berlin, ce premier volume rassemble des réinterprétations live de titres issus de son répertoire solo, mais aussi de ses précédents projets avec The Frames et The Swell Season. L’album cherche moins à lisser la scène qu’à en conserver le souffle, l’élan, les aspérités. À L’Olympia, Glen Hansard semblait prolonger cette même idée : laisser vivre les chansons, accepter les détours, les relier à des récits, faire du concert un espace de conversation.
La setlist, elle aussi, faisait dialoguer les époques : les titres solo, les chansons de The Frames, celles de The Swell Season et une reprise finale de Pete Seeger.
Pour accompagner cette chronique, la captation live de “Don’t Settle” au Funkhaus Berlin prolonge ce fil entre l’album sorti le 24 avril et la première date parisienne de la tournée.
La soirée parisienne était aussi marquée par une première partie confiée à Courtney Marie Andrews. L’Olympia avait annoncé une configuration assise non numérotée pour l’orchestre. Ce détail aurait pu installer une écoute plus sage, presque recueillie. Il a surtout rendu plus visible la montée en intensité du concert.
Longtemps attentive, la salle a fini par se lever sur “Down on Our Knees”. Le morceau n’a rien d’un simple accélérateur de fin de concert : ses images de guerre, de pandémie, de fanatismes et d’effondrements lui donnent une tension presque apocalyptique. Glen Hansard y pose une voix grave, presque inhabituellement monocorde, tandis que l’intensité monte surtout par la musique, les pulsations et l’élan collectif. À L’Olympia, cette charge a pris corps. Le public s’est levé, comme happé par le refrain, et ne s’est plus rassis jusqu’à la fin.
Entre deux morceaux, l’artiste a ponctué le concert d’anecdotes liées à ses passages à Paris. Il a évoqué le Centre Culturel Irlandais installé rue des Irlandais, dans le Quartier latin, où il fut lui-même artiste en résidence en novembre 2018. Ce détail donnait à ses souvenirs parisiens une résonance plus intime : Paris n’était pas seulement une ville de passage, mais un lieu où l’artiste avait déjà pris le temps d’écrire, de séjourner, de laisser entrer la capitale dans ses chansons.
Dès lors, les récits glissés entre les morceaux ne relevaient pas de la simple conversation de scène. Ils dessinaient une mémoire parisienne, faite de rencontres, de lieux et de fragments de vie. Il a aussi raconté une rencontre avec Marianne Faithfull, comme on ouvre une porte sur une autre époque de la musique, celle des filiations, des croisements et des souvenirs qui restent accrochés à une ville.

- Glen Hansard, une présence habitée sur scène
- À L’Olympia, le chanteur irlandais a alterné chansons, récits et adresses au public, dans un concert marqué par la proximité et l’intensité du live. © Photo Oihana Marco
Et puis il y eut cette histoire de bouteille de Château Latour. Dans le fil du concert, l’anecdote aurait pu passer comme une simple parenthèse. Pour des oreilles bordelaises, elle prenait forcément une résonance particulière. Le nom de ce grand cru de Pauillac, lancé depuis la scène de L’Olympia au milieu d’un récit de route, créait un pont inattendu entre Paris, l’Irlande et la Gironde. Rien de forcé, rien de démonstratif. Juste ce rappel que les chansons, les souvenirs et les vins voyagent souvent par les mêmes chemins : ceux des rencontres.
C’est aussi ce qui rendait ce concert attachant. Glen Hansard ne cherche jamais à tenir son public à distance. L’un des moments les plus inattendus de la soirée l’a rappelé : sur “This Gift”, un spectateur est monté sur scène pour chanter avec lui. Rien ne semblait vraiment écrit. Glen Hansard a d’abord partagé quelques lignes avec lui, avant de se mettre légèrement en retrait pour lui laisser la place. C’était peut-être, au fond, la plus belle illustration du titre : offrir ce moment à l’un de ses fans, accepter que la chanson lui échappe un instant, puis se replacer dans le mouvement du concert.
Les arrangements pouvaient se déployer, le groupe monter en puissance, mais le centre restait cette voix, rugueuse et vulnérable, capable de tenir une salle dans un souffle avant de la pousser vers une forme d’élan collectif. Dans les moments les plus intenses, L’Olympia semblait moins applaudir une performance que répondre à une présence.
Cette première date parisienne confirmait ainsi ce que Don’t Settle met en avant : la scène n’est pas chez Glen Hansard un simple prolongement du disque, mais son véritable terrain d’expression. Le live n’est pas seulement une version plus ample des chansons. Il en est parfois la vérité première, celle où les morceaux retrouvent leur part d’imprévu, de fragilité et de feu.
À L’Olympia, Glen Hansard a rappelé qu’un concert n’est jamais seulement une suite de chansons. C’est une manière de faire circuler des souvenirs, des silences, des éclats de voix, parfois même le nom d’un grand vin de Pauillac lancé au détour d’une anecdote. D’abord assis, presque recueilli, le public parisien aura fini debout, emporté par cette énergie qui traverse les chansons lorsqu’elles quittent le disque pour devenir matière vivante. Un concert de folk, oui. Mais surtout une soirée de transmission. Avec, pour les oreilles bordelaises, une petite question en forme de clin d’œil : à quand Glen Hansard à Bordeaux ?
Setlist du concert de Glen Hansard à L’Olympia, le 30 avril 2026
Pour les amateurs de détails, la setlist confirmait l’équilibre de la soirée : un parcours entre le répertoire solo de Glen Hansard, ses années The Frames, The Swell Season, et une reprise finale de Pete Seeger.
- Don’t Settle
- Sure as the Rain
- Didn’t He Ramble
- Say It to Me Now (The Frames)
- Gold (Interference)
- Winning Streak
- Grace Beneath the Pines
- Her Mercy
- This Gift (avec un spectateur monté sur scène)
- Back Broke (The Swell Season)
- My Little Ruin
- Great Weight (The Swell Season)
- Fitzcarraldo (The Frames)
- Revelate (The Frames)
- Down on Our Knees
- Falling Slowly (The Swell Season)
- When Your Mind’s Made Up (The Swell Season)
Rappel :
Passing Through (reprise de Pete Seeger)



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