Bordeaux : ce bac discret transporte 1,3 million de passagers

Aux Bassins à flot, plongée dans les coulisses du Sébastien Vauban, un maillon essentiel entre les deux rives de l’estuaire.



Sous la coque, un autre monde

Aux Bassins à flot, le Sébastien Vauban ne ressemble plus au bac que connaissent les usagers. Sorti de l’eau, posé en cale sèche, il expose sa coque massive, ses hélices démontées, ses entrailles métalliques.

Sous le navire, les équipes s’activent, casque sur la tête, dans une odeur de peinture et de métal. Un chantier discret, mais indispensable. Car ici se joue la continuité d’un service public utilisé chaque jour par des milliers de Girondins.

Le 24 mars dernier, le Département de la Gironde a exceptionnellement ouvert les portes de cette maintenance annuelle. Une immersion rare dans les coulisses d’un transport souvent invisible, mais essentiel.

« Lorsqu’il n’y a plus de route, il y a le bac »

Le Sébastien Vauban
Peinture de la coque

Sur le pont, Jean Galand, vice-président du Département en charge des mobilités, résume l’enjeu :

« Lorsqu’il n’y a plus de route et qu’il n’y a pas de pont, il faut des bateaux. »

Dans une Gironde coupée par son estuaire, les bacs assurent une forme de continuité territoriale. Ils évitent de longs détours et relient des bassins de vie entiers.

Chaque année, environ 1,3 million de passagers empruntent ces traversées, dont près de 260 000 sur la ligne Blaye-Lamarque.

Pour beaucoup, ce n’est pas une option. C’est une habitude. Un passage obligé pour aller travailler, rejoindre sa famille ou simplement traverser l’estuaire.

Une avarie révélée en cale sèche

C’est en descendant sous le bateau que la visite prend une autre dimension. Là où les passagers ne vont jamais, le navire révèle ses fragilités.

Cette année, une découverte a marqué les équipes : une hélice endommagée.

« On avait détecté des vibrations à bord », explique Christophe Garcia, responsable technique. « En cale sèche, on a constaté qu’il manquait un morceau. »

L’origine est probablement liée aux débris charriés par l’estuaire.

« L’hiver, beaucoup d’éléments flottants descendent avec les crues et les marées », précise-t-il.

Une réalité peu visible, mais constante, pour ces navires confrontés à un environnement mouvant.

Une maintenance à 350 000 euros

Au-delà de cette avarie, l’entretien annuel reste une opération lourde. Le Sébastien Vauban subit une révision complète : moteurs, structure, équipements.

Cette année, les travaux représentent environ 350 000 euros.

Chaque pièce est contrôlée, remplacée si nécessaire. La sécurité, ici, ne se négocie pas.

« On va même au-delà de certains contrôles pour être certain que tout va bien », insiste Christophe Garcia.

Un service qui ne s’arrête jamais vraiment

Pendant les trois semaines d’arrêt, la ligne Blaye-Lamarque a été suspendue pour les véhicules. Mais la traversée, elle, continue autrement.

Une navette piétonne est maintenue, et les usagers s’adaptent.

« Les gens se connaissent et s’organisent entre eux », observe Thierry Pairault, Directeur des Transports Maritimes Départementaux de la Gironde.

Covoiturage, voitures laissées de chaque côté, habitudes bien rodées : le service dépasse le simple transport. Il structure un mode de vie.

Un service public… sans subvention

Autre singularité : ce réseau fonctionne sans subvention directe.

« Ce sont les passages des usagers qui financent le service », explique Thierry Pairault.

Un équilibre fragile, entre coûts d’exploitation, entretien et investissements futurs.

Le Sébastien Vauban

Car un bac a une durée de vie de 30 à 35 ans. Et leur remplacement représente plusieurs dizaines de millions d’euros.

À terme, le Département devra renouveler sa flotte, tout en maintenant des tarifs accessibles.

Vers des bacs plus propres ?

Dans ce contexte, la question énergétique devient centrale.

L’hybridation des moteurs est aujourd’hui à l’étude, avec l’objectif de réduire la consommation et l’impact environnemental.

Une évolution progressive, dans un espace naturel sensible comme l’estuaire de la Gironde.

90 ans de traversées… et toujours indispensable

Depuis près de 90 ans, les bacs girondins relient les deux rives. Malgré les projets évoqués par le passé, la construction de ponts reste peu réaliste, tant les coûts seraient élevés.

Le Sébastien Vauban, actuellement immobilisé, reprendra bientôt ses rotations.

Et avec lui, ce lien discret mais vital entre les territoires.

Car ici, la mobilité ne se voit pas toujours. Elle se vit, au fil de l’eau.

Ecrit par Patrick Delhoume


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