Bordeaux

Bordeaux–Mont-de-Marsan teste son premier TER à batteries

Depuis la mi-septembre, un TER à batteries circule entre Bordeaux et Mont-de-Marsan. Une première en Nouvelle-Aquitaine, attendue depuis plusieurs années, qui doit permettre de tester en conditions réelles une alternative au diesel sur les lignes seulement partiellement électrifiées.

À Bordeaux-Saint-Jean, rien ou presque ne permet au voyageur de distinguer cette rame des autres TER. C’est à une centaine de kilomètres de là, à Morcenx, que la différence devient réelle. Sur la ligne Bordeaux–Mont-de-Marsan, le train quitte alors la partie électrifiée du réseau pour poursuivre son trajet vers la préfecture des Landes.

Avec une rame bimode classique, le moteur diesel prend le relais. Sur le train actuellement expérimenté, ce sont désormais des batteries qui permettent de parcourir la section non électrifiée jusqu’à Mont-de-Marsan.

Le principe consiste à transformer un Autorail Grande Capacité (AGC) déjà existant plutôt qu’à construire une rame entièrement nouvelle. Ses moteurs thermiques ont été remplacés par des batteries lithium-ion, qui se rechargent lorsque le train circule sous caténaire et récupèrent également une partie de l’énergie produite lors du freinage.

Selon SNCF Voyageurs, l’autonomie atteint environ 80 kilomètres sur batteries, auxquels s’ajoute une réserve correspondant à une vingtaine de kilomètres. Une capacité suffisante pour parcourir les quelque 45 kilomètres séparant Morcenx de Mont-de-Marsan.

Une arrivée attendue depuis 2023

Cette première régionale arrive toutefois nettement plus tard qu’initialement prévu.

Dès novembre 2020, la Nouvelle-Aquitaine annonçait que les conditions d’une exploitation commerciale devaient être évaluées « à partir de l’été 2023 ». Bordeaux–Mont-de-Marsan faisait déjà partie des lignes envisagées, avec Bordeaux–Le Verdon et Bordeaux–Saint-Mariens.

Le calendrier a ensuite été repoussé. En 2023, la Région évoquait encore une entrée en service à la fin de l’année 2024. Il aura finalement fallu attendre 2026, après plusieurs phases d’essais et l’autorisation délivrée au printemps par l’Établissement public de sécurité ferroviaire.

Le programme ne concerne pas seulement la Nouvelle-Aquitaine. Cinq Régions participent à cette expérimentation menée avec SNCF Voyageurs et Alstom. Son investissement global dépasse 41 millions d’euros, dont 30 millions financés par les collectivités régionales, 6 millions par SNCF Voyageurs et 5,5 millions par Alstom.

Après les premières mises en service commerciales cet été dans d’autres régions françaises, c’est donc désormais au tour de la Nouvelle-Aquitaine de confronter cette technologie au service quotidien.

Jusqu’à 85 % de CO₂ en moins annoncés

L’objectif est d’abord environnemental. SNCF Voyageurs et Alstom avancent une réduction pouvant atteindre 85 % des émissions de CO₂ par rapport à une traction diesel.

Ce chiffre doit cependant être replacé dans son contexte : il correspond aux performances annoncées pour la technologie et non à un bilan réalisé après plusieurs mois d’exploitation entre Bordeaux et Mont-de-Marsan. C’est précisément l’un des intérêts de l’expérimentation qui débute : confronter les performances théoriques aux conditions réelles d’utilisation.

La récupération d’énergie au freinage pourrait également permettre jusqu’à 20 % d’économie d’énergie.

L’enjeu est particulièrement important en Nouvelle-Aquitaine. Sur les 3 410 kilomètres de voies du réseau ferroviaire régional, seulement 36 % sont électrifiés. Étendre les caténaires à l’ensemble des lignes représenterait des travaux considérables.

La Région, qui affiche l’objectif de sortir ses trains régionaux du diesel à l’horizon 2030, explore donc plusieurs solutions. Après le biodiesel, l’hybridation ou encore l’hydrogène, les batteries constituent une autre piste, avec un avantage : pouvoir convertir une partie du matériel existant.

Une ligne qui évolue aussi pour ses voyageurs

L’arrivée du train à batteries intervient alors que l’offre Bordeaux–Mont-de-Marsan évolue elle aussi. Depuis 2026, un aller-retour supplémentaire a notamment été ajouté et des rames Régiolis plus capacitaires doivent renforcer progressivement le service.

La question environnementale ne peut cependant être totalement confondue avec celle de la qualité du service.

Remplacer le diesel par des batteries réduit l’utilisation d’énergie fossile, mais ne change ni l’état des infrastructures, ni les contraintes d’exploitation de la ligne. Cette nouvelle motorisation ne peut donc pas, à elle seule, garantir davantage de ponctualité ou empêcher les suppressions de trains.

Pour les voyageurs, l’expérimentation devra aussi faire ses preuves sur un terrain très concret : disponibilité de la rame, autonomie réelle, temps de recharge, maintenance et capacité à tenir le service prévu jour après jour.

Le nombre exact de circulations effectuées avec cette rame et les premières consommations observées seront ainsi particulièrement intéressants à suivre au cours des prochains mois.

Trois ans après le calendrier initialement envisagé, le premier TER à batteries de Nouvelle-Aquitaine a donc quitté la phase des essais. Entre Bordeaux, Morcenx et Mont-de-Marsan commence désormais le test le plus important : celui du quotidien.

Écrit par

Jean-Sébastien Dufourg

Directeur de la publication

Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011