Bègles

Green Paradize 2026 : à Bègles, une deuxième édition qui voit plus grand

Un an plus tôt, Green Paradize n’était encore qu’un pari. Mercredi 9 septembre, à la Maison PIP de Bègles, Guillaume Prince peut désormais parler d’un festival qui a connu son premier public, ses premiers concerts et aussi ses premiers enseignements. Pour sa deuxième édition, les 9 et 10 octobre au parc de Mussonville, l’événement conserve son identité mais hausse encore le niveau de sa programmation.

Car l’affiche constitue probablement le premier enseignement de cette édition 2026. Green Paradize ne s’enferme ni dans l’électro, ni dans le rock, ni dans une programmation nostalgique malgré la présence de quelques noms qui traversent les générations. Selah Sue and The Gallands côtoient Purple Disco Machine, Bertrand Belin précède Morcheeba, tandis que Cerrone partage l’affiche avec The Avener, Caravan Palace ou Bakermat. À ces artistes installés s’ajoutent des propositions plus émergentes et des cartes blanches confiées à des acteurs locaux.

Cette diversité prolonge le parti pris de la première édition. Guillaume Prince revendique depuis le lancement du festival une programmation « assez indé » et la volonté de « sortir un petit peu des sentiers battus ». Pour cette deuxième année, l’objectif annoncé est de proposer une édition « au moins aussi exigeante que la première ».

Green Paradize 2026 : présentation de la deuxième édition à Bègles
L’équipe de Base Productions, de gauche à droite, Philippe, Guillaume et Aurélien, lors de la conférence de presse de la deuxième édition du Green Paradize Festival, mercredi 9 septembre 2026 à la Maison PIP à Bègles.

Une ambition qui prend une autre dimension au regard du bilan économique de 2025. La première édition avait réuni plus de 15 000 personnes au parc de Mussonville, mais elle s’était aussi achevée sur une perte financière. « Démarrer un projet de zéro en indépendant, sans subvention, ce n’est pas évident », reconnaît Guillaume Prince. Pour autant, l’équipe a choisi de repartir sans réduire ostensiblement la voilure artistique. Au contraire, l’affiche 2026 donne plutôt le sentiment d’un festival qui cherche à conforter son identité pour installer durablement son rendez-vous.

Deux soirées, plusieurs générations musicales

Cette identité se lit d’abord dans les rapprochements proposés. Vendredi 9 octobre, Selah Sue and The Gallands feront entendre un projet où la soul rencontre des sonorités jazz et organiques, avant l’électro-swing de Caravan Palace puis les univers plus franchement électroniques et dansants de Bakermat et Purple Disco Machine.

Ce sont des univers différents, mais pas nécessairement des publics étrangers les uns aux autres. C’est précisément l’un des paris de Green Paradize : faire circuler les festivaliers entre des artistes qu’ils connaissent déjà et d’autres propositions qu’ils seraient moins spontanément allés écouter.

Le samedi 10 octobre pousse encore davantage ce principe de décloisonnement. Bertrand Belin apporte une chanson française aux contours rock, Morcheeba renvoie à plusieurs décennies de trip-hop et de downtempo britanniques, Cerrone à l’histoire du disco tandis que The Avener appartient à une génération beaucoup plus récente de producteurs français.

L’affiche permet ainsi de faire cohabiter des trajectoires musicales qui couvrent plusieurs décennies sans transformer Green Paradize en festival patrimonial. Cerrone et Morcheeba y côtoient des artistes contemporains, mais aussi des formations encore en développement.

C’est notamment le cas du duo écossais KuleeAngee. Guillaume Prince insiste sur cette formation encore peu identifiée du grand public français, qu’il présente comme une proposition « en devenir ». Ce choix est révélateur : derrière les noms capables d’attirer immédiatement l’attention, Green Paradize entend conserver une place pour la découverte.

Une scène locale qui ne sert pas simplement de complément

Le même raisonnement se retrouve dans la place accordée aux acteurs locaux. Vendredi, une carte blanche est confiée à l’association béglaise Balterno, avec Peau d’Orange et Foutrack Deluxe. Le samedi, Brandzaïa proposera notamment Vénus en Rétrograde et Leen.

Ce volet local évite de réduire le festival à une succession de têtes d’affiche venues jouer au parc de Mussonville. Dès sa première édition, Green Paradize avait cherché cette articulation entre artistes établis, propositions indépendantes et scène du territoire.

La programmation 2025 avait déjà donné le ton avec notamment Odezenne, Mezerg, Kompromat, Altın Gün, Deluxe ou encore Keziah Jones. Bordeaux Gazette avait alors suivi sur place la journée du samedi 4 octobre, avant de revenir en images sur cette première édition.

Le travail mené avec les Productions du Possible, à l’origine du Pink Paradize de Toulouse, se poursuit également. Cette coopération permet notamment de mutualiser une partie des programmations et les déplacements de certains artistes entre les deux festivals.

Après le premier festival, place aux corrections

Une deuxième édition ne se construit toutefois pas uniquement sur une nouvelle affiche. La première année a aussi permis de confronter le projet à la réalité de plusieurs milliers de personnes dans le parc de Mussonville.

L’organisation reconnaît plusieurs points perfectibles en 2025, notamment les toilettes, les bars et l’offre de restauration. Le plan du site a donc été revu. Les espaces consacrés à la restauration doivent être agrandis, avec davantage de propositions, tandis que le nombre de bars et de sanitaires doit augmenter. La mise en lumière du parc a également été retravaillée et une scène plus importante sera installée.

Des évolutions moins visibles qu’un nom ajouté sur une affiche, mais qui seront probablement déterminantes pour les festivaliers. « Au-delà de la programmation sur un événement, c’est quand même le ressenti qu’on va avoir sur une soirée dans ce parc », résume Guillaume Prince.

L’écologie confrontée à la réalité d’un festival

Le nom Green Paradize place nécessairement la question environnementale au centre des attentes. Sur ce terrain, l’organisation indique maintenir le cahier des charges mis en place dès la première édition, notamment concernant la restauration, le choix de produits sourcés et la limitation des déchets.

La mobilité constitue notamment l’un des principaux points de vigilance : selon le festival, 52 % de ses émissions sont liées aux transports. Plusieurs partenariats sont donc reconduits afin d’encourager l’utilisation du tram, du vélo et d’autres alternatives à la voiture.

L’organisation prévoit également un renforcement des fréquences du tram et rappelle l’existence des parcs relais pour les spectateurs venant de l’extérieur de la métropole.

Le dispositif autour du parc avait déjà fait l’objet d’une attention particulière en 2025, avec des rues fermées à la circulation afin d’éviter que le stationnement des festivaliers ne se reporte sur les quartiers riverains. Selon l’organisation, cette première expérimentation n’avait pas entraîné de difficulté majeure de stationnement.

Le Village Asso conserve sa place

L’autre particularité de Green Paradize se situe à quelques mètres des scènes. Le Village Asso sera reconduit avec six ou sept structures attendues. Quatre étaient déjà confirmées lors de la conférence de presse : le Secours populaire, Greenpeace, La Zone à Partager et SOS Méditerranée.

L’objectif est double : donner à ces associations une visibilité auprès d’un public différent de celui qu’elles rencontrent habituellement et leur apporter un soutien financier. Le festival organise une collecte de dons puis double les sommes récoltées. En 2025, les associations participantes avaient ainsi reçu 1 000 euros chacune, selon les organisateurs.

L’accessibilité évolue également pour cette deuxième édition. Une plateforme et des stationnements PMR sont prévus, tandis que de nouveaux tarifs doivent faciliter l’accès au festival. Les enfants de moins de 10 ans bénéficieront de la gratuité. Des tarifs spécifiques sont également annoncés pour les moins de 21 ans, les demandeurs d’emploi et les personnes en situation de handicap, avec la gratuité de l’accompagnant lorsque celui-ci est nécessaire.

Quelque 300 bénévoles étaient déjà inscrits début septembre.

Pour Green Paradize, la deuxième année sera peut-être la plus importante

Derrière cette deuxième édition demeure enfin la question de la pérennité. Green Paradize fonctionne sans subvention, selon ses organisateurs, et sa première édition n’a pas atteint l’équilibre financier. Le festival a notamment créé un Club Paradize réunissant des entreprises partenaires afin de diversifier ses ressources.

Ce contexte rend le choix artistique de 2026 d’autant plus intéressant. Après une première année déficitaire, Green Paradize aurait pu privilégier une programmation plus prudente ou chercher à se spécialiser dans un registre clairement identifié. L’équipe fait en 2026 le choix de maintenir une programmation très ouverte, en continuant à mélanger les générations, les esthétiques, les artistes reconnus et les propositions moins attendues.

Ce choix ne garantit évidemment pas la réussite économique de l’événement. Mais il dessine déjà plus nettement sa place dans un paysage des festivals où les affiches peuvent parfois finir par se ressembler.

Après plus de 15 000 festivaliers en 2025, Green Paradize doit maintenant réussir quelque chose de plus difficile qu’un lancement : donner envie de revenir. Les 9 et 10 octobre, Selah Sue and The Gallands, Caravan Palace, Purple Disco Machine, Bertrand Belin, Morcheeba, Cerrone, The Avener et les autres ne seront donc pas seulement les noms d’une deuxième affiche. Ils permettront aussi de mesurer si ce jeune festival béglais peut transformer son goût revendiqué pour les chemins de traverse en véritable identité.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011