Entre mémoire intime, traditions réinventées et récits de territoire, une exposition collective explore ce que les images retiennent… et ce qu’elles transforment.
Jeudi soir, la Salle Capitulaire Mably, à Bordeaux, était noire de monde. Verres à la main, regards levés vers les images, les visiteurs se pressaient pour découvrir La mémoire, chimie photographique, une exposition inaugurée dans le cadre du Mois de la photo, en présence des artistes.
Dès l’entrée, le flux continu donnait le ton. Il fallait parfois attendre, contourner, revenir sur ses pas pour s’attarder devant les œuvres. Une densité qui en disait long sur l’attente autour de cette proposition consacrée à la mémoire, envisagée ici comme une matière vivante, instable, en constante recomposition.
Organisée par la MAP, l’exposition réunit trois regards distincts, reliés par une même question : que reste-t-il lorsque les souvenirs se transforment ? Sur les murs, les textes rappellent que la mémoire n’est jamais figée. Elle se recompose à chaque rappel, traversée par le regard, le contexte et le temps.

- Salle Capitulaire Mably
Trois regards, trois façons d’habiter la mémoire
Dans la salle principale, Sergio Corona présente Les Gens du Douro. Son travail s’inscrit dans la durée, nourri notamment par un séjour d’un mois au Portugal, au fil du fleuve. Il y observe celles et ceux qui vivent à son rythme, entre traditions viticoles et mutations contemporaines.
Sur les murs, les images racontent un territoire façonné par l’effort humain, où la mémoire se lit dans les paysages autant que dans les visages. Fondateur de la MAP Galerie à Bordeaux, il est issu du journalisme, qu’il a exercé notamment à Palerme, avant de se consacrer à la photographie. Sur place, il évoque un travail appelé à se prolonger, au fil du Douro.
Changement d’atmosphère avec Rêveries de Christelle Chabrier. Ici, la mémoire se fait intime, presque fragile. L’artiste travaille autour de sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer, cherchant à capter des instants de présence dans un processus d’effacement progressif.
Les images jouent sur les matières, les textures, les superpositions. Lors du vernissage, elle évoque un projet né d’une nécessité personnelle : conserver des fragments, fixer ce qui risque de disparaître. « Peut-être qu’elle sera à voir avec un peu plus de poésie », glisse-t-elle, dans une approche sensible d’une maladie qui touche de nombreuses familles.
Au fond de l’espace, Najwa Benchebab propose avec Les nouvelles héritières une immersion dans la tbourida, tradition équestre marocaine longtemps réservée aux hommes. Son travail accompagne des troupes féminines qui investissent aujourd’hui cet univers.
À travers la couleur et le mouvement, elle capte une mémoire en transformation. Face au public, elle évoque des groupes encore peu visibles, mais en pleine structuration, où la transmission se conjugue désormais au féminin.
Une mémoire en mouvement, au cœur du Mois de la photo
Au-delà des séries présentées, l’exposition interroge notre rapport contemporain à la mémoire. Les textes accrochés aux murs rappellent que l’image photographique n’est plus seulement une trace fixe : elle devient un espace de transformation, entre fixation et réinterprétation.
La présence de Nathalie Bois-Huyghe, nouvelle adjointe à la culture de la Ville de Bordeaux, aperçue parmi les visiteurs, attentive et facilement accessible, témoignait aussi de l’intérêt porté à cette programmation.

- Vernissage La mémoire, chimie photographique
- Nathalie Bois-Huyghe, nouvelle adjointe à la culture de la Ville de Bordeaux au centre
Dans une salle comble, le public a pris le temps. Observer, échanger, revenir sur certaines images. Une manière de prolonger, à sa façon, le travail des artistes.
Une exposition qui résonne avec son époque
Avec ce vernissage dense et fréquenté, La mémoire, chimie photographique s’impose comme l’un des rendez-vous marquants du Mois de la photo à Bordeaux. Avec une cohérence forte, l’exposition propose une traversée sensible de ce que signifie se souvenir aujourd’hui.
Une exposition qui rappelle que la mémoire ne reste jamais figée : elle se transforme.
À voir jusqu’au 3 mai, Salle Capitulaire Mably.



Sur le même sujet
À Bordeaux, trois regards féminins sur les fêtes valenciennes
Bordeaux célèbre la photographie sous toutes ses formes
Inauguration du mois de la photo
Bordeaux : la ville devient galerie photo à ciel ouvert
L’image de ta nature, quand la photographie interroge le regard sur soi
À Bordeaux, la MAP Galerie devient aussi librairie photo