Le chanteur irlandais Glen Hansard, figure de The Frames, de The Swell Season et du film Once, est mort mercredi 29 juillet à 56 ans dans un accident de moto près de Dublin. Quelques mois après son passage à L’Olympia, où il avait lancé sa tournée européenne, les hommages de Bono, Bruce Springsteen, Lisa Hannigan, Josh Brolin et du Centre Culturel Irlandais rappellent l’empreinte d’un artiste rare : intense, généreux, et toujours à hauteur de public.
Il y a des artistes dont la disparition résonne au-delà de leur discographie. Glen Hansard était de ceux-là. Le chanteur, musicien et acteur irlandais est mort mercredi 29 juillet, à 56 ans, dans un accident de moto près de Dublin. Selon Reuters, son décès a été confirmé par son management, après un accident survenu à Lucan, à l’ouest de la capitale irlandaise.
Pour beaucoup, Glen Hansard restera lié à Once, film musical indépendant sorti en 2007, dans lequel il jouait aux côtés de Markéta Irglová. Leur chanson “Falling Slowly” avait remporté l’Oscar de la meilleure chanson originale en 2008, donnant à son écriture une reconnaissance internationale. Mais réduire Glen Hansard à ce moment serait oublier l’essentiel : le gamin de Ballymun devenu musicien de rue, le chanteur incandescent de The Frames, le compagnon de route de The Swell Season, puis l’artiste solo capable de faire d’un concert un lieu de partage presque physique.
Pour Bordeaux Gazette, son nom résonnait encore avec le souvenir de son passage à L’Olympia, fin avril, où il avait lancé sa tournée européenne quelques jours après la sortie de Don’t Settle (Vol. 1 – Transmissions East). Ce disque, annoncé comme le premier volume d’un diptyque, avait été enregistré au Funkhaus de Berlin devant public et publié le 24 avril. Ce soir-là, à Paris, la salle d’abord assise s’était levée sur “Down on Our Knees” et ne s’était plus rassise. Ce n’était pas seulement un mouvement de public. C’était l’image même de ce que Glen Hansard savait provoquer : une écoute d’abord recueillie, puis une montée collective, comme si les chansons quittaient leur forme pour devenir matière vivante.
Sur scène, son intensité ne passait pas uniquement par la puissance vocale. Elle tenait aussi à ses silences, à ses récits, à sa manière de laisser l’imprévu entrer dans le concert. À L’Olympia, un spectateur était monté sur scène pendant “This Gift”. Rien ne semblait vraiment écrit. Glen Hansard avait chanté quelques lignes avec lui, avant de se mettre légèrement en retrait pour lui laisser la place. C’était peut-être la plus belle illustration du titre : offrir ce moment à l’un de ses fans, accepter que la chanson lui échappe un instant, puis revenir dans le mouvement du concert.
Depuis l’annonce de sa mort, les hommages disent beaucoup de l’homme autant que de l’artiste. Bono, dans un long message publié sur Instagram, a parlé d’une présence presque angélique mais profondément terrestre. Il a aussi rappelé le rôle de Glen Hansard dans les busks de Noël à Dublin, ces concerts de rue organisés notamment au profit des personnes sans-abri. Une formule résume le portrait dressé par le chanteur de U2 : “voice of the streets”, la voix des rues.
Bruce Springsteen a, lui aussi, salué un musicien et un ami. Dans son message, il évoque un homme généreux, gracieux, toujours positif, souriant et prêt à chanter. Quelques mots simples, mais qui rejoignent ce que son public percevait : Glen Hansard semblait ne jamais considérer la scène comme un piédestal. Il la traversait comme un lieu de rencontre.
Lisa Hannigan, ancienne partenaire musicale de Damien Rice, a raconté le choc de sa première découverte de The Frames à Vicar Street, alors qu’elle avait 18 ans. Elle dit avoir été saisie par la puissance rageuse et la beauté fragile de sa voix, par son écriture, son humour, sa grâce et sa générosité d’esprit. Là encore, le même portrait revient : celui d’un artiste capable de conjuguer force et vulnérabilité, intensité et délicatesse.
Le Centre Culturel Irlandais de Paris a également publié un hommage particulièrement éclairant. Glen Hansard y avait été artiste en résidence en 2018. Le CCI rappelle qu’il y avait écrit This Wild Willing, son quatrième album solo, nourri par le temps passé à Paris, les rencontres artistiques et les marches entre le 5e et le 10e arrondissement, notamment autour de la rue Saint-Jacques. Le Centre évoque un artiste qui se sentait chez lui dans ce lieu, attaché à la simplicité d’une chambre, d’une table, d’un lit et d’une fenêtre ouverte sur les toits de Paris.
Ce lien avec Paris donnait une résonance particulière à son concert de L’Olympia, fin avril. Le CCI rappelle que beaucoup de ses membres l’y ont vu pour la dernière fois, lorsqu’il partageait avec humour une histoire autour de Marianne Faithfull. Ce souvenir rejoint celui laissé dans la salle : Glen Hansard ne jouait pas seulement des chansons, il les entourait d’histoires, de rencontres, de fragments de vie. Paris n’était pas pour lui une simple étape de tournée. C’était une ville déjà traversée, écrite, habitée.
L’acteur Josh Brolin a de son côté partagé une phrase de Glen Hansard qui résonne aujourd’hui avec une force particulière : “the only thing that’s required of you is to be present”. Être présent. C’est peut-être ce qui définissait le mieux sa manière d’être sur scène. Être là pleinement, que le moment appelle la colère, la douceur, la retenue ou l’abandon. Ne pas tricher avec l’instant.
Ce mot, présence, résume peut-être ce que Glen Hansard laisse derrière lui. Une voix rugueuse et fragile. Des chansons capables de passer de la confidence à la déflagration. Une fidélité à la rue, aux rencontres, aux marges. Une manière rare de faire circuler quelque chose entre la scène et la salle, sans jamais dresser de frontière trop nette.
À L’Olympia, il avait aussi glissé une anecdote autour d’une bouteille de Château Latour. Pour des oreilles bordelaises, le clin d’œil n’était pas passé inaperçu. Il rappelait que les chansons, les souvenirs et les vins voyagent parfois par les mêmes chemins : ceux des rencontres. Il ne viendra finalement pas chanter à Bordeaux. Mais il restera cette façon singulière de transformer un concert en lieu de transmission, comme une veillée folk où chacun, un instant, pouvait trouver sa place.



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