Bassin d’Arcachon

Après les incendies de 2026, faut-il à nouveau redessiner la forêt girondine ?

Après 43 692 hectares parcourus par les incendies dans le massif des Landes de Gascogne au 15 septembre selon le Syndicat des Sylviculteurs du Sud-Ouest, l’urgence reste d’exploiter les bois sinistrés avant le printemps. Mais une autre question se pose déjà : quelle forêt reconstruire après les feux de 2026 ? De 1949 à 2022, chaque grande crise a conduit le massif à s’adapter. Cette fois, la réflexion regarde jusqu’en 2050.

En 1949, l’incendie de Saucats-Cestas avait profondément marqué la forêt girondine et accéléré la réorganisation de sa défense contre le feu. En 2022, les incendies de Landiras, La Teste-de-Buch, Saumos ou Arès avaient de nouveau révélé la vulnérabilité du massif. Quatre ans plus tard, l’été 2026 ouvre une nouvelle étape.

Réuni en assemblée générale le 18 septembre à Morcenx-la-Nouvelle, puis face à la presse le 21 septembre à la Maison de la Forêt à Bordeaux, le Syndicat des Sylviculteurs du Sud-Ouest (SYSSO) a justement placé ses échanges sous une question : « Quel massif des Landes de Gascogne pour 2050 ? »

Le syndicat, qui représente près de 6 000 adhérents en Gironde, dans les Landes et le Lot-et-Garonne, établissait au 15 septembre un bilan de 43 692 hectares brûlés. Deux nouveaux incendies ont depuis parcouru environ 190 hectares à Labouheyre-Lüe et 98 hectares à Saint-Paul-en-Born, selon les premiers bilans repris par le SYSSO.

Une course contre la montre avant le printemps 2027

Les représentants du Syndicat des Sylviculteurs du Sud-Ouest ont dressé le bilan des incendies et évoqué l’avenir du massif, lundi 21 septembre à la Maison de la Forêt à Bordeaux.

Avant même de penser au reboisement, il faut sortir les bois touchés par les incendies. Une situation que nous évoquions déjà au lendemain des feux avec la course contre la montre engagée pour exploiter les arbres qui peuvent encore être valorisés.

Lors de la conférence de presse, les représentants du SYSSO ont évalué à environ 4,5 millions de mètres cubes le volume de bois directement touché par les incendies. En intégrant d’autres dégâts subis par la forêt, le volume à traiter pourrait atteindre 5 à 6 millions de mètres cubes, soit approximativement une année de récolte du massif selon leurs estimations.

L’enjeu est désormais d’exploiter et d’évacuer une partie de ces bois avant le printemps 2027. Les arbres affaiblis constituent en effet un terrain favorable aux scolytes. L’INRAE estime également que le risque pourrait atteindre un seuil épidémique durant l’été 2027 si les arbres fortement touchés ne sont pas coupés ou si les bois abattus restent trop longtemps stockés en bord de route.

Le SYSSO demande notamment une aide exceptionnelle au transport des bois hors d’Aquitaine et le financement du broyage sanitaire des arbres qui ne pourront être commercialisés. Ces demandes figurent désormais parmi les résolutions officiellement adoptées par le syndicat.

Le reboisement attendra probablement 2028

La reconstruction du massif ne commencera donc pas immédiatement. Selon les données présentées par le SYSSO, environ 66 % des surfaces touchées concerneraient des peuplements de moins de vingt ans.
Dans ces jeunes plantations, les pins ne sont pas toujours suffisamment matures pour permettre une régénération naturelle importante par les graines. Le recours à la plantation devrait donc prendre une place significative.

Mais il faudra auparavant exploiter les arbres, nettoyer les parcelles et préparer les sols. Lors de la conférence, le secrétaire général du SYSSO, Éric Dumontet, résumait le calendrier : « Avant 2028, il ne se passera pas grand-chose en termes de reboisement. »

Cette période laisse aussi le temps d’une question plus profonde : faut-il reconstruire la forêt exactement comme elle était avant les incendies ?

Le pin maritime, entre écologie et économie

Le débat revient inévitablement au pin maritime. Pour le SYSSO, il n’est pas question d’abandonner cette essence. Ses représentants ont insisté sur son adaptation aux sols sableux et acides du massif et sur les résultats plus incertains de certaines plantations alternatives.

Au cours de la conférence, ils ont également défendu un autre argument : selon eux, les départs de feu sont extérieurs aux peuplements forestiers et la forêt ne doit pas être considérée comme responsable des incendies. Le communiqué publié à l’issue de l’assemblée générale formalise cette position en indiquant que le syndicat refuse que « le pin maritime et la forêt de production soient désignés comme responsables des feux ».

Cette affirmation appelle toutefois à distinguer deux questions : l’origine d’un départ de feu et les conditions de sa propagation.

Les travaux de l’INRAE montrent que l’ampleur d’un incendie ne peut être attribuée à une essence unique. Les feux extrêmes résultent d’une combinaison entre conditions météorologiques, sécheresse de la végétation, continuité du combustible et organisation du territoire. L’institut souligne notamment que la forte continuité des peuplements de pin maritime peut favoriser la propagation sur de grandes surfaces, sans pour autant faire du pin la cause des incendies.

Le pin maritime possède par ailleurs des caractéristiques particulièrement adaptées aux sols pauvres, sableux et acides des Landes de Gascogne.

Mais le choix de cette essence ne relève pas uniquement de considérations écologiques. Il possède aussi une histoire économique. Comme nous l’avions raconté en revenant sur

le visage des Landes avant la généralisation du pin maritime

, qui avait fait 82 morts, avait accéléré une profonde réorganisation de la prévention : pistes forestières, points d’eau, accès aux parcelles et organisation de la défense contre les incendies.

En 2022, plus de 30 000 hectares de forêt avaient de nouveau brûlé en Gironde. Le retour d’expérience conduit par les services de l’État avait débouché sur dix propositions concernant notamment les zones d’appui, la DFCI, l’anticipation des crises et les moyens de lutte.

Quatre ans plus tard, le SYSSO estime que certains engagements pris après ces incendies restent à concrétiser, notamment concernant la disponibilité et le prépositionnement des moyens aériens au plus près du massif.

Les incendies de 2026 posent en outre une nouvelle question d’échelle. Selon l’INRAE, le massif des Landes de Gascogne est entré depuis 2022 dans un régime où certains feux peuvent devenir des incendies extrêmes parcourant plusieurs milliers d’hectares. Les infrastructures héritées de l’après-guerre ne sont plus toujours dimensionnées pour ces événements.

À chaque grande crise, le massif a donc été amené à revoir son organisation. Reste à savoir quels enseignements 2026 ajoutera à ceux de 1949 et 2022.

Débroussaillement, pistes et pare-feux à repenser

Une partie du débat concerne les obligations légales de débroussaillement (OLD).

Le SYSSO demande leur application le long des infrastructures routières et électriques et défend, autour des habitations, une organisation davantage collective à l’échelle communale. Cette demande figure également dans les résolutions adoptées par le syndicat.

Lors de la conférence, ses représentants ont aussi insisté sur le calendrier des travaux mécaniques à proximité du massif, qui devraient selon eux être évités pendant les périodes de risque maximal.

Concernant les pare-feux, les sylviculteurs ne défendent pas la création systématique de milliers de kilomètres de nouvelles coupures. Ils privilégient notamment l’utilisation et l’entretien de coupures existantes, routes, voies ferrées ou autres infrastructures, lorsque leur configuration le permet.

La conception même des pistes évolue également. Les sylviculteurs évoquent désormais des espaces non plantés plus importants autour de certaines voies, tandis que la gestion de l’eau et du drainage fait partie des sujets à réexaminer dans un contexte de sécheresses plus fréquentes.

L’INRAE souligne justement que le drainage historique du massif, conçu pour évacuer rapidement les eaux hivernales, peut aujourd’hui accentuer les déficits hydriques estivaux.

Après les incendies, la question du foncier

Une autre inquiétude apparaît déjà : le devenir des parcelles incendiées.

Le SYSSO défend un principe simple : chaque hectare de forêt brûlé devrait retrouver une vocation forestière. Ses représentants disent avoir connaissance de propriétaires approchés après les incendies, notamment pour des projets photovoltaïques.

La question est d’autant plus sensible que la perte économique peut être importante pour certains propriétaires. Selon les estimations présentées pendant la conférence, la décote des bois incendiés pourrait dans certains cas atteindre 60 à 70 % par rapport aux prix habituels.

Pour autant, une parcelle forestière incendiée ne devient pas automatiquement constructible ou disponible pour un parc photovoltaïque. Le Code de l’urbanisme interdit les installations solaires au sol en zone forestière lorsqu’elles nécessitent un défrichement soumis à évaluation environnementale systématique.

Entre pertes financières, coût du reboisement et pression foncière, l’après-incendie se jouera donc aussi sur la capacité des propriétaires à conserver leurs parcelles et à investir à nouveau dans la forêt.

Quelle forêt en 2050 ?

Les réponses sont encore loin d’être arrêtées.

Pour le SYSSO, le pin maritime doit conserver une place centrale dans le massif. Cette position s’appuie sur les caractéristiques sylvicoles de l’essence mais s’inscrit également dans une forêt de production autour de laquelle s’est développée toute une économie.

La recherche ouvre de son côté un éventail plus large : diversification des essences et des structures forestières, organisation différente des peuplements, adaptation des infrastructures, maintien de coupures de combustible, évolution de la gestion de l’eau.

Les incendies de 1949 avaient conduit à renforcer profondément la défense de la forêt. Ceux de 2022 avaient imposé un nouveau retour d’expérience. Ceux de 2026 interviennent désormais dans un contexte où sécheresses, vagues de chaleur et incendies extrêmes interrogent jusqu’à l’organisation historique du massif.
La reconstruction ne consistera donc probablement pas seulement à replanter ce qui vient de brûler.

Avant les premières grandes plantations attendues à partir de 2028 se dessine un débat beaucoup plus large :

quelle forêt des Landes de Gascogne veut-on préparer pour 2050 ?

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011