Musique, magie, mentalisme et humour étaient au programme de la soirée « Magie en Musique », vendredi 30 octobre à Pessac. Deux artistes aux univers différents, réunis par une idée de Vincent Charnay, directeur de Sortie 13, avant un final improvisé au saxophone et à la guitare.
Musicien ou magicien ? En annonçant son passage à Sortie 13, nous avions posé la question sur les réseaux sociaux. Roman Gaume, en repartageant notre publication, avait trouvé une troisième voie : « Du coup mugicien ? » Une réponse pleine d’autodérision, à l’image du guitariste et chanteur qui, vendredi 30 octobre, a mêlé musique, humour et tours de magie sur la scène de Sortie 13, à Pessac.
Roman Gaume assurait la première partie de Pascal Faidy, saxophoniste et mentaliste, lors de cette soirée baptisée « Magie en Musique ». Deux artistes qui cultivent chacun à leur manière le croisement des disciplines, dans un lieu habitué à passer du rock au jazz, du metal aux expositions, sans oublier le théâtre et les formes plus inattendues du spectacle vivant.
Une rencontre imaginée par Vincent Charnay
Cette association entre Roman Gaume et Pascal Faidy doit beaucoup à Vincent Charnay, directeur de Sortie 13. Alors que Pascal Faidy cherchait une première partie capable, comme lui, d’associer musique et magie, il en avait discuté avec le responsable de la salle. Celui-ci lui avait alors proposé Roman Gaume, déjà accueilli un peu plus d’un an auparavant comme guitariste de Daran.
Une suggestion qui avait surpris et amusé Pascal Faidy, étonné de découvrir un autre artiste partageant cette double pratique.
Cette rencontre s’inscrit dans la diversité artistique défendue par Sortie 13. La salle pessacaise, qui fête ses dix ans en 2026, a d’ailleurs franchi une nouvelle étape à la rentrée avec l’aménagement d’un second espace scénique. C’est dans ce cadre que se déroulait cette soirée mêlant musique et illusion.
Roman Gaume, l’art de ne pas se prendre au sérieux
Guitare en main, Roman Gaume donne rapidement le ton. Son véritable métier, explique-t-il, c’est la musique : les concerts, les albums et les tournées. Mais face à la fragilité de cette activité professionnelle, il aurait fallu trouver un emploi plus stable. Alors, il est devenu magicien ! Une plaisanterie qui résume assez bien son approche de la scène.
Pour cette première partie de soirée, Roman Gaume proposait une version raccourcie de son spectacle Chemin de traverse. Le musicien y détourne les codes du concert comme ceux de la magie. Les tours s’enchaînent au milieu des échanges avec la salle, ponctués de réparties et d’une autodérision constante. Un hamburger couineur devient même un moyen de réclamer les applaudissements du public.
La participation des spectateurs occupe une place essentielle. Une spectatrice intervient dans un tour de cartes, puis contribue à désigner le bénéficiaire d’un cadeau présenté comme extraordinaire. Au terme d’un suspense savamment entretenu, ce dernier repart non pas avec un voyage aux Maldives ou une somme d’argent, mais avec un album de Roman Gaume. Le musicien en profite pour plaisanter sur le fait que son cadeau tombe entre les mains d’un spectateur qui ne possède pas de lecteur CD et devra l’écouter sur Spotify.
Le numéro du « Jukebox » pousse plus loin cette rencontre entre musique et illusion. À partir d’un jeu de cartes portant des titres de chansons rock, une spectatrice choisit un morceau que Gaume entreprend de retrouver. Les Beatles entrent dans l’histoire, avant qu’une série de manipulations ne conduise à l’ouverture d’un coffre et à la découverte d’une boîte à musique associée à Hey Jude.
Le chanteur prépare par ailleurs un nouvel album, dont deux titres ont déjà été dévoilés. Il nous a également confié qu’il retrouverait le public bordelais pour un concert en février 2027.
Pascal Faidy, entre saxophone et mentalisme
Avec Pascal Faidy, le spectacle prend une autre direction. L’artiste pratique le jazz depuis trente ans et la magie et l’illusionnisme depuis vingt-six ans. Après plusieurs créations, notamment Mentalisme Musical, Les Mystères du vin ou L’École magique de Maître Mordibus, il poursuit avec Sax & Magic son exploration des liens entre musique, émotions et perception.
D’emblée, le public est mis à contribution. Pascal Faidy transforme la salle en ensemble rythmique, répartissant les spectateurs en deux groupes pour leur faire reproduire des séquences de frappements de mains. Puis vient une première expérience collective : les yeux fermés, chacun doit imaginer un outil, une couleur et un nombre. Lorsque le mentaliste annonce « marteau, rouge, 37 », les spectateurs ayant pensé à ces éléments sont invités à se lever.
L’expérience donne le ton d’un spectacle construit autour de la suggestion et des pouvoirs que Pascal Faidy prête à la musique. D’autres numéros sollicitent la mémoire, les émotions ou les réactions physiques des participants. Un volontaire se prête à une démonstration autour de la force, tandis qu’un téléphone portable devient l’enjeu d’une expérience à suspense. Un couple est également invité à tester une forme de connexion mentale.
Mais Sax & Magic ne se résume pas à une succession de tours. Entre les expériences, Pascal Faidy retrouve son saxophone pour interpréter des mélodies populaires comme Careless Whisper de George Michael, It’s Raining Men des Weather Girls ou encore Maniac de Michael Sembello, popularisé par le film Flashdance. Ces séquences musicales modifient le rythme de la représentation, faisant succéder aux moments de concentration et de suspense des passages plus légers et familiers.
Le saxophone n’est donc pas un simple accessoire du mentaliste. Il occupe une place à part entière dans ce spectacle, permettant à Pascal Faidy de faire dialoguer ses deux univers sans chercher à les confondre systématiquement.
L’humour accompagne également les expériences. L’artiste joue avec les hésitations des volontaires et les situations parfois inattendues que provoque la participation du public. Les échanges avec les spectateurs et leurs réactions occupent ainsi une place importante dans le déroulement des numéros.
Un bœuf improvisé pour réunir les deux univers
Roman Gaume et Pascal Faidy n’abordent pas la magie de la même manière. Le premier privilégie l’autodérision, le détournement des codes du concert et les références rock. Le second explore davantage la suggestion et le mentalisme, en alternant expériences participatives et morceaux de saxophone.
Mais tous deux partagent un goût pour l’échange avec le public et une solide identité musicale.
Cette rencontre entre deux façons de faire du spectacle a trouvé son prolongement en fin de soirée. Les artistes se sont retrouvés sur scène pour un bœuf improvisé, Roman Gaume à la guitare et au chant, Pascal Faidy au saxophone.
Ils ont notamment interprété « Le soleil se lève à l’ouest », une chanson de l’album Quand j’étais sur terre de Roman Gaume, paru en 2022. Pascal Faidy y a improvisé son accompagnement au saxophone, retrouvant avec son partenaire d’un soir le plaisir d’une rencontre musicale spontanée.



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