Bordeaux

Municipales à Bordeaux : les candidats mis à l’épreuve par les entrepreneurs

À quatre jours du premier tour des élections municipales, les principaux candidats à la mairie de Bordeaux – ou leurs représentants – ont défendu mercredi soir leurs propositions devant plus de 200 dirigeants réunis à l’Inseec, quai des Chartrons, à l’invitation du MEDEF Gironde et de plusieurs fédérations professionnelles. Attractivité, fiscalité, logement, mobilités, commerce, industrie : ce grand oral économique a mis en lumière des visions très différentes de l’avenir bordelais.



Animée par Yann Buanec, fondateur de Placéco, la soirée a vu se succéder Thomas Cazenave, Julie Rechagneux, Fayrouz Bouarkat pour Nordine Raymond, Philippe Dessertine et le maire sortant Pierre Hurmic.

Le monde économique veut peser dans le débat

En ouverture, les organisateurs ont rappelé le sens de leur démarche : porter, sans consigne partisane, une parole commune du monde économique girondin. Quinze fédérations professionnelles ont travaillé plusieurs mois à un livret de propositions nourri par des remontées de terrain d’entrepreneurs de différents secteurs.

Parmi les priorités mises en avant : l’attractivité du territoire, la sécurité, la mobilité, le logement, la fiscalité locale, mais aussi les conditions concrètes d’exercice de l’activité économique.

Cazenave assume une ligne pro-attractivité

Municipales 2026 à Bordeaux
Thomas Cazenave candidat de la liste Faire gagner Bordeaux

Premier à intervenir, Thomas Cazenave a voulu installer l’image d’un “maire partenaire” des entreprises. Le député a plaidé pour un “pacte de confiance” entre la ville et le monde économique, avec consultation systématique des représentants économiques avant toute décision affectant leur activité.

Le candidat de la liste Faire gagner Bordeaux s’est engagé sur la stabilité fiscale et a défendu une stratégie offensive d’attractivité autour d’un programme baptisé “Je choisis Bordeaux”. Son objectif : remettre Bordeaux dans le trio de tête des grandes métropoles économiques françaises.

Sur les mobilités, il a soutenu le RER métropolitain, une “nouvelle génération” de tramway et des infrastructures de délestage pour soulager la rocade. Sur le commerce, il a dénoncé une ville qui, selon lui, “s’est refermée” trop vite, avec trop de piétonnisation et de suppression de places de stationnement sans alternatives suffisantes. Il a également plaidé pour une relance du logement par une politique de l’offre, notamment via la transformation de bureaux vacants en logements et la simplification des règles de construction.

Rechagneux attaque le bilan écologiste

Municipales 2026 à Bordeaux
Julie Rechagneux, candidate du Rassemblement national

Julie Rechagneux, candidate du Rassemblement national, a développé un discours beaucoup plus frontal contre le mandat sortant. Elle a accusé les écologistes d’avoir entravé l’activité économique au nom d’une logique idéologique hostile à la voiture, à l’entreprise et à la croissance.

Elle a défendu le contournement par l’Est de la rocade, le développement de nouvelles liaisons aériennes, ainsi que l’implantation de l’EPR2 à Blaye. Sur le commerce, elle a proposé de rétablir des places de stationnement là où cela lui semblerait nécessaire et d’étudier la création de parkings supplémentaires pour redonner de l’accessibilité au centre-ville.

Julie Rechagneux s’est aussi posée en défenseure de la filière viticole bordelaise, critiquant la loi Evin et plaidant pour une meilleure valorisation du vin et des produits régionaux dans la ville. Elle a notamment évoqué une “fête des quatre saisons” destinée à renforcer l’attractivité commerciale et gastronomique de Bordeaux.

Fayrouz Bouarkat défend une économie locale et productive

Municipales 2026 à Bordeaux
Fayrouz Bouarkat représentante de Nordine Raymond pour la liste Faire mieux pour Bordeaux

Venue représenter Nordine Raymond, Fayrouz Bouarkat a porté une approche sensiblement différente, plus centrée sur les petites structures, la production locale et la commande publique. Entrepreneuse dans les biomatériaux, elle a décrit les difficultés concrètes rencontrées par une jeune entreprise pour accéder à des équipements, à des locaux et à des financements.

La représentante de La France insoumise a ainsi défendu la création “d’hôtels productifs”, des espaces municipaux mettant à disposition des outils et moyens de production mutualisés. Elle a aussi proposé le rachat de locaux commerciaux pour les proposer à loyers encadrés, ainsi qu’un contrôle renforcé des meublés touristiques pour préserver le logement des actifs.

Sur la mobilité, elle s’est opposée à toute nouvelle infrastructure routière, préférant développer les alternatives : fret ferroviaire, intermodalité, transports collectifs et mobilités douces. Sur la fiscalité, elle assume le principe d’un effort accru pour financer logements abordables, crèches, services publics et déplacements du quotidien.

Dessertine mise sur la compétitivité et la gouvernance directe

Municipales 2026 à Bordeaux
Philippe Dessertine candidat de la liste L’optimiste est une force

Philippe Dessertine a adopté un ton plus stratégique, se présentant comme celui qui veut faire de Bordeaux une “ville pilote” dans la relation entre la collectivité et les entreprises. Il a proposé de structurer cette relation autour d’un adjoint à l’économie, d’un adjoint au commerce, ainsi que de réunions mensuelles régulières avec les acteurs économiques, avec comptes rendus publiés.

L’économiste assume une ligne de baisse de la fiscalité locale sur les entreprises, qu’il juge trop lourde, notamment par rapport à des villes espagnoles concurrentes. Il s’est également prononcé en faveur du développement des liaisons aériennes au départ de Bordeaux, avec une montée en gamme de l’aéroport tournée vers les congrès, le tourisme d’affaires et l’international.

En revanche, Philippe Dessertine s’est montré beaucoup plus prudent sur les grands investissements routiers, qu’il estime difficiles à financer dans le contexte actuel des finances publiques. Il s’est aussi démarqué sur l’énergie, se montrant réservé sur l’EPR2 à Blaye et évoquant plutôt l’intérêt potentiel de petits réacteurs nucléaires.

Il a également développé une vision ambitieuse autour du port, du fret fluvial et maritime, de l’aéroport et de l’œnotourisme. Sur le vin, il s’est posé en “maire ambassadeur”, appelant à faire de Bordeaux la ville qui porte à nouveau pleinement ses vins, ses événements et son image.

Hurmic défend son bilan et assume la transition

Municipales 2026 à Bordeaux
Pierre Hurmic, maire écologiste sortant, liste Bordeaux en confiance

Dernier à intervenir, le maire sortant Pierre Hurmic a d’abord voulu installer son propos sur une idée simple : “l’écologie n’est pas l’ennemie de l’économie”. Selon lui, une ville qui n’anticiperait pas le dérèglement climatique perdrait à terme son attractivité pour les habitants comme pour les entreprises.

Le maire sortant s’est appuyé sur plusieurs indicateurs pour défendre son bilan, rappelant que Bordeaux reste bien classée en matière d’investissements et d’attractivité, et que le taux de vacance commerciale y demeure inférieur à la moyenne nationale. Il a réfuté les discours alarmistes sur le commerce bordelais, estimant que le centre-ville restait dynamique malgré les difficultés.

Sur le logement, Pierre Hurmic a défendu la poursuite de la rénovation du bâti, du logement social, de l’encadrement des loyers et de la régulation des meublés touristiques. Sur les mobilités, il a confirmé son soutien au plan Tramway 2040, au RER métropolitain, aux bus express, aux parcs relais et à l’apaisement du centre-ville.

Interrogé sur un éventuel contournement routier, il s’y est opposé, jugeant le projet à la fois irréaliste, inefficace et difficilement acceptable pour les territoires concernés. Sur l’aérien, il a défendu une approche plus restrictive, privilégiant le ferroviaire chaque fois que cela est possible. Sur le nucléaire, enfin, il a affiché ses réserves sur l’EPR2, se disant plus favorable aux énergies renouvelables.

Une confrontation de modèles

Au-delà des échanges parfois techniques, cette soirée a confirmé que l’économie est devenue un terrain majeur de la campagne municipale bordelaise. Mais elle a surtout montré que derrière les mêmes mots – attractivité, emploi, logement, commerce – les modèles divergent profondément.

Thomas Cazenave défend une logique de partenariat avec les entreprises, de stabilité fiscale et de relance de l’attractivité. Julie Rechagneux oppose à la majorité sortante une critique frontale de l’écologie municipale et du recul de l’accessibilité. Fayrouz Bouarkat, au nom de Nordine Raymond, plaide pour une économie plus locale, productive et régulée. Philippe Dessertine se positionne sur une ligne de compétitivité, de stratégie économique globale et de dialogue direct avec les entrepreneurs. Pierre Hurmic, enfin, assume un cap écologiste qu’il présente comme compatible avec l’activité économique et nécessaire à l’avenir de la ville.

À quelques jours du vote, les entrepreneurs bordelais ont ainsi eu droit à un concentré très concret des choix qui s’offrent aux électeurs dimanche.

Ecrit par Patrick Delhoume


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